Embargo: Obama et Castro sont sur un bateau...

"C'est un moment historique", ont clamé de nombreux journalistes et activistes qui suivent l'embargo depuis 53 ans. Ce mercredi, Obama s'est exprimé à la Maison blanche pour annoncer la levée de nombreuses restrictions financières.

L'embargo est toujours en vigueur. Sauf que, dorénavant, une ambassade américaine pourra être ouverte à La Havane, une ambassade cubaine pourra s'implanter à Washington D.C., les restrictions de voyage devraient être diminuées pour douze catégories de voyageurs (les visites familiales, les déplacements gouvernementaux pour affaires, les journalistes, les rencontres professionnelles et de recherche, les activités pédagogiques ou religieuses, les spectacles vivants, les compétitions sportives, les expositions, en raison d'une volonté de soutenir les Cubains, les activités humanitaires, les activités de fondations privées et les institutions de recherche ou d'éducation, l'exportation, l'importation ou la transmission d'informations ou de matériels de communications, d'autres exportations pourront être considérées comme autorisées sous la condition de certaines régulations déjà existantes - Traduction: tout le monde pourra prétendre à voyager à Cuba(1)), les banques pourront faire s'installer à Cuba, les Américains seront autorisés à ramener de la téquila et des cigares à hauteur de 100$, mais également d'autres produits pour 400$ et enfin, faire passer le taux de 5% de maisons connectées à Internet à... plus!  

Alan Gross dans ma télé. Alan Gross dans ma télé.

Grâce à la libération de l'Américain Alan Gross - emprisonné pendant cinq ans - et d'une cinquantaine de prisonniers politiques cubains, Obama a décidé d'annoncer officiellement un assouplissement des sanctions. Trois versions de ce moment historique se sont bousculé sur la toile comme sur les écrans entre les arguments des démocrates, les critiques des républicains, et les analyses diplomatiques.

"Nous sommes tous Américains"

Pour flatter l'égo de Fidel Castro, et pour séduire les Cubains, le président des États-Unis, Barack Obama, a lancé ses quelques mots en Espagnol: "Todos somos Americanos". Une phrase qui veut réunir ses habitants d'un même continent. À la J.F.Kennedy avec son "Ich bin ein berliner", Obama a définitivement laissé sa marque dans l'histoire. 

Obama dans ma télé Obama dans ma télé
 

 Avant même d'écouter les arguments de leurs détracteurs, les démocrates ont paré le discours d'Obama: "Néanmoins, étant donné l'histoire de Cuba, je m'attends à ce que le pays continue sa politique étrangère actuelle qui sera rapidement en désaccord avec les intérêts américains. Je ne m'attends pas à voir les changements que j'annonce aujourd'hui effectifs sur les sociétés cubaines le temps d'une nuit. Mais je suis sûr qu'avec une politique engagée, nous pouvons, plus efficacement, défendre nos valeurs et aider le peuple cubain à s'aider eux-mêmes dans leur entrée dans ce XXIe siècle(2).

Finalement, avec la Maison blanche, c'est assez simple: pour des raisons humanitaires, et parce qu'en fait, l'embargo ne marche pas sur Cuba, on va petit à petit retirer les sanctions. 

Les États-Unis ont failli à leur devoir

Mais du côté des républicains, cet acte historique n'est qu'une terrible trahison. Dans la file des nombreux commentateurs conservateurs, le sénateur de Floride Marco Rubio, fils d'immigrés cubains et probablement en lice pour l'élection présidentielle de 2016, n'a pas ménagé ses mots face à la décision de l'administration Obama: "cela fait partie d'une longue série d'actions qui dorlotent les tyrans et les dictateurs installés par l'administration". Sur CNN, il a menacé de ne pas voter pour une nomination d'un ambassadeur à Cuba.

Marco Rubio dans ma télé. Marco Rubio dans ma télé.

Dans la lignée des potentiels futurs candidats de 2016, Jeb Bush, le frère de G.W. Bush, s'est également manifesté sur sa page Facebook: "le plan pour Cuba est une fois de plus une erreur de politique étrangère. Cuba est une dictature qui s'accompagne de terrible résultat en matière de droit de l'homme, et maintenant le président Obama a récompensé ces dictateurs".

Pour résumer, pour les détracteurs de l'action politique, Obama a rendu les États-Unis faible aux yeux de Cuba qui sort en vainqueur d'un bras de fer de 53 ans. 

Un embargo désuet

Tous ces arguments... sans évoquer les actions politiques qui ont été menées vers Cuba ces dernières années. Depuis 1981, les Nations-Unies votent contre la fin de l'embargo des États-Unis à l'égard de Cuba. Le pays a, petit à petit, développé des échanges avec l'URSS, mais aussi le Canada, la France (l'affaire BNB Paris Bas par exemple), ou encore l'Espagne, alliés des États-Unis mais fidèles à leur économie propre. Depuis le début du XXIe siècle, les pays latino-américains (Venezuela, Bolivie) relancent leurs échanges avec le pays, grâce notamment à des tarifs avantageux de la part de Caracas pour le pétrole exporté vers La Havane. 

En 2009, le président américain avait déjà levé quelques restrictions comme la possibilité d'aller plus de trois fois à Cuba pour les personnes de nationalité cubaine, la levée du plafond de l'envoi d'argent à Cuba, la possibilité d'envoyer des téléphones portables, etc... 

Finalement, sur le bateau politique, quand Obama et Castro se retrouvent sur le même rafiot, il y a une chose qu'ils partagent en commun: le semblant d'une victoire sur leurs négociations respectives.

À noter, seul le Congrès américain, à majorité républicaine, est en position de lever l'embargo.   

 

Et vous, chers/chères lecteurs/lectrices, que pensez-vous de la fin de ces restrictions?

 

(1)   1. Family visits, 2. Official business of the U.S. government, foreign governments, and certain intergovernmental organizations, 3. Journalistic activity, 4. Professional research and professional meetings, 5. Educational activities, 6. Religious activities, 7. Public performances, clinics, workshops, athletic and other competitions, and exhibitions, 8. Support for the Cuban people, 9. Humanitarian projects, 10. Activities of private foundations, research, or educational institutions, 11. Exportation, importation, or transmission of information or information materials, 12. Certain export transactions that may be considered for authorization under existing regulations and guidelines.

(2) "Moreover, given Cuba’s history, I expect it will continue to pursue foreign policies that will at times be sharply at odds with American interests.  I do not expect the changes I am announcing today to bring about a transformation of Cuban society overnight.  But I am convinced that through a policy of engagement, we can more effectively stand up for our values and help the Cuban people help themselves as they move into the 21st century."

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