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Billet de blog 5 janvier 2018

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Europe, ou la vie dure

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Europe, ou la vie dure

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A la surface d’Europe est une nuit sans lune. Pour le coup, Europe est la Lune.

La seule lumière qui s’y distille, épisodique, est fade et froide. Presque imperceptible. Le plus souvent, les seuls rayons du soleil visibles depuis Europe sont ceux qui éclairent sa planète mère : Jupiter. Europe n’est qu’un satellite, parmi quatre autres. Des quatre, c’est elle qui est la plus proche de sa mère. Glaciale ; en apparence désertique. Vue de loin : on dirait une grosse boule de glace, mélange pistache-vanille-chocolat, en moins suave. Moins engageante. Moins ragoûtante. A première vue : parfaitement stérile. Et inepte.

- 160° Celsius ! La moindre molécule exposée à son atmosphère gèle instantanément. En théorie aucun organisme ne saurait survivre à de telles conditions. Cependant, sous une couche de glace de quelques 300 mètres d’épaisseur, se trouve un cœur encore actif. Chaud et palpitant. Qui se refuse à mourir. Même si Europe n’est qu’une poussière d’étoile, ridicule à l’échelle cosmique, elle porte en son sein tous les attributs de la vie. Et toute l’histoire de l’Univers.

Entre un cœur de feu, et une peau de glace se trouve, entre autres, l’un des ingrédients essentiels à la vie : l’eau. Un milieu aquatique indécelable, inimaginable, anaérobie. En vase clos. Dépourvu de lumière, au sens où on l’entend habituellement sur Terre. La lumière, sur Europe, est intérieure. Tout comme l’océan. Elle est le fait d’entités bioluminescentes, autonomes, et autoreproductibles par duplication. Bien plus complexes que sexuées. A l’instar des étranges animaux des grands-fonds océaniques terriens. Sur Europe, tout un monde existe en « sous-main ». En sous-marin. En-deçà des lignes et données observables. Hommage soit rendu là à : Galilée, son génial découvreur.

De fait hydrogène, oxygène, carbone, et autres composés atomiques sont présents. Certains même sont inconnus jusqu’à présent sur Terre. La structure moléculaire, et l’état d’excitation des noyaux, leurs modes de radiation, répondent à des règles physiques jamais encore étudiées par nos scientifiques. Les modalités des interactions électromagnétiques et gravitationnelles sont entièrement différentes de ce que nous connaissons. Sur Europe, l’énergie première n’est pas celle issue du soleil, trop lointain. Elle émane de son for intérieur, Elle vient des profondeurs de son âme. Du noyau du noyau du nucléon. De l’origine des origines. Elle est intrinsèque à chaque entité. Inscrite en chaque « génome ». Chaque neutron, chaque proton. Portée par une obscurité dynamique. Une connaissance propre et innée de l’expansion du vide. Ainsi, avec aussi peu de lumière qu’à l’intérieur d’un cerveau humain, la sous-couche « aqueuse » d’Europe fourmille de milliards de milliards d’éclairs de génie. Le génie n’étant rien d’autre que la manifestation d’impulsions électromagnétiques au sein du corps considéré. Le génie, ou les génies, ne sont qu’énergie. De ce fait, cette planète lunaire, si seulement elle avait été découverte bien plus tard, eut-elle pu s’appeler : Nobel.

Par intermittence, les activités tectoniques, sismiques et volcaniques, dues au noyau magmatique d’Europe, font se déchirer sa croûte de glace sur d’immenses distances. Son contenu liquide se rue alors en ces failles. Poussé par une pression atomique indicible, jusqu’à la surface. Comme le ferait un Peuple en marche. Cherchant à tout prix à observer et connaître la lumière du milieu extérieur. A s’étendre. A coloniser. L’expansion est effectivement un mouvement proprement universel, et de nature cosmologique. Comme l’eau, ou l’air, en cocotte-minute, cherchent la sortie la plus proche pour éviter l’explosion. Sur Europe, ces velléités d’explorations exosphériques se trouvent immédiatement refroidies. Figées en un instant par une variation extrême de température. Sitôt arrivés à « l’air libre », les habitants des profondeurs d’Europe se trouvent comme cryogénisés.

L’ensemble des entités vivantes, présentes sous la couche de glace d’Europe, eurent pu être appelée : Pensées. Comme autant de fleurs lumineuses au milieu de ténèbres infinis. Autant d’aspirations mystiques à communiquer. A exister. Supernovas intra-planétaires… Leur mort est une source renouvelable d’énergie. Donc de vie.

A la surface d’Europe, les reliefs sont comme des cicatrices sur un corps torturés. Elle porte autant de plis, qu’aurait de rides la peau d’un humain s’il était bicentenaire… Europe est une lune scarifiée. Lacérée par les stigmates de ses éruptions à répétition, et par ses révolutions éternelles. Soient-elles intestines ou globales. Micro ou macro. Orbitales ou nucléaires.

Là, au niveau zéro d’altitude, rien ne vit. Rien ne se crée. Mais tout se transforme. Donc rien ne se perd. Physiquement, on ne saurait envisager qu’il puisse se produire le moindre phénomène d’évaporation, vues les conditions chimiques et climatiques légiférant cette lune recouverte de glace. Aussi grosse que la nôtre, terrestre. De même, il ne peut scientifiquement pas y exister de : ruissellement. Le cycle de l’eau semblant y opérer une radicale dichotomie. Et malgré cela, au dessus de ces contrées a priori hostiles, en suspension autour d’Europe, s’est développée une autre forme de vie. Des êtres translucides évoluent dans les « airs ». Flottant, et se déplaçant en permanence dans ce qui n’a rien à voir avec une atmosphère au sens où nous l’entendons. Invisibles pour un œil humain, ces entités de l’exosphère capitalisent ce dont ne peuvent bénéficier leurs co-habitants subaquatiques : la lumière rare et chère du soleil. Par un processus comparable aux panneaux photovoltaïques, elles transforment les faibles, rayons du soleil en énergie. Les photons en intelligence et en matière. Leurs ressources à elles sont externes et abondantes. Non finies. Elles communiquent sans barrière avec le Cosmos dans son entièreté. Mais aussi entre elles, selon leur degré de proximité ou de promiscuité. Le plus souvent par affinités d’intérêts, ou de structure moléculaire. Pour la survie de l’espèce. Comme pour toute forme de vie, les collaborations contraintes entre les entités du « ciel européen » sont en partie prédéterminées par des caractéristiques physiques, chimiques et énergétiques. Hiérarchisées, bien qu’anarchiques plus qu’éthiques, les interactions et relations entres elles ne visent que : développement des acquis et pérennisation de l’Héritage. Du Capital. Comme en toute biosphère, ou en tout microcosme, des alliances se créent et se défont en permanence selon les intérêts respectifs des unes et des autres. Des conflits se règlent par des impulsions électromagnétiques agressives. Le tout sous l’égide du seul adage que connaissent les conditions de la vie à travers tout l’Univers : le pragmatisme cynique.

Les formes de vies intelligentes gravitant autour de cette étrange lune eurent pu s’appeler : Réalité.

Sur Europe, ces deux Civilisations : Exo et Intra, n’allaient pas tarder à entrer en contact…

P.S : cette élucubration ne prétend contenir aucune base scientifique fiable.

Illustration 1
Europe

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