Mal armé

Revue d'un Faune en brousse

« … ces beaux cheveux

Lumineux en l’esprit font naître

D’atroces étincelles d’Etre,

Mon horreur et mes désaveux. ».

Ah, Mallarmé !

Je lisais récemment la vie et l’Œuvre, au masculin, du Faune Mallarmé, sous la plume de Michaud. Adepte passionné. Fan, comme un vieux teen-ager. Eructant son amour en écharpe académique, comme un supporter de football. Michaud aborde, dissèque ou effleure parfois, à dessein, les grandes lignes de l’exploration mystique qu’entreprît le Maître du symbolisme poétique postromantique. Le grand Prêtre du sens caché des sons, des lettres, des chiffres. Des silences mêmes. Et de leurs interactions éternelles et occultes. Stéphane ! Le Prof de tous les autres. Grand ami de Manet. Qui lui fit son portrait. Respecté de Verlaine, et cadet de vingt ans, transcendant, transversal, de Baudelaire…

Mallarmé, né un 18 mars ; qui, notons déjà cela, est une date charmante ; aima plus que toutes : l’indépendance du Verbe. Ou plutôt : des Lettres, elles-mêmes. Comme, par lui seul, bien nommées. Bien : défendues… Mallarmé sut entendre l’indicible sonorité de chaque symbole. De chaque signe. De chaque syllabe. De l’origine des Morts. Donc des livres. Et du Livre. Qui marquent le passage du Plan, la feuille blanche à remplir, à l’Espace, du volume de l’épreuve. Et d’Eden en Enfer. Du binaire du sentiment brut, primitif, presque animal, à l’extrême complexité des coordonnées multipolaires de ses évocations, et transmutations, en vers ou en prose, codifiant l’ivresse infinie des analogies structurelles. Cosmiques. Antiques. Les allers et retours entre les divers champs du cerveau humain. Entre émotion, passion, Eros, Ethos, spiritualité. Plaçant la jouissance ultime dans le champ intellectuel, ou spirituel, et l’Art, donc la poésie en particulier, par-delà la morale ; humaine : physique, donc périssable… Il sut trouver les codes, les assonances, les passerelles et les disjonctions. Où : césure ? Il lui fut permis de comprendre comment langage fait sens à partir de Rien. Et de Tout. D’espace et de non-dit. De lignes blanches, ou noircies, et d’opprobres mérités.

Comme L’ : Univers. Lui : Même. Est : un bruissant silence, aux vibrations internes, recélant les infrabasses et ultrasons de l’âme. Volés à l’entendement courant.

Il comprit, entre autres, par exemple, l’essence du S. Et les raisons intimes de l’existence du X. YX, ou : yx… Sans jamais tendre à décrypter quoi que ce soit. Niant tout devoir didactique trop rigide, soit-il académique, moderne ou ancestral. Intégriste, au sens propre et premier. Délaissant la puérile structure des alexandrins, et tout atour, artifice ou fantaisie rhétorique, il cultivait l’abscons des intrications phoniques comme un fertilisant de l’âme. Un générateur d’émotions. Par l’enchâssement érotique d’images juxtaposées. S’interpénétrant. En un coït charnel de lettres, de mots, de vers, de quatrains, de sonnets, et de livres. De proses dues à « Hélène », ou pour lui : Igitur… Cette muse endomorphique. Dont le cœur, donc le corps doublé d’âme, fût la source des épiques batailles. Une 2 : Troie… L’ : Eternelle. Et des odes à toute Gloire. Fractal, avant l’Heure.

Stéphane Mallarmé, subissant, jusqu’à sa mise en retraite, son rôle d’enseignant comme une astreinte largement pénible, et un presque esclavage de ses intelligences exosphériques, et intranucléaires, parfaitement hors-normes, transmit pourtant sans aucune pingrerie ses filtres poétiques, et autres. Lumières cabalistes, comme autant de potions alchimiques. Parfaites ment : Magiques. A des étudiants, adeptes et amis admiratifs. Sans pour autant chercher à tout prix à être publié, compris ou reconnu. Prestidigitateur. Il sût, Seul, dire : L’… Enjoliveuse divinité des Mots.

Il initia ; sans expliquer : nombre, 2 ; ses contemporains médusés par ses dires. Comme une clef des Temps. Là était selon lui le devoir du poète. Soit : de l’artiste. Ultime. Interroger : peut-être. Dans tous les sens. Par tous les bouts, et toutes les boutures. Peut. Etre...

Virtualité et virtuosité… Spiritualité, et consonance du Tout : deux mamelles. Qu’il téta.

Voir : Tétra, tout autant que Paphos.

Mallarmé, ou Stéphane, aimait Wagner. Entre : Autres. Génie, lui aussi, des mises en son de la dramaturgie profonde du Réel. Du Mythe. Et du féérique de la tragédie Humaine. Mallarmé était comme chacun, face à lui-même, en recherche d’un dépassement permanent. D’un Graal d’excellence. Son Œuvre. Son Livre-Monde. Mais mieux, selon lui, ne voulait pas dire, loin de là, mieux pour tout le monde. Ses adeptes, les « mardistes » comme ils s’appelaient, pour tenir réunion dans le salon du Maestro Stéphane chaque mardi, lui vouaient une sorte de culte qui confinait, pour beaucoup, en gardant proportion, à la dévotion qu’on observe en Inde, en hommages aux Gourous.

Mallarmé, bien malgré lui, accéda au statut de Guide, au sens ésotérique. Un initié, connaissant les sept cieux. Sachant réduire le Monde à une rime. Autant qu’à un silence. Un musicien aux partitions proto-phoniques. Encerclant les trinités religieuses en un cube essentiel ; le tout formant, par anamorphose, les déclinaisons les plus lumineuses qui soient.

Au sein d’un pentagramme… Astronomique, tel La Grande Ours, et Zodiacal, témoignant de la prégnance du mythe d’Orphée, dans nos vies dés-astreuses. 2 : Prométhée de seconde-zone.

« …le Mot présente, dit-il, dans ses voyelles et ses diphtongues, comme une chair ; et dans ses consonnes, comme une ossature délicate à disséquer. », nous indique Michaud, citant le Maître. Et d’ajouter : ne pourrait-on voir là quelque influence des doctrines ésotériques ?

En Tout : cas. Pour Mallarmé :

« La poésie est l’expression, par le langage humain ramené à son rythme essentiel, du sens mystérieux des aspects de l’existence : elle doue ainsi d’authenticité notre séjour et constitue la seule tâche spirituelle. ».

Mallarmé, à lui seul, disait l’admiration nécessaire d’Alan Poe. Edgar… Sa connaissance juste. Par son Tombeau, il évoque comme personne ne saurait jamais à part lui le faire, son Maître et Alter ego anglophone : l’immense conteur-poète : Alan Poe. Mallarmé était prof d’anglais, autant que d’Univers. Traducteur. Il aimait, respectait et étudiait dans chaque détail l’œuvre « universelle » de Shakespeare qu’est, en particulier : Hamlet. Comme une quintessence. Un : Fluide cosmico-scriptural. Le grand : Rien-Tout. Néant-plénitude. Etre-non-être…

Mallarmé fût, un Temps, un tempo cardiaque, cérébral, et à plus d’un titre : l’âme de la France. L’Universel. L’Absolue. La prétendue… Grandeur des mots. Au-delà. Des lignes, des vers, des tomes, des points et des volumes, des frontières et des portes. Des dogmes : et des écoles. Des parodies comme des pseudo-Vérités. Un génie du destin, précurseur, hors-classe, et sans nomenclature. Décrivant, comme nul : Autre, musicalement, les soins d’un vent chaud, une brise revigorante, s’accouplant aux ondes translucides d’une mare en plein désert.

A la jonction de l’Euphrate et du Styx. De l’ombre. Des rafales et des mirages…

Mallarmé eut à nous dire : Nous : Mêmes. A nous dire : Nous : Autres. A nous dire : 2 : creuser. D : espéré. Comme 1 : Message. Contenu déjà en : Igitur.

« Certainement subsiste une présence de Minuit. L’heure n’a pas disparu dans un miroir, ne s’est pas enfouie en tentures, évoquant un ameublement par sa vacante sonorité.

Je me souviens que son or allait feindre en l’absence un joyau nul de rêverie, riche et inutile survivance, sinon que sur la complexité marine et stellaire d’une orfèvrerie se lisait le hasard infini des conjonctions. ».

Merci Stéphane.

« Que la Lumière soit ! ». Et que la lumière : fût. Et sera. Osa : R, (I), M, E, S… Et caetera.

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