Ils ne sont pas tous Charlie, putain

Ce lundi, j'ai assisté pour la première fois au Salon de l'automobile de Détroit en tant que journaliste. Une journée entièrement dédiée aux journalistes spécialisés en automobile. Complainte. 

Ce lundi, j'ai assisté pour la première fois au Salon de l'automobile de Détroit en tant que journaliste. Une journée entièrement dédiée aux journalistes spécialisés en automobile. Complainte. 

Je n'étais pas là pour voir la dernière Nissan "avec un style épuré et une conduire performante" (à lire d'une voix savamment chantante) ou la Ford "légère mais féroce". Moi, je fais du sociétal. J'ai parlé de Détroit, de sa remontée, de la fin du tunnel grâce à son industrie automobile. 

Dès mon arrivée au Cobo Center, j'ai eu droit au petit déjeuner, au déjeuner et à l'en-cas de 16 heures. On m'a offert une clef USB 4 GB et un stylo à encre noire comme je les aime. J'ai fait mon plein de calepins pour l'année. Merci Michelin. 

Sans m'arrêter, je me suis mise à écrire mes lignes, en bonne élève. Et puis, le dernier mot tapé, j'ai relevé la tête. Et j'ai vu ça.

 

Si le même nombre de journaliste faisait de l'enquête d'investigation, notre métier aurait une autre gueule. © Nastasia Peteuil Si le même nombre de journaliste faisait de l'enquête d'investigation, notre métier aurait une autre gueule. © Nastasia Peteuil

 

Il devait y avoir pas loin de 3000 journalistes. C'est sans compter la salle des journalistes de classe 1 qui avait leur jardin secret derrière moi (genre l'AFP, CNN et les autres). Sérieux, on ne mélange pas les torchons et les serviettes.

Et là je me suis dit que, putain, si ces 3000 journalistes faisaient tous leurs métiers correctement, c'est-à-dire mettre les communiqués de presse à la poubelle et parler franchement, quitte à en vexer plus d'un, le journalisme serait différent. 

J'ai regardé ensuite notre "media center", j'y ai découvert "notre" buffet, nos sodas à volonté, les hôtesses prêtes à essuyer nos chaussures. Et là, je me suis dit que, putain, on est à Détroit, et que personne ici ne va sortir son cul dehors pour aller voir les 30 000 personnes sans eau courante en plein mois d'hiver, ou prendre le temps d'expliquer à leur rédaction que la faillite, c'est fini, et qu'en fait, à Détroit, il y a 700 000 habitants qui se bougent pour faire renaître leur ville. Mais que quand même, c'est encore très pauvre.

C'est moins clinquant mais ça, ce serait du journalisme. 

Vous voyez, ça, c'est clinquant. © Nastasia Peteuil Vous voyez, ça, c'est clinquant. © Nastasia Peteuil

Et ensuite, je me suis regardée moi. La petite nana au milieu de ces hommes, blancs, moyenne d'âge autour de la quarantaine. J'ai repensé à toutes ces nanas dans le Salon, en talons aiguilles et en petite robe bien moulante, toutes en train de se faire reluquer. Je me suis rappellée mes jeunes années (l'année dernière), quand je faisais de même pour payer mon loyer à la fin du mois (surprise! le vrai journalisme, ça ne paie pas).

Et là je me suis dit que, putain, j'en ai marre du sexisme. Pourquoi faut-il montrer des seins et des jambes pour rendre une voiture attirante? Quand on vend des bijoux aux femmes, on ne met pas des hommes à moitié à poil pour les exposer! (Après, je sais pas, ça peut être pas mal? Vous en pensez quoi les filles?). 

En prenant mon énième café gratuit avant de partir, je me suis dit que non, on n'est pas tous des Charlie Hebdo, libre et indépendant, qui se foutent de la bienséance et des faux sujets. Ou tout comme Médiapart et le Canard Enchaîné, qui font des bras d'honneur à ce genre de journée pour les journalistes-communiquants. 

Du coup, je me suis dit qu'aujourd'hui j'y retournai, armée de mon appareil photo, pour photographier tout, sauf les voitures.

 

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