AlexeÏ Navalny :l'homme qui voulait défier Poutine

L’opposant russe Alexeï Navalny, hospitalisé dans le coma à Berlin, présente des « traces d’empoisonnement », ont annoncé, lundi, les médecins allemands,n’excluant pas des séquelles du système nerveux. Portrait de ce trublion, infatigable opposant anticorruption qui s’est promis de chasser Poutine du Kremlin.

Alexeï Navalny : l’homme qui voulait défier Poutine

L’opposant russe Alexeï Navalny, hospitalisé dans le coma à Berlin, présente des « traces d’empoisonnement », ont annoncé, lundi, les médecins allemands,n’excluant pas des séquelles du système nerveux. Portrait de ce trublion, infatigable opposant anticorruption qui s’est promis de chasser Poutine du Kremlin.

 

 

Alexeï Navalny a un objectif : le Kremlin. Il n’en a jamais fait mystère, au point d’irriter certains de ses partenaireset une partie de l’opposition.

En août 2010, alors qu’il assiste à un meeting des écologistes opposés à la construction d’une route au milieu d’undes rares forêts des environs de Moscou demeurée intacte, un journaliste l’interroge sur ses projets. « Je veux être présidentde la Fédération de Russie », répond-il sans l’ombre d’une hésitation. Le lendemain, sa réponse est relayée par l’ensemble dela presse. Depuis, il n’a pas quitté le devant de la scène politique russe, au grand dam des autorités qui n’ont pas ménageurs efforts pour l’en écarter.

Alexeï Navalny, 44 ans, chantre de la lutte contre la corruption est, depuis l’assassinat de Boris Nemtsov en 20e principal opposant à Vladimir Poutine. Personnalité atypique dans le monde politique russe marqué par le clientélisme, laporosité voire la gémellité avec les services et les grandes entreprises d’État, Alexeï Navalny est une exception. Certains lequalifient de trublion car il dérange tout le monde.

Adepte des réseaux sociaux

Après des études de droit puis d’économie, il s’inscrit au parti Iabloko (parti démocratique, libéral et pro-

occidental), alors que, dans le même temps, il fréquente les milieux nationalistes et participe chaque année à la « marche russe » où la droite nationaliste défile aux côtés de militants des partis ouvertement fascistes. La direction de Iabloko, qui n’apprécie pas son comportement, finit par l’exclure.

Loin de l’abattre, cet épisode lui donne des ailes, et cela d’autant plus que le succès de son blog le convainc du rôlemajeur que peuvent jouer les réseaux sociaux dans le combat politique - les chiffres parlent d’eux-mêmes puisque Navalnycompte à ce jour deux millions d’abonnés sur Twitter, et sa vidéo sur la fortune de l’ancien Premier ministre, DimitriMedvedev, a été visionnée 30 millions de fois. En 2008, il est aux États-Unis pour parfaire sa formation. Lors d’un stage dans la prestigieuse université de Yale, il rejoint « le groupe des jeunes leaders émergents », ouvertement pro-occidental.

De retour en Russie, après un bref passage à Kirov où il est l’adjoint du gouverneur, Nikita Belykh, il se consacre pleinement à la lutte contre la corruption dans les grandes entreprises d’État contrôlées par les membres du « premier cercle ce qui lui vaut de solides inimitiés.

Écarté des élections

En 2011, il participe aux manifestations contre les falsifications grossières des résultats des élections législativesqui donnent la majorité absolue au parti « des voleurs et des escrocs ». Arrêté avec d’autres responsables politiques, il passedeux semaines derrière les barreaux et est accueilli en héros à sa sortie de prison. En 2013, il se présente à la mairie deMoscou contre l’édile sortant, Serge Sobianine. Contre toute attente, il obtient un score honorable : 27 % des suffrages,contre 52 % pour son adversaire.

Agacé par ce blogueur qui n’a peur de rien et est aussi à l’aise devant une caméra qu’au milieu d’une foule, leKremlin décide de l’attaquer sur son propre terrain. En 2008, une plainte est déposée par le groupe de cosmétiques YvesRocher contre l’entreprise de logistique Glavprodpiska, dirigée par les frères Navalny qu’il accuse d’avoir surfacturé sesservices. À la suite d’un procès à rebondissements, Oleg Navalny écope de trois ans et demi de prison ferme et son frèreAlexeï de trois ans et demi avec sursis, assortis d’une peine d’inéligibilité - une façon de l’empêcher, assure-t-il, de seprésenter à l’élection présidentielle de 2018, alors qu’Yves Rocher a reconnu, après le jugement, n’avoir pas subi dedommages.

Reste que la traque dont fait l’objet Navalny n’a pas de fondement logique. Certes, il est le leader de l’oppositionmais ne constitue pas une alternative viable à Vladimir Poutine.

 Nathalie Ouvaroff

Article paru dans le Télégramme du 25 aout 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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