Dans l’agglomération lyonnaise, nous savons ce que peut coûter la banalisation du risque industriel. Le 4 janvier 1966, à Feyzin, une fuite de propane provoquait une série d’explosions meurtrières faisant une centaine de blessés et causant la mort de 18 personnes, dont 11 pompiers. Ce drame a durablement marqué notre territoire, nous rappelant une évidence : le risque industriel n’est pas théorique. Tout comme l’explosion du 22 décembre dernier à Saint Fons n’est pas simplement un « accident ».
L’explosion survenue le 22 décembre sur le site d’Elkem a fait plusieurs blessés graves, dont certains conduits à l’hôpital en urgence absolue. Depuis, deux victimes sont décédées. Dire dans les colonnes d’un quotidien régional, comme l’a fait le soir même le vice-président de la Métropole de Lyon en charge de la prévention des risques, que « l’on a évité le pire » est indécent. Les mots comptent, surtout lorsqu’ils sont prononcés par celles et ceux qui ont la charge d’anticiper, de prévenir et de protéger. Quand des salariés sont blessés, quand des vies humaines sont engagées –et désormais perdues- nous n’avons pas évité le pire. Nous y sommes pleinement.
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Et ce d’autant plus que cette explosion s’inscrit dans une succession d’alertes connues, depuis 2016 quand le site était déjà endeuillé par la mort sur place d’un salarié, jusqu’en janvier dernier quand une fuite de chlorosilane nécessitait l’intervention des pompiers. Une question simple se pose dès lors : qu’a-t-on fait, concrètement, après ces alertes ? Quelle surveillance renforcée a été mise en place par les pouvoirs publics, Mairie, Métropole et Etat ? Que s’est-il dit et travaillé dans les commissions annuelles de suivi de site ?
Le cas de l’usine Elkem n’est pas un exemple isolé. Le 23 juin dernier à Genay, à quelques kilomètres de Lyon, des faucheurs et faucheuses volontaires entraient sur le site de la multinationale chimique BASF et révélaient le stockage sur place d’un insecticide interdit d’utilisation en France, information confirmée ensuite par la Préfecture du Rhône. En 2024, une inspection de la DREAL avait déjà noté la présence de ce produit interdit. Pourtant rien n’en avait été dit lors de la commission de suivi de site réunie sous la présidence de la maire de Genay en février 2025. Pourquoi ce silence ? Pourquoi ce mensonge par omission ?
Alertée par ces informations, j’ai écrit officiellement le 29 août 2025 au Président de la Métropole de Lyon, lui demandant de réunir sans délai une commission générale consacrée à la prévention et à la gestion des risques industriels et chimiques dans notre agglomération. Une commission ouverte aux maires, aux élus métropolitains, à la presse, aux associations, pour faire le point, objectivement et démocratiquement, sur la situation de notre territoire. Cette demande a été rejetée par le Président de la Métropole. J’ai publiquement dénoncé ce refus en conseil métropolitain le 29 septembre.
Trois mois plus tard, l’explosion de Saint-Fons endeuille notre territoire…
La responsabilité politique n’est pas d’attendre que le pire survienne pour commenter les dégâts. Elle est d’organiser le débat démocratique, d’entendre les alertes – celles sur la densification permise par les PLUH dans des secteurs exposés au risque, celles des pompiers professionnels qui signalent depuis longtemps la dégradation de leurs conditions d’intervention - et d’agir avant qu’il ne soit trop tard.
La prévention des risques industriels n’est pas une compétence accessoire : c’est une responsabilité politique majeure dans une agglomération aussi exposée que la nôtre. La question n’est donc pas de savoir si « le pire a été évité » mais de nommer l’évitement systématique de la responsabilité politique. Combien de drames faudra-t-il encore pour que la prévention des risques chimiques et industriels soit enfin traitée avec le sérieux, la transparence et l’exigence démocratique qu’elle mérite ?
Aussi, je demande solennellement à la Préfète, au Président de la Métropole de Lyon et au Maire de Lyon –responsable de la sécurité et de la santé de plus de 520.000 habitants, avec notamment le port Edouard Herriot sur le territoire communal- la tenue d’une réunion publique d’information et d’échanges sur la gestion des risques chimiques et industriels dans notre agglomération.
La protection des habitantes et des habitants mérite mieux que le silence, les faux-semblants et l’autosatisfaction. Elle exige de la transparence et de la prévention qui, loin de fragiliser l’action publique, la rendent au contraire légitime.
Lyon, le 27 décembre 2025
Nathalie Perrin-Gilbert
Elue de la Ville et de la Métropole de Lyon