le blogueur Egor Joukov

Le procès d'Egor Joukov,accusé d'extrémisme pour avoir émis des critiques dans son blog contre le régime de Poutine a secoué la société russe.

 

 

Le blogueur, Egor Joukov bouscule les lignes.

 

La mise en examen puis la condamnation à huit ans de prison ferme » d’Egor Joukov, étudiant à l’école des hautes études économiques, l’un des établissements les plus prestigieux de Moscou a fait l’effet d’un électrochoc non seulement dans la jeunesse mais dans la partie éclairée de la société russe.

 Le jeune homme, âgé de 21 avec un visage d’ange avait publié sur son blog des remarques sur l’état de la société russe, remarques jugées extrémistes par le ministère public qui avait requis huit ans de prisons ferme.

 Face à la censure et à la répression Internet est devenu le moyen des opposants au régime de Vladimir Poutine de faire entendre leur voix. Alors que l’ensemble de la classe politique, découragée par des années de lutte vaine se réfugie dans un attentisme prudent, les jeunes utilisent « la Toile » pour mener le combat contre un pouvoir autoritaire, peu soucieux du respect des droits de l’homme et notoirement corrompu.

Egor Joukov c’est d’abord fait connaître par son blog qui compte 110.000 abonnés. Libertaire et chrétien l’étudiant en sciences politique critique sévèrement le régime de Vladimir Poutine et l’attitude de la classe politique y compris celle d’un autre blogueur célèbre, chef de file de l’opposition Alexeï Navalny. Selon Egor qui prône une révolution non violente, comme Gandhi, toute action politique qui a pour objectif de promouvoir des changements doit reposer sur « la responsabilité et sur l’amour ». Quelques instants avant son arrestation il écrivait dans son blog « Qui nous aidera dans ces moments cruciaux de l’histoire russe, personne » « nous n’avons que nous mêmes ».

.Mais Ce sont les manifestations du mois d'août contre le rejet par la commission électorale des candidats de l’opposition à la mairie de Moscou qui ont révélé à la Russie cette nouvelle génération « la génération Poutine » des jeunes qui ignorent la peur qui paralyse leurs ainés et ont fait tout naturellement d’Egor leur porte-étendard.

Arrêté et incarcéré le 27 juillet pour avoir soi-disant » organiser et mener des émeutes de masse »au cours d’une manifestation  réprimée par la police et la garde nationale avec la plus extrême brutalité (15000 arrestations plus de 100 blessés ) il passe plusieurs semaines en détention provisoire dans une cellule ou pour la première fois de sa vie il  se retrouve face à de vrais délinquants .Lors d’une interview à la  radio Echo de Moscou il explique que cette expérience pénible a été très enrichissante car elle lui a permis de mieux appréhender les dures réalités de son pays.

La défense, s’organise dans la rue d’abord des personnes de tout bord font des manifestations en solitaire brandissant des pancartes demandant sa libération. Le soutien des siens est massif, 300 personnes au nombre desquels, le recteur, le vice recteur,

des professeurs des étudiants de l’école des hautes études économiques écrivent une lettre ouverte en sa faveur. Les rédacteurs en chef de la radio Echo de Moscou et du journal Novaya Gazeta lui proposent de l’embaucher dès sa sortie de prison Devant ce mouvement d’opinion sans précédent le juge l’assigne à résidence pour tenter de calmer le jeu.

 Reste que cette demi-mesure ne satisfait pas l’opinion publique consciente qu’il s’agit d’un procès politique La pression de la rue na faiblit pas et le 5 décembre dans une salle bondée la juge qui a probablement eu des consignes prononce contre toute attente un verdict «de clémence »… Egor Joukov est certes reconnu coupable mais la peine de prison ferme requise par le procureur est commuée en une peine de trois ans avec sursis Cinq cent personnes l’attendent à la sortie du tribunal et l’accueillent en héros.

 Nathalie Ouvaroff

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