Etats-Unis : les villes-sanctuaires, une foi sans loi

Les villes-sanctuaires aux Etats-Unis représentent une des plus grandes hérésies du 21e siècle pour les Républicains (dois-je spécifier Américains ? Mais que diable pensaient-ils en France quand ils ont lâchement copié ce terme...). Alors la semaine dernière, ils ont essayé de faire passer une loi pour arrêter ce mouvement qui tend à laisser les immigrés sans-papiers s'installer dans une ville sans trop les enquiquiner. Du coup, ça enquiquine certains élus politiques de droite.  

Les villes-sanctuaires, ce sont ces havres de paix où les villes ne collaborent pas à 100% avec l'Etat fédéral pour coincer chaque sans-papier afin de les renvoyer d'où ils viennent. Ce n'est pas un terme juridique. Il n'a aucune définition. Les premières villes se sont auto-nommées ainsi dès le début des années 80. C'est Los Angeles qui lance la tendance en 1979 :

"Officers shall not initiate police action with the objective of discovering the alien status of a person. Officers shall not arrest nor book persons for violation of title 8, section 1325 of the United States Immigration code (Illegal Entry)" Traduction, les officiers de police de la ville n'ont pas le droit de mener leurs enquêtes sur la situation administrative d'une personne.

D'autres villes majeures ont suivi le mouvement : Washington D.C., New York City, Philadelphia, San Francisco, Salt Lake City, Houston, Detroit, Chicago, Miami, Denver, Baltimore, Portland, Oregon et j'en passe. 

Le status-co de ces villes est entré dans le débat politique lors de la campagne de 2008 où un gouverneur républicain du Colorado a dénoncé ce système de protection. Le débat a été relancé cet été, en juillet, quand un immigrant illégal aurait tué Kathryn Steinle avec une balle dans le dos sur un quai portuaire à San Francisco. Les parents de la jeune femme de 32 ans annoncent alors vouloir attaquer en justice la ville pour être une "ville-sanctuaire" début septembre.

Les Républicains votent alors pour une proposition de loi en juillet, avec l'appui de la famille. La loi consisterait à punir les juridictions qui ne collectent pas d'information sur les immigrés en leur enlevant des bourses fédérales par exemple. Le Congrès fait passer la loi, ce qui ne suffit pas à la faire entrer en vigueur. Surtout qu'au Sénat, les Démocrates rejettent la loi, également menacer de véto de la part de la Maison-Blanche. La proposition est donc, à ce jour, au point mort.

Qu'est ce que cela veut dire?

Premièrement, qu'il existe une longue histoire entre certaines villes des Etats-Unis et les immigrants. Certaines sont traditionnellement les sanctuaires des immigrés sud-américains lors des guerres civiles dans les années 80 et 90. 

Deuxièmement, il ne faut pas être naïf. Les villes n'ont pas assez d'argent pour financer la chasse aux immigrés sans-papiers quand elles doivent plutôt se concentrer sur la diminution du nombre de crimes et des statistiques en vue de prochaines élections.

Troisièmement, les Républicains ont bien joué leur coup : identifier les immigrés comme des malfrats sans vergogne. Dans un excellent éditorial du New York Times, les journalistes alarment sur les problèmes qu'entraîne cette loi :

"Ces lois sont une fausse solution à un problème de longue durée . Elles sont basées sur le mensonge, empoisonnant aujourd'hui la campagne présidentielle républicaine, que tous les immigrants illégaux sont des criminels dangereux qui doivent être maîtrisés en déployant des moyens extraordinaires."

 

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