Etre un bâtard, c'est quoi?

Infectious groove. Être français, et ne pas l’être à la fois. Etre : « en même temps ». Mais pas forcément : macroniste. Blanc, et non-blanc. Valoir donc un demi-français, et un demi non-français. Par essence, une potentielle subversion d’un chauvinisme nécessaire. A demi quelqu’un ; quelque part. D’où qu’on soit, être autre que...

Etre un bâtard, c’est quoi ?

A l’échelle de la France…

Être français, et ne pas l’être à la fois. Etre : « en même temps ». Mais pas forcément : macroniste. Blanc, et non-blanc. Valoir donc un demi-français, et un demi non-français. Par essence, une potentielle subversion d’un chauvinisme nécessaire. A demi quelqu’un ; quelque part. D’où qu’on soit, être autre que...

Etre moyennement loyal à la cause. 2, L’ : Un… Car n’étant pas l’un d’eux. Mais : 2.

Etre duplice génétiquement. Etre la moitié d’un frère. La moitié d’un humain. Par une non-inclusion, percevoir autrement l’unité. Et la réunion holistique comme souhaitable. Mais virtuelle.

Abel ou Ismaël. Non Caïn ou Isaac. Un âne, à bâter. Ce frère, cette moitié diminutive, préjudiciable à l’ego de l’alter. A abattre. Etre bâtard c’est : ne pas être reconnu pleinement. Etre : semi-appartenant. Semi-important. Etre bâtard : c’est avoir à constater ne descendre que partiellement. Catégoriquement. Conditionnellement. Déplorer le fait d'être : un bout de soi. Une : diminution incarnée. Une ire : « reconnaissance ! »… Un fractionnement du réel, qui peut être le cocon, si l'on n'y prend garde, d’une notable tendance schizophrénique. Faute de jalons sains, pédagogiques ou thérapeutiques.

Un fruit d’origami, à la tridimensionnalité excessive. Nécessiteux. Ou tant. Pliage à froid. Repassage à sec. Une fission douloureuse, maline, voir radioactive, de la cellule première. De la « Cellule-Mère »… Valoir tout. Ça ! Est : plus ? Valoir tout ça. Et rien…

Etre un bâtard c’est ne pas savoir rentrer parfaitement dans les rangs. Dans les écoles. Etre inclassable. Apatride. Malvenu. Etre rétif, et inadapté aux cases, et plutôt voué aux geôles. Etre tenu pour responsable d’une dégénérescence. D’une ouverture coupable au Monde. Extérieur. Exo, tique ou gène. Etre un bâtard c’est insulter une légitime endogamie. Etre la cause et la conséquence d’une filiation hérétique, et insatisfaisante. D’un accouplement « contre-nature ». C’est être : autre, ailleurs, pourquoi… Faire peur. Etonner.

C’est entendre : « Je ne suis pas raciste… », sur tous les tons. Comme un acouphène.

C’est avoir à répondre éternellement : « T’es de quelle origine ?... ». Ton cul ?...

C’est les Trois Mousquetaires, remis au goût du jour. C’est l’idée de ne pas être, en même temps que l’on est. Un pour tous… L’invité-cheveux sur la soupe. Crachat dans le potage.

C’est violent. C’est pénible. C’est une épreuve sans fin, autre qu’une oraison. Et c’est tout un trésor enfoui, qu’il convient de découvrir et d’exploiter sans condition. Diamant brut, à tailler. Une discussion interne, qui titille les dichotomies abondantes. Qui surfe sur les clives. Et s’échoue sur les rives, d’un bord ou de l’autre du Styx. En fonction des marées. C’est errer seul sur des plages où l’on ne trouve que peu de : Vendredi. Y survivre : en guise d’existence.

Etre bâtard c’est s’amputer sans cesse. D’une partie qui dérange la cohérence de l’autre. Etre l’objet d’une tâche de naissance qui nous fait bête de foire. Tenter de camoufler une altérité dermatologique qui est une insolence. Une erreur regrettable : « Cachez, ou karcherisez, cette mélanine que je ne saurais voir !… ». Donc être taxable de : dissimulation.

C’est être fier par défaut. Et glorieux, par une résilience contrainte, et penaude. C’est l’école du pardon. Et de l’humilité résignée.

Bâtard, c’est accepter la condescendance et le mépris comme les justes attributs de ceux qui ne le sont pas. C’est dire : je ne suis nulle part. Jamais. Chez moi. C’est dire : je m’abandonne. Une partie de moi. Pour la cause supérieure, de la pureté du sang des Maîtres. Les majoritaires et les dominants. Soient-ils rouges, noirs ou verts. C’est être récessif. C’est ressentir le regard en coin de l’Entier qui sommeille en chacun, comme un défi. Ou un odieux déni. C’est excuser sa mère. Et comprendre son père. Et, L’ : Inverse.

C’est apprécier clairement, plus qu’objectivement, qu’une devise nationale puisse n’être perçue ou appliquée qu’à moitié. Selon le génotype identifié, ou concerné.

Etre un bâtard c’est devoir se laver les mains dix fois par jour. Se relever demain, pour expliquer au monde que Tout n’est que mélange et communion de cellules variées. Qui s’entrecroisent, s’imbriquent, s’interpénètrent, et ainsi se reproduisent. Antiques et inéluctables brassages des gènes et des identités. Sapienso-néandertaliens. Judéo-musulmans : autant qu'égypto-Mayas. Que, sans être viking, ni même porter le kilt, on peut aussi participer du devenir de cette planète. Prendre part à une Evolution qui désoblige les fins de « race ». Et les dynasties ploutocrates en déclin. C’est refuser les sectes, les Eglises, les sociétés secrètes. Les cooptations nationalisto-financiaro-ésotériques. Soient-elles capitalistes, socialistes, mondialistes ou pseudo-internationalistes. Religieuses ou athées. C’est être dupe, et non. Du : chemin à parcourir.

C’est être : optimisme, tolérance et amour. Utopiste de l’égalitarisme. Un naïf salutaire. Un candide désespéré. Sachant l'antiracisme vain, effectivement. C’est savoir lire entre les lignes « Les lettres persanes », ou « De l’esclavage des nègres ». C’est souvent aimer Bob Marley, ou Prince, plus que Maurice Chevalier, ou Charles Trenet. Et parfois préférer Cheikh Anta Diop, Césaire, Fanon ou Malcom X, plutôt que Maurras, ou Barrès. Céline ou Brazillach… C’est choisir. C’est colmater. C’est se fendre.

C’est en faire des tonnes pour ne pas dire grand-chose. C’est parler dans le vide d’une non-identité. C’est adorer les fleurs. Qui, elles, peuvent s’hybrider. Et en sortir grandies. En beauté, en force, et en vivacité. C’est accepter la non-homogénéité salutaire du cosmos comme un héritage béni. Plutôt que l’uniformité d’un Néant de sagesse comme fardeau. Et la monochromie des uniformes dictatoriaux comme croix.

C’est observer les animaux, comme Caroline, pour s’inspirer des Lois de la nature. Observer les cruautés qui ne sont que justice. Et, ainsi, ne jamais perdre confiance.

C’est être, en soi, l’Etranger à soi-même. L’archétype de l’abscons, de l’inintelligible. De l’imprécis. Du sommaire. De l’anachronique.

Voir en la division, l’unique source de vie. Et dans la différence, la seule fertilité qui soit.

Admettre que semblable ne dise : ni jumeau, ni clone. Ni prototype. Mais : autre équivalent.

Complexe. Substantifique. Jaune ou blanc. C’est attendre que l’omelette vienne à être battue.

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