« Je suis le cosmos »
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Je suis né en big-bang. On me dit mystérieux, et encore largement inconnu. Presque inexplorable, pour l’instant. Cependant il semblerait qu’on puisse m’apprivoiser. Car je suis porteur d’énergies, en tout point, en tous sens. Je suis un avenir à construire. A moi seul, je suis le Sens et l’Energie. Je suis l’Espace et la Lumière. Origine des matières. A réfléchir, et à exploiter. Je suis constitué d’une infinité de points, qui eux-mêmes sont constitués d’une infinité d’autres. Etablis en cristaux, reliés en une interaction perpétuelle. Je me sais infini, soit, mais sans pouvoir en modéliser la conscience. Je m’étends, je m’étire. Je dis, plus que : je ne conceptualise. Je fais la course, plus que : j’analyse. Depuis l’aube, mon expansion suit cette course folle. Sous le coup d’un chronomètre indiquant le compte à rebours programmé d’une cellule. Mon objectif : division, puis transmission du code. Celui de la Genèse. Je me vois circonscrit, je m’imagine enfermé, je me crois réductible à ma stupide matérialité. Organiques ou physiques, mes traductions visibles ne sont que partialité et symbolisme. Alors que je ne suis que flux. Energie d’amour et de désespoir. Je porte la cruauté présumée du trou noir, et la lumière vivace, dite salutaire, des étoiles. Super-Nova, j’explose, puis je m’éteints, pour me rallumer ailleurs. Des météores errent dans mes espaces-temps. Espérant une collision fertile. L’exode nous attend. Nous serons des milliards à partir à l’assaut des trompes du destin. Un seul ira à l’œuf. Un seul atteindra le noyau du noyau. Le cœur de la vie sans cesse renouvelée. L’Astre éternel. Terre Promise, ou ovogenèse… cachée aux fin fonds d’une quelconque de mes galaxies. Montgolfière égarée en un orage magnétique. Bouteille en océan de déchets… Je suis message au future. Conclusion d’un passé de chaque instant. Témoignage d’un présent non appréhensible. Je suis continuité du tout. Et suis fait de parties. De cases, de bulles, de triangles à hypoténuses. Simple déviance d’un faisceau. Je suis radiant non neutre. Un rayon atomique excitant des protons stellaires. Une onde faite de sinus et cosinus imbriqués. Je ne peux être perçu que relativement à l’échelle à laquelle on m’analyse. Je suis à la fois expéditeur, facteur et récipiendaire. L’objectivité de mon regard ou de mon étude dépend d’un angle spécifique, aux caractéristiques uniques, qui s’appelle gravité. La vitesse de communication de mes cellules dicte mon ADN. Mon ARN. Mes créons… Relativisent mes accélérations, productives ou destructives. Je m’agglomère et me désagrège simultanément. Ma mort, constante ou finalité, est le seul carburant de ma vie. Je me tue pour exister. Et chacun de mes axes se subdivise, et éclate comme un feu d’artifice.
Mon âge ne renseigne en rien sur mon identité. Puisque je suis avant et après. On ne saurait me réduire à une filiation. Moi : un instant ! Reste à se demander où commence le cycle de l’eau ? Comment on crée de l’or ? Pourquoi : rotondité ? Comment un air vivrier investit toujours de judicieux récepteurs qui savent le transformer ?... Un Infini : en interne, autant qu’en externe. Viendra le moment où la finitude de moi, en une extrême concentration, sera l’exacte réplique inversée de l’exponentiel, indéchiffrable et incommensurable éloignement des entités qui me constituent. Entre nous, en nous-mêmes, nous ne nous parlerons plus. Ne communiquerons plus. Ne saurons plus nous entendre. Résonne ainsi, en ma vacuité croissante, les échos troublants d’un assourdissant silence intergalactique.
Le génie est une flamme présente en chacun de nous. Scintillant dans l’obscurité crasse. Et qu’on laisse s’éteindre, par faiblesse ou par peur. Par crainte de s’étendre au-delà de frontières abruties. Qui cadrent, ou encerclent nos contemptions exophobiques. Comme un slip de bain masculin, trop « moulant » fait malheureusement état d’une virilité atrophiée et vexante. Ou comme l’enfant a souvent peur du « Noir »… Et si un autre univers, plus magnétique que moi, venait à m’engloutir, j’accepterais, même à contrecœur, de me livrer à lui, car il serait ma suite logique. Mon in-ex-purge-able transition. Ma promesse d’un rien, engoncé dans l’illusion d’une totalité. Mais qui cela intéresserait-t-il de savoir qui je suis ? De me phagocyter ou de m’incorporer ? A : me juger d’ailleurs… Je suis masse négligeable. Je suis prétention lourde à une communion impossible. Fractal, membre actif d’une secte de la Transmission globale. Bâton passif, entre les mains d’athlètes-relayeurs visant un record absolu. Et définitif.
A moi seul, je suis tout cet univers là. Et bien plus encore. Vigie de mon odyssée, je regarde venir à moi les vaisseaux des conquérants glorieux. Qui annexeront ma franchise. Et me cantonneront à mon radical. Qui les heurte à s’en rendre malade. Ils hurlent comme des loups à la lune, en une ode bien macabre. Les crissements perceptibles des matières en transformation, des transsubstantiations qui pullulent, nous polluent l’âme, et nous glacent le sang.
Je suis l’idéale affirmation de ce que j’aurais pu ou du être. Je suis non-moi, non-toi, non-lui, et puis tout le contraire. Un souffle. Une prière. Un vœu pieux. Un distinguo inepte.
Accouché du Néant. Lui-même issu du Tout. Lui-même issu du Néant…
Plus léger que l'air - par @christianpichard2018
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