Comment Poutine délègue aux régions la lutte contre le coronavirus

La verticale du pouvoir n'a pas résisté au coronavirus.Poutine est contraint de donner plus de pouvoirs pour gérer la crise aux gouverneurs de régions .( Cet article est paru ce matin dans le Télégramme.

Publié le 03 avril 2020 à 16h03Comment Poutine délègue aux régions la lutte contre le coronavirusComment Poutine délègue aux régions la lutte contre le coronavirus(Photo EPA)

 

La verticale du pouvoir, base de la gouvernance de Vladimir Poutine, n’a pas résisté au Coronavirus. Le chef de l’État russe est contraint de donner davantage de pouvoirs de gestion aux gouverneurs des régions.

Dans un discours à la nation qui sonne comme un aveu d’impuissance, le chef de l’État russe à fait savoir à son peuple que la bataille contre la maladie était pour ainsi dire « régionalisée ».

 

Des gouverneurs aux pouvoirs renforcés

Alors qu’il se taisait depuis l’annonce, à la surprise générale, d’une semaine de congés payés pour lutter contre la pandémie, Vladimir Poutine n’a pas annoncé comme nombre de chefs d’État l’instauration de l’état d’urgence mais un renforcement des pouvoirs des gouverneurs de provinces qui seront désormais habilités à prendre toutes les décisions en accords avec un conseil ad hoc chargé de la lutte contre l’épidémie près du Président.

Les gouverneurs auront la haute main sur toutes les questions sanitaires : hôpitaux, approvisionnement en médicaments et en moyens de protection pour les soignants et la population. Ils pourront également, avec l’aval des autorités sanitaires régionales, durcir ou assouplir les mesures de confinement et bien entendu les punitions pour les contrevenants.

Les chefs de région auront également les pleins pouvoirs quant à l’infrastructure : arrêt des transports en commun, des trains, des transports fluviaux, des déplacements de population entre les différentes régions. Enfin, ils devront veiller sur la situation économique des régions dont ils ont la charge : empêcher les pénuries, le marché noir, la hausse de la criminalité, de l’alcoolisme.

L’unité russe en danger

La Fédération de Russie qui comptait, au premier janvier 2019, 146 millions habitants, compte, avec la Crimée, 22 « républiques kraï » (territoires administratifs), 48 « oblasts » (régions administratives) et trois villes d’importance fédérale : Moscou, Saint-Pétersbourg et Sébastopol. La région la plus peuplée est le Bachkortostan (quatre millions d’habitants) et la moins peuplée l’Altaï (200 000).

Reste que les régions de Russie sont très inégalement développées et que nombreuses sont celles qui, sur le plan sanitaire, ne sont absolument pas préparées à assumer le poids d’une pandémie. Dans ce contexte, cette « régionalisation » risque d’avoir des conséquences gravissimes et peut-être à terme remettre en question la Fédération de Russie comme un État uni.

Nathalie Ouvaroff, correspondante du Télégramme à Moscou

 

 

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