Vladimir Poutine dans «l'oeil du cyclone»

Empoisonnement de Navalny,refus de Loukachenko de partir, conflit dans le Haut-Karabakh.Certes Vladimir Poutine est encore aux manettes mais semble de plus en plus déstabilisé par la sucession de crises.

  Vladimir Poutine dans « l’œil du cyclone »

 

Les retombées de la gestion calamiteuse de l’affaire Navalny et la gestion inadéquate de l’empoisonnement présumé du chef de l’opposition risquent d’être lourdes de conséquences pourVladimir Poutine. En effet, elles ont donné une stature nationale et internationale à « l’ennemi numéro un du Kremlin » qui devient ainsi, de facto, un concurrent sérieux pour son locataire actuel dont elles écornent dangereusement l’image.

Le Kremlin a multiplié les maladresses

Dans cette affaire, le Kremlin a multiplié maladresses, erreurs, mensonges grossiers, s’embourbant de plus en plus dans ses propres contradictions. Jugez-vous même : refus d’ouvrir une procédure judiciaire malgré les demandes de la famille, puis de l’ensemble de la communauté internationale pressions sur les médecins de l’hôpital d’Omsk, en Sibérie, pour qu’ils nient « toute présence de poison dans le sang et les urines d’Alexeï Navalny et attribuent son malaise sévère à un problème métabolique », enfin recherche frénétique parmi les compagnons du directeur du Fonds contre la corruption d’une personne susceptible de lui avoir donné un poison qui fait partie des substances proscrites par la convention sur l’interdiction des armes chimiques… Par ailleurs, la phrase duPrésident russe sur un éventuel auto-empoisonnement d’Alexeï Navalny et les allusions de la machine de propagande sur la collaboration entre ce dernier et des services de renseignement étrangers n’ont fait que corroborer la thèse d’un empoisonnement orchestré au sommet de l’État.

Les révolutionnaires de Minsk ne désarment pas

Dans l’espace post-soviétique, Poutine, qui semble ne pas avoir tiré les leçons des évènements d’Ukraine, est en train de perdre la main… Sa stratégie — affaiblir Loukachenko pour le contraindre à accepter ce que la journaliste bélarusse, Hanna Livbakova, dans son interview au Washington Post, appelle « un Anschluss » (NDRL : un rattachement) et, en cas de refus, le remplacer par une personnalité plus docile, a échoué face à la volonté d’un peuple, avide de liberté. Certes, le changement de stratégie du Président bélarusse, et de son mentor, et la présence en nombre de communicants russes peuvent ralentir les évolutions. Reste que le rêve d’une reconstitution de l'empire soviétique espérée par Poutine est, d’ores et déjà, un échec.

Haut Karabakh : l’intenable neutralité russe

Le conflit du Karabakh constitue un véritable casse-tête chinois pour le chef de l’État russe, qui se trouve pris entre plusieurs feux alors qu’il est déjà affaibli. Le choix de la neutralité — seule possibilité pour la Russie qui a des liens étroits avec les deux protagonistes auxquels elle vend des armes — ne lui permet pas une autre politique et cela d’autant plus que Moscou doit ménager le Président turc, Recep Tayyip Erdogan, dont elle a besoin pour mener à bien sa politique au Proche-Orient.

Nathalie Ouvaroff (correspondante du Télégramme à Moscou)

 

Cet article est paru le 4 octobre dans le quotidien :"le Télégramme". 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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