la Crimée face à une crise humanitaire

Soumise à des sanctions internationales depuis son rattachement en 2014 à la Fédération de Russie, la Crimée, confrontée à la pandémie de coronavirus est sur le point de faire face à une crise humanitaire de grande ampleur. Conséquence d’un automne et d’un hiver particulièrement sec. La région manque d'eau.

 

 Soumise à des sanctions internationales depuis son rattachement en 2014 à la Fédération de Russie, la Crimée, confrontée à la pandémie de coronavirus est sur le point de faire face à une crise humanitaire de grande ampleur. Conséquence d’un automne et d’un hiver particulièrement sec. La région déjà éprouvée par la fermeture du canal du Dniepr,nque d’eau. Les réserves d’eau dans les réservoirs ne sont pas suffisants pour assurer un approvisionnement continu de la population. Dans les villes et villages les coupures d’eau sont de plus en plus fréquentes. La capitale Simféropol pourrait manquer d’eau au courant du mois de mai. Dans les campagnes, faute d’irrigation es plaines jadis verdoyantes vont se transformer en déserts.

 

La péninsule de Crimée qui couvre  2700 kilomètres carrés et compte 2 ,2 millions d’habitants est constituée au nord de plaines arides et semi arides et au sud de steppes bordées de collines verdoyantes sur le pourtour de la côte. Elle tire la majorité de ses ressources de l’agriculture : cultures vivrières ,vergers et surtout vignobles célèbres depuis l’antiquité.  Dans ce contexte l’insuffisance d’eau, principal déficit de la péninsule depuis son rattachement à la Fédération de Russie en 2014 constitue un challenge majeur pour la péninsule et pour la Russie.

Kiev bloque le canal pour faire pression

 Le canal du Dniepr assurait depuis son ouverture en 1971  entre 85et 90% des besoins en eau de la péninsule. En mai 2014,un mois après le rattachement officiel de la Crimée à la Fédération de Russie  Kiev ferme les écluses pour faire pression sur la population qui a voté massivement pour le rattachement à la « Mère Patrie », et sur le Kremlin.

La Russie a étudié plusieurs plans pour sortir de l’impasse : dessalement de l’eau de mer , traitement des eaux usées ,construction de canalisations au fonds de la mer ,construction d’un ouvrage traversant le détroit de Kertch :aucun n’a vu le jour… 

La question de la grave pénurie d’eau qui menace la Crimée a été discuté à Kiev à la mi février ; Si le président Zelensky soutenu par la majorité du parti « les serviteurs du peuple reste inflexible conditionnant la réouverture du canal au retour de la Crimée dans le giron ukrainien, d’autres  responsables politiques prônant une approche  plus réaliste et plus soucieuse du facteur humain dans ces temps « compliqués ».David Arakmia ,président du groupe parlementaire « les serviteurs du peuple » à la Vekhovaïa Rada ( parlement ukrainien ) s’est prononcé pour une solution de compromis  par exemple « rétablissement de l’approvisionnement d’eau contre la reprise du contrôle de la frontière du Donbass par l’armée ukrainienne » …Youri Aristov, président de la commission du budget a proposé ,prenant l’exemple de l’Iran qui commerce avec ses ennemis de « vendre l’eau » à la Crimée. Cette proposition a provoqué un véritable tollé parmi les députés de la fraction « il n’est pas question de vendre de l’eau à ceux qui occupent notre terre » a commenté la députée Elyzaveta Bohoustka…Reste que la fermeture des écluses peut être lourde de conséquences pour les ukrainiens , des changements irréversibles  se sont produits dans le delta qui font présager de l’imminence d’une catastrophe  écologique majeure !

La balle est dans le camps ukrainien

. Ces derniers temps des voix de plus en plus en plus nombreuses demandent la levée de toutes les sanctions et contre-sanctions pour cause de coronavirus…Dans ce contexte les pays européens qui ont fait pression sur Moscou pour régler avec Kiev pour le problème du gaz seraient bien inspirés de suggérer au président ukrainien d’adopter une attitude conciliante et de rétablir l’approvisionnement en eau de la péninsule pour « raisons humanitaires ».

Par ailleurs dans le contexte d’une pandémie qui n’épargne personne la direction ukrainienne devrait réaliser que seule la Russie peut lui apporter une aide dans cette période troublée et qu’il serait temps d’abandonner sa logique de guerre qui a mené à une impasse.

 

Nathalie Ouvaroff

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