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Billet de blog 11 août 2020

Primaires démocrates: la revanche de Cori Bush

Battue il y a deux ans, la candidate malheureuse du documentaire Netflix « Knock Down The House » vient de l’emporter face à William Lacy Clay, élu du 1er district du Missouri depuis 2001. Sauf surprise, elle accédera à la Chambre des Représentants en novembre.

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Not me, US. « Pas moi, NOUS ». C’est en reprenant le slogan de campagne de Bernie Sanders que Cori Bush a célébré sa victoire. Celle qui avait été battue en 2018 tient aujourd’hui sa revanche : elle avait gagné les cœurs dans le poignant documentaire Knock Down The House sur Netflix et vient aujourd’hui de gagner dans les urnes. Une victoire in extremis (à 4600 voix près), mais une victoire de plus pour une gauche socialiste dont la dynamique ne faiblit pas. Après la réélection d’Alexandria Ocasio-Cortez et celle de Rashida Tlaib, Cori Bush vient s’ajouter à Jamaal Bowman et Mondaire Jones : une nouvelle vague progressiste s’apprête à déferler sur le Congrès des États-Unis.

Dans son QG de campagne, sa première pensée a été pour Michael Brown, tué à Ferguson le 9 août 2014. « J'ai été aspergée de gaz lacrymogène et battue par ces mêmes policiers dans ces mêmes rues » a-t-elle déclaré. « Dans six mois, en tant que première députée noire de toute l'histoire du Missouri… » La foule exulte. Cori Bush s’interrompt et lève le poing. « Je les tiendrai tous pour responsables » a-t-elle fini par ajouter. Le 5 juin, alors que des protestations émaillaient tout le pays après l’assassinat de George Floyd, l’infirmière et militante avait appelé à « définancer la police ».

© Courtesy of Cori Bush, on Twitter

La militante socialiste – Cori Bush est membre de la section de St. Louis des Democratic Socialists of America – n’a jamais cessé de parler des crimes racistes de l’Amérique d’aujourd’hui. Celle qui défend, à l’instar d’Alexandria Ocasio-Cortez, un programme bien plus social-démocrate que ne le laisse entendre le corpus idéologique de son organisation, est ainsi en première ligne des protestations de la communauté africaine-américaine. Au micro du journaliste Shaun King le 26 juin dernier, elle racontait : « Quelqu’un est venue me voir l’autre jour, le 10 juin, lors d’une manifestation devant la mairie de St. Louis et m’a dit : ‘’vous savez quoi ? Arrêtez de protester, c’est ridicule, vous protestez depuis trop longtemps et rien ne se passe, vous devez en tirer les leçons et faire autre chose.’’ Je l’ai interrompue, et je lui ai dit : vous devez comprendre que la raison pour laquelle les choses sont en train de changer depuis 2014, c’est parce que celles et ceux qui protestent se tiennent face aux autorités, nous nous tenons face au pouvoir, et nous nous investissons en politique, nous nous organisons […] Nous leur mettons la pression, et cette pression fait changer les choses ».

La candidate Bush n’a pas non plus épargné son principal adversaire, William Lacy Clay, élu du 1er district depuis 2001. Lors d’une conférence de presse donnée le 2 août, elle a tenu à revenir sur les coups bas de la campagne : « Lacy Clay a des explications à donner. Il m’a dénigré de la manière la plus cynique en modifiant ma photo dans un courrier de campagne afin de rendre la peau plus sombre qu’elle ne l’est sur l’originale. Mais laissez-moi vous le dire : j’aime ma peau noire ».

La victoire de Cori Bush est un pas de plus pour l’aile dite progressiste du Parti démocrate. Bien que les derniers sondages soient très favorables pour son candidat présumé, Joe Biden, la gauche américaine a tout intérêt à envoyer le maximum de progressistes à la Chambre des Représentants afin de conserver un contre-pouvoir à une éventuelle seconde élection surprise de Donald Trump.

C’est la mission que s’est donnée Justice Democrats, l’un des principaux comités d’action politique : l’organisation avait gagné ses lettres de noblesse en propulsant Alexandria Ocasio-Cortez au Congrès. En 2017, Justice Democrats avait soutenu la première candidature de Cori Bush. Trois ans plus tard, leur candidate remporte sa primaire. L’an dernier, Brooke Singman, journaliste politique à Fox News, avait partagé les propos d’un membre du Parti démocrate sur la volonté affichée par Justice Democrats d’envoyer des femmes et hommes progressistes aux primaires : « Personne n’a peur de ces nerds. Ils n’ont pas la capacité de présenter qui que ce soit aux primaires. »

Si l’assurance de l’establishment démocrate peut désormais être quelque peu ébranlée après ces récentes victoires, les attentes se portent désormais sur Ilhan Omar, autre membre du « Squad », qui jouera sa réélection le 11 août. Sur la côte Ouest, le candidat socialiste Shahid Buttar, qui s’opposera à la présidente de la Chambre des Représentants Nancy Pelosi, fait face à des accusations de harcèlement et d’agression sexuelle de la part de son équipe. Sa directrice de campagne et 12 autres personnes ont ainsi démissionné.

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