Les réserves sur le candidat vaccin russe persistent

Alors qu’une campagne de vaccination massive doit commencer dans la première semaine de septembre, les réserves sur le candidat russe sont loin d’être dissipées.

Une vaccination de masse contre le Covid démarre en Russie, le candidat national peine toujours à convaincre  

Alors qu’une campagne de vaccination massive doit commencer dans la première semaine de septembre, les réserves sur le candidat russe sont loin d’être dissipées.

« Spoutnik V », le vaccin russe contre le Covid-19, a été enregistré dans le pays alors que la phase 3 de tests à grande échelle n’était pas encore lancée. Et le 11 août au cours d’une visioconférence, Vladimir Poutine a annoncé que la Russie était le premier pays au monde à avoir un vaccin contre le Covid-19.

Le chef de l’État qui pense que le vaccin est actif et inoffensif a également révélé que sa propre fille s’était fait inoculer les deux composantes. « Elle n’a eu que peu d’effets secondaires, un peu de fièvre, environ trente-huit heures après la première injection accompagnée de maux de tête et de douleurs musculaires, pas du tout après la seconde », a ajouté le chef de l’État précisant que 76 personnes ont reçu des doses du nouveau vaccin.

Dans un podcast publié sur le site « Meduza », Dimitri Tolkatchev, un jeune chômeur de 27 ans qui s’est fait inoculer le vaccin contre des espèces sonnantes et trébuchantes (cent mille roubles, soit environ 1 130 euros) confie qu’il a également très bien supporté les injections. Les autres personnes qui ont participé à l’expérience n’ont pas souhaité communiquer.

L’élaboration de « Spoutnik V » a été conduite par le centre de recherches en épidémiologie et microbiologie Nicolaï Gameleïa, le plus réputé de la Fédération de Russie, épaulé par le ministère de la Défense, avec le soutien financier du fonds souverain. L’équipe de chercheurs en charge du projet est conduite par le professeur Denis Logounov, un scientifique de renommée internationale qui a beaucoup travaillé aux États-Unis.

Ce dernier, dans une interview publiée par le journal « Spoutnik » (média gouvernemental diffusé en plusieurs langues), a répondu aux principales attaques dont le vaccin fait l’objet. Répondant à une question sur la rapidité avec laquelle son équipe avait conçu le vaccin, il a évoqué un procès d’intention. « Les adénovirus sont connus, les candidats vaccins anglais et chinois sont également à base d’adénovirus… Pourquoi on ne les critique pas et on critique Spoutnik, le nôtre ? », a-t-il déclaré, rappelant que les Russes travaillaient sur les adénovirus depuis trente ans et que le centre Gamaleïa avait participé à l'élaboration du vaccin contre Ebola, à base d’adénovirus.

Mise en garde de l'OMS contre le nationalisme vaccinal

Suite à des amendements constitutionnels, les lois russes ont la primauté sur celles internationales. Et la Russie n’a pas hésité à changer précipitamment la législation acceptée par tous les pays sur les conditions d’homologation des vaccins afin de se targuer d’avoir gagné la course au vaccin comme elle avait gagné en d’autres temps la course à l’espace avec le premier Spoutnik.

Cet enregistrement précipité et prématuré, avant même le lancement d'essais cliniques de phase 3, a provoqué un véritable tollé dans l’ensemble de la communauté scientifique mondiale. « De la part de Poutine, ce vaccin est au mieux une confusion au pire une manipulation », a déclaré Camille Locht, directeur de recherche à l’Inserm. Quant au directeur de l’OMS, après une mise en garde contre « le nationalisme vaccinal », sans toutefois nommer la Russie, il émet de sérieux doutes sur l’efficacité voire l’innocuité du vaccin russe qui ne fait pas partie des neuf candidats vaccins du projet Covax. Côté russe également, le vaccin ne suscite pas que de l’enthousiasme, loin s’en faut.

Dans une interview publiée dans le journal d’opposition « NovayaGazeta », le chercheur Constantin Tchoumakov déplore que le secret puis la précipitation « ont gâché une découverte qui aurait pu être intéressante et prometteuse (la combinaison de deux adénovirus) », avant de s’inquiéter de l’absence totale d’information sur les possibles effets secondaires.

Nathalie Ouvaroff

Publié dans le quotidien du médecin Le 1/09/2020

 

 

 

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