Le capitalisme à visage humain

Dans le nouveau bulletin de la Banque de France du 3e trimestre 2014, Céline Mistretta-Belna se penche sur le cas de la dette étudiante américaine. Elle analyse la relative gravité de cette situation. Mais où sont les étudiants dans ce tableau?

Dans le nouveau bulletin de la Banque de France du 3e trimestre 2014, Céline Mistretta-Belna se penche sur le cas de la dette étudiante américaine. Elle analyse la relative gravité de cette situation. Mais où sont les étudiants dans ce tableau?

Comme de nombreuses analyses, ce bulletin parle de chiffres. Et de chiffres. Et encore de chiffres. On parle de quarante millions d'étudiants qui contractent une dette d'une moyenne de 29 000 dollars en 2014. On parle également d'une augmentation des prêts fédéraux face aux prêts privés beaucoup moins avantageux (une moyenne de 4,5% de taux d'intérêt pour les prêts fédéraux contre 8,5% dans le privé). On parle enfin des frais de scolarité qui n'ont cessé de gonfler: 1225% d'augmentation depuis 1978.

Ce bulletin est très juste. Il démontre que la dette n'est pas une bulle financière à l'instar de la bulle immobilière de 2007. Elle est protégée par les finances publiques américaines, même si celles-ci peuvent être fragilisées par la continuelle augmentation des prêts étudiants. Il souligne également les conséquences sur la consommation future des étudiants qui sera freinée par leurs remboursements.

La dette est souvent expliquée à travers ses chiffres. Les analystes ne regardent ce problème qu'avec leurs yeux d'économistes. Pourtant, ces quarante millions d'étudiants ne sont pas seulement des numéros. Ce sont des hommes et des femmes qui font face à des choix peu évidents, à un âge où l'on ne cerne pas encore ce que pèsera réellement un prêt de 29 000 dollars sur une vie. 

Sur le campus de l'Université du Massachussetts-Amherst. © Nastasia Peteuil Sur le campus de l'Université du Massachussetts-Amherst. © Nastasia Peteuil


La dette étudiante à visage humain

En 2013, lorsque je suis arrivée aux États-Unis pour conclure mon master de journalisme, j'ai choqué de nombreux étudiants lorsque je leur confiais le prix dérisoire de mon inscription à l'université. Les quatre cents euros payés par an leur paraissaient bien incroyables. Inimaginables même. La plupart payait environ 13 000 dollars par année d'étude (27 000 dollars si l'étudiant n'était pas issu de l'État).

Je me suis donc intéressée à cette dette étudiante dont tout le monde parlait - les étudiants, les médias, les politiques - en laissant complètement de côté les chiffres.

Le projet My life in debt  montre le visage de la dette étudiante. Quatre étudiants américains inscrits à l'Université du Massachusetts-Amherst témoignent de leur quotidien. En moyenne, chacun d'entre eux a contracté une dette qui varie de 30 000 à 100 000 dollars (25 000 à 80 000 euros) pendant leur scolarité. 

Dans un diaporama sonore de 10 minutes, Preston, Kelly, Mike et Kathleen racontent leur vie d'étudiant endetté.

 

My life in debt - un film photographique sur la dette étudiante américaine © Nastasia Peteuil


Entre inconscience, peur et combat

Lors des entretiens, on comprend vite que les étudiants n'avaient pas vraiment conscience de l'importance des montants de leurs prêts. En discutant avec eux, ils expliquent que c'est un processus de "mouton" car tout le monde emprunte de l'argent sans se poser de questions. C'est ainsi qu'ils se retrouvent à 18 ans avec des milliers de dollars de dettes sans comprendre ce que cela représente: des années de remboursements avec des montants représentant jusqu'à 30% de leurs revenus, comme le confie Kelly. 

On ressent également le désarroi de Preston qui préfère "ne pas penser à tout cela" en se concentrant sur ses quatre emplois étudiants qui assurent le paiement de ses études. La frustration de Mike est palpable, lorsqu'il explique devoir faire une croix sur un potentiel master en économie.  

Kathleen, de son côté, essaie de changer les choses. Elle travaille pour une association qui aide les étudiants à gérer leurs dettes tout en travaillant en parallèle sur la baisse des frais de scolarité. 

 

Kelly McGowan explique les pressions qu'ont exercé les remboursements de sa dette sur ses choix de vie. © Nastasia Peteuil Kelly McGowan explique les pressions qu'ont exercé les remboursements de sa dette sur ses choix de vie. © Nastasia Peteuil

Vous pouvez retrouver le projet en son entier sur MY LIFE IN DEBT- Putting a human face on student debt.

(Article modifié le 25/11/14 à 13:04 sur l'augementation des prêts fédéraux par rapport aux prêts privés. Merci SYCOPHANTE pour la relecture).

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