Penza:affaire du "réseau" 86 années de prison pour les sept accusés de "terrorisme"

IL aura fallu 23 minutes, montre en main, à trois juges pour condamner à 86 ans de prison pour terrorisme"Sept jeunes socialistes et anarchistes ,amateurs de paintball et de balades en forêt .( reportage)

 IL aura fallu 23 minutes, montre en main, à trois juges pour condamner à 86 ans de prison pour terrorisme sept jeunes appartenant à des mouvances de gauche socialistes, anarchistes ,amateurs de paintball et de balades en forêt.

 .Le tribunal militaire de Penza (centre de la Russie) a eu la main particulièrement lourde. Des peines allant de quatre à dix-huit ans de détention (86 ans en tout) ont été prononcées contre des jeunes âgés de 23 à 2 8 ans :Dimitri Pchelinsky, Ilya Shakursky, Andrei Chernov, Maxim Ivankin, Mikhaïl Kulkov, Vassili Kuskov, Arman Sagynbaev.Ils étaient accusés d’avoir créé une organisation terroriste dans le but de renverser le régime., accusation qu’ils ont tous démentie en bloc.

 

Lundi matin malgré un froid glacial et un vent violent, une foule dense se pressait devant la porte du tribunal de Penza. Parents de prévenus aux visages défaits, marqués par l’angoisse, amis, journalistes, défenseurs des droits de l’homme.au nombre desquels Lev Ponomariev, président de « Mémorial » (organisation de défense des droits humains) attendaient patiemment l’ouverture des portes, échangeant entre eux des propos alarmiste. Vers dix heures trente, les employés du tribunal, assistés d’un grand nombre de policiers et de «  spetsnaz »(forces spéciales du FSB)en tenue de combat, le visage recouvert d’un masque noir ouvrent les portes.

Après une fouille minutieuse familles et représentants de la presse sont enfin autorisés à pénétrer dans la petite salle où va avoir lieu l’énoncé du verdict. Les sept accusés sont déjà dans l’aquarium (cage de verre où sont placés les prévenus)) .Debout ,stoïques ,parfois même un léger sourire aux lèvres ils attendent de connaître leur sort. Les trois juges rentrent ,l’assistance se lève…Dans un silence de mort ,pendant 23 minutes, les trois juges du tribunal militaire  énoncent les chefs d’accusation :Terrorisme , trafic d’armes et de stupéfiants puis prononcent le verdict ,aligné, à la virgule prêt, sur les réquisitions du ministère public. Après quelques minutes de stupeur la foule hurle « Tenez bon les gars, on est avec vous »  « Honte ,honte » .

 

 On ne fait pas un coup d’état avec pour toute arme : un pistolet Makarov

 

« C’ est une affaire ,montée de toutes pièces, et bien mal ficelée, »commente un expert désirant demeurer dans l’anonymat .Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il n’a pas vraiment tort. Tout a commencé en Septembre 2017 , Egor Zorin ,24 ans, un étudiant qui a eu par le passé maille à partir avec la justice est appréhendé pour trafic de stupéfiants. Battu , torturé il finit par accepter de coopérer avec la police ,donne les noms de ces camarades et avoue que le groupe qui a pour nom de code « réseau » projetait des attaques contre les sièges du parti « Russie unie » et les bureaux d’enrôlement  non seulement à Penza mais également à Saint –Pétersbourg et Moscou  locaux  but désorganiser le pays à la veille de la coupe du monde de football. Quelques semaines plus tard il est relâché..

Fort de ces révélations le FSB commence la traque .Tour à tour sept jeunes à Penza et deux à Saint Pétersbourg sont placés derrière les barreaux . D’abord ils nient puis intimidés ,torturés ils avouent et signent tout ce qu’on veut leur faire signer avant de se rétracter…

 

Reste que hormis les « aveux »et un pistolet Makarov retrouvé dans l’appartement de Dimitri, pistolet que ce dernier possédait en toute légalité, le dossier de l’accusation est maigre. Les grenades retrouvées au domicile de Dimitri ne portent pas ses empreintes digitales …Par ailleurs certains des accusées ne se connaissaient pas avant de se retrouver ensemble sur le banc des accusés… Enfin les fichiers extraits de l’ordinateur de Dimitri ont été constitués après son arrestation, selon son avocate…

 Commentant le verdict, Lev Ponomariev n’a pas mâché ses mots … » ce verdict n’est pas seulement monstrueux, il est contreproductif et nuit à l’image de la Russie dans le monde et au président Poutine plus que toutes les déclarations et actions de l’opposition ».

 Nathalie Ouvaroff  à Penza

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