Première partie.
Tétanisée par la tournure des évènements en Palestine. Avide d'informations, lisant tout, comme si les mots pouvaient panser les plaies, s'interposer entre la barbarie et moi.
Je suis emplie, jour après jour, morts après morts, d'un bouillonnement confus, dans lequel se détachent des voix plus marquantes : Karim Kattan, Edwy Plenel. La tribune d'Annie Ernaux, Christiane Taubira, et deux autres courageuses femmes "L'appel des 4 à dire non". La tribune émouvante de simplicité signée par des gens que j'aime, Alain Damasio, Claire Nouvian : "nous, êtres humains, ne pouvons plus accepter...".
Après avoir lu "L'appel des 4", je sens une énergie se dégager de ce format de protestation : 4, le chiffre du concret, de la Terre, des femmes qui prennent position, fortes comme les Mères de la Place de Mai. L'envie irrépressible me vient de me couler dans ce format, et le rêve surgit que cela devienne viral, et que la société française, par groupes de 4, inonde les media de ses protestations : non !!!
Je cherche donc 3 autres enseignant(e)s qui signeraient avec moi un texte en écho - modestement. Cela devrait être simple à réaliser, car il ne peut échapper aux enseignants à quel point le piétinement des valeurs humaines et l'anéantissement du droit international, la disparition de l'éthique sapent notre métier, détruisent ses fondations. Mais personne ne me suit. Au contraire, les mots que je place discrètement sur le panneau d'affichage de la salle des professeurs sont systématiquement enlevés. Je rumine ma déception.
A la suite d'un article tout récent, il m'est venu une autre idée, qui fera l'objet d'une prochaine publication. Avant de terminer, je voudrais dire quelques mots sur Karim Kattan. Voulant vérifier l'orthographe de son nom, je tombe sur un article ("Gaza n'est pas une abstraction", 9 novembre 2023) qui me touche douloureusement. Il évoque une conversation avec l'organisatrice d'un congrès sur la francophonie en Autriche, où il a été invité en septembre 2023 pour parler de son travail d’écrivain. Après le 7 octobre, l'organisatrice lui a téléphoné pour s'assurer qu'il n'aborderait aucun sujet "sensible". Ayant échoué à se faire entendre d'elle, il a fini par se retirer de l'évènement. « Nous, Palestiniens, - dit-il- nous tenons au seuil de l’humanité. On nous y invite parfois, mais pas toujours. »
A suivre...