L'empoisonnement, arme russe contre les opposants

Accusée d’avoir tenté d’empoisonner l’opposant Alexeï Navalny, la Russie a une longue tradition d’utilisation du poison pour se débarrasser des ennemis de l’intérieur et de l’extérieur.

 L’empoisonnement, arme russe contre les opposants

Accusée d’avoir tenté d’empoisonner l’opposant Alexeï Navalny, la Russie a une longue tradition d’utilisation du poison pour se débarrasser des ennemis de l’intérieur et de l’extérieur.

En 1921, Lénine ordonne de créer, en Union soviétique, une cellule de recherche toxicologique chargée de mettre au point des substances permettant de faire passer de vie à trépas les opposants au régime : pendant 75 ans, des dizaines d’exécutions maquillées en crises cardiaques, suicides, maladies ont été perpétrées.

Démantelé au début de la Perestroïka, le laboratoire des poisons a été réactivé par Vladimir Poutine, raconte Alexandre Litvinenko dans son livre « Le temps des assassins », paru en 2002.

Quatre ans plus tard, en novembre 2006, le même Alexandre Litvinenko, ancien membre duFSB (services secrets), entré en dissidence et réfugié à Londres, rencontre, dans un hôtel, deux anciens collègues, Dimitri Kovtun et Alexeï Lougovoï. Ils commandent un gin, lui un thé noir : deux heure après, il se tord de douleur. Il décède quelques semaines après et on retrouvera dans son sang du polonium 210, une substance radioactive dont une quantité infinitésimale provoque la destruction des cellules du sang et entraîne une mort rapide et douloureuse.

Depuis vingt ans, la Russie de Poutine a ainsi connu une dizaine d’empoisonnements présumés, les plus retentissants contre des personnes qui s’apprêtaient à nuire de façon imminente au régime. Ces actes contre des voix critiques (journalistes,défenseurs des droits) sont restées impunis.

Les autorités ont toujours refusé d’ouvrir des actions en justice et les exécutants et retrouvés. Avantage pour le pouvoir : ces empoisonnements fortement médiatisés constituent un avertissement pour d’éventuels candidats à la dissidence… Novitchok, gelsémium et substances inconnues

Selon les sources officielles, les stocks de Novitchok, substance neurotoxique élaborée pendant la Guerre froide et interdite par la Convention internationale sur les armes chimiques, auraient été détruits au moment de la Perestroïka. Reste que des « fuites » se sont probablement produites…

Les toxicologues allemands ont formellement reconnu, il y a quelques jours, des traces d’une substance du groupe des inhibiteurs de cholinestérase (proche du Novitchok) dans le sang d’Alexeï Navalny, « l’ennemi numéro un « de Vladimir Poutine.

Pour le Kremlin, qui refuse d’ouvrir une enquête malgré les pressions internationales, il s’agit d’un « remake ». En 2018, l’agent double Sergueï Skripal et sa fille Youlia sont retrouvés inconscient sur un banc, dans un parc de la ville de Salisbury au sud de l’Angleterre. La police conclut à l’empoisonnement au Novitchok.

À Londres, en 2012, Alexandre Perepilichny, homme d’affaires devenu lanceur d’alerte, était mort après un malaise en faisant du jogging. L’autopsie avait révélé la présence, dans son estomac, de gelsémium, un poison très puissant fabriqué à partir d’une plante de la famille du jasmin, qui provoque une détresse respiratoire sévère entraînant la mort en quelques minutes.

La nature du poison est parfois difficile à détecter car les substances toxiques se dissolvent dans l’organisme sans laisser de traces. En 2003, Iouri Chetchekotchikine, rédacteur en chef adjoint du journal d’opposition Novaya Gazeta, tombe brusquement malade. Les médecins ne parviennent pas à identifier le mal qui provoque son vieillissement prématuré. Il meurt au bout de quelques semaines.

Les médecins évoquent « l’effet Tchernobyl », où il n’a jamais mis les pieds, sa famille et ses amis parlent d’un empoisonnement au thallium, un métal hautement toxique, autrefois utilisé dans la mort-aux-rats.

 Publié dans le Télégramme

 

 

 

 

 

 

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