Comment le Covid-19 a fragilisé Vladimir Poutine

Poutine a laissé la gestion de la crise sanitaire aux gouverneurs se laissant le rôle de père Noël pour les plus vulnérables et de père fouettard pour les fonctionnaires indisciplinés.

Publié le 03 juin 2020 Dans le Télégramme

Comment le Covid-19 a fragilisé Vladimir Poutine

Contrairement aux autres leaders populistes omniprésents dans les médias pendant la pandémie, Vladimir Poutine s’est montré très discret, laissant la responsabilité des mesures impopulaires aux gouverneurs, tout en se réservant le rôle de Père Noël pour les catégories sociales les plus vulnérables et de Père Fouettard pour les fonctionnaires qui n’ont pas exécuté sur-le-champ ses ordres…

Pour Vladimir Poutine, la pandémie est arrivée au plus mauvais moment. Lorsque le monde prend conscience que le Covid-19 n’est pas un « virus chinois », mais constitue une menace pour la santé et la vie des habitants de la planète, le président russe a d’autres préoccupations. Il organise en quelque sorte sa réélection en 2024 en proposant un référendum sur plusieurs amendements à la Constitution, dont l’un, annulant ses précédents mandats, lui permet de rester jusqu’en 2036 à la tête de la Fédération de Russie. Dans le même temps, il prépare la grande parade du 9 mai qui doit marquer le grand retour de la Russie sur la scène internationale.

Ces initiatives, auxquelles il faut ajouter l’effondrement du cours du pétrole entraînant une dévaluation, de fait, du rouble, suite à la rupture de l’accord avec l’Arabie saoudite, inquiètent la population.

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Face à la pandémie qu’il n’a pas vu venir, Vladimir Poutine commence par se réfugier dans le déni, comptant sur la propagande pour distraire le public avec des thèses « complotistes ».

Le 24 mars, toutes les télévisions du pays le montrent revêtu d’une combinaison de protection jaune poussin, au côté du Pr Denis Protsenko, médecin-chef de l’hôpital de Kommunarka, spécialisé dans le traitement du Covid-19. Les propos alarmistes du chef de service, lui-même contaminé comme on l’apprendra par la suite, sur la probabilité « d’un scénario à l’italienne », inquiètent le président. Le lendemain, dans une adresse à la nation, il annonce une semaine chômée aux implications non définies et des mesures économiques et sociales, mais n’emploie ni le mot quarantaine, ni le mot confinement…

Un choix aux conséquences chaotiques

Une semaine plus tard, alors que tout le monde attend la proclamation de l’état d’urgence, Vladimir Poutine se souvient tout à coup que la Russie, sur le papier, est une fédération. Il brise la verticale du pouvoir qu’il construit depuis 20 ans et délègue aux gouverneurs et aux responsables des 85 sujets de la Fédération - oblasts (régions), districts, républiques - la gestion de la crise sanitaire en coordination avec Serge Sobianine, le maire de Moscou qui dirige la cellule Covid-19 au Conseil de sécurité.

À première vue, cette initiative est cohérente, la Russie est un « pays-continent » dont les « sujets » sont confrontés à des situations et à des problèmes différents. Reste que les régions ont désappris à décider. Elles ont peu de moyens propres, manquent d’experts et sont rongées par une corruption omniprésente. Dans ce contexte, la gestion de la crise sanitaire ne pouvait être que chaotique et le chef de l’État, responsable de cette situation, en sort affaibli.

 

Nathalie Ouvaroff

 

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