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Billet de blog 15 oct. 2020

Greenwood, une banque en ligne pour les communauté africaine-américaine et latina

Fondée par le politicien et activiste Andrew Young, le rappeur Killer Mike et le président de la chaîne Bounce TV Ryan Glover, Greenwood Bank se veut la banque en ligne des communautés africaine-américaine et latina.

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Killer Mike, Andrew Young, Ryan Glover

Une banque en ligne politisée

« Ce n'est pas un secret que le système financier actuel a laissé tomber les communautés noires et latinas » peut-on lire sur le site officiel. Son nom évoque le Greenwood district de Tulsa, en Oklahoma. Au début du vingtième siècle, le district était surnommé le « Black Wall Street » en raison de la concentration importante d’entreprises tenues par la communauté noire américaine. Le district sera entièrement brûlé en 1921, lors du tristement célèbre massacre de Tulsa.

Une entreprise éminemment politique, donc, à l’image de son trio fondateur, mené par Andrew Young, ancien lieutenant du Dr. Martin Luther King Jr au sein de la Southern Christian Leadership Conference, devenu ambassadeur auprès des Nations Unies au début de l’ère Carter après avoir été élu au Congrès. À ses côtés, le rappeur Michael « Killer Mike » Render, activiste connu pour son flow dénonçant le racisme systémique, son militantisme en faveur de l’autodéfense des communautés noires et son apparition dans le clip de campagne The Time Is Now du sénateur Bernie Sanders. Président de la banque, Ryan Glover est aussi le cofondateur de la chaîne Bounce TV, une entreprise également tournée vers la communauté noire américaine.

Une banque pour celles et ceux qui subissent de plein fouet les inégalités

Greenwood entend apporter une aide concrète à des minorités touchées durement par les inégalités, à commencer par les inégalités de revenus : une étude du Pew Research Center indiquait en 2017 que parmi les ménages à faibles et moyens revenus, les familles blanches ont quatre fois plus de richesse que les familles noires et trois fois plus que les familles hispaniques. Ainsi, la banque en ligne promet différents programmes de soutien : aide à la lutte contre l’insécurité alimentaire, arrondi solidaire en faveur d’associations telles que la NAACP et aide aux petites entreprises via une cagnotte mensuelle de 10 000 dollars reversée à un établissement tenu par une personne noire ou latina.

« Une personne noire a deux fois plus de chance qu'une personne blanche de se voir refuser un prêt hypothécaire. Ce manque d'équité dans le système financier est la raison pour laquelle nous avons créé Greenwood »
Killer Mike

L’un des objectifs que s’est fixé Greenwood est de refaire circuler l’argent au sein des communautés noires et latinas. « Aujourd’hui, un dollar circule durant 20 jours dans la communauté blanche et seulement 6 heures dans la communauté noire » observe Killer Mike. Durement touchées par la crise économique consécutive à la pandémie de Covid-19, un rapport de la Federal Reserve Bank of New York publié en août révèle que l’activité des entreprises tenues par les communautés africaine-américaine et latina ont respectivement décliné de 41 % et 32 %, des taux bien supérieurs au taux national qui est de 22 %. En juillet, Ron Busby, président de la U.S. Black Chamber of Commerce, témoignait devant le comité aux petites entreprises du Sénat et affirmait que 70 % des membres de sa chambre n’ont pu obtenir de prêt dans le cadre du Paycheck Protection Program, mettant ainsi en exergue une discrimination bancaire flagrante à l’égard des entreprises détenues par des personnes africaines-américaines.

« Des dizaines de milliers » de demandes d’ouverture de compte

Faire circuler l’argent et le réinvestir dans la communauté : un objectif qui, selon Ryan Glover, suscite l’engouement. Dans un pays où près de 17 % des personnes africaines-américaines n’ont pas de compte bancaire, Greenwood pourrait connaître un démarrage retentissant. Prévu pour janvier, le dirigeant a d’ores et déjà annoncé à CNN Business que les demandes d’ouverture de compte se comptent « en dizaines de milliers » et « augmentent de jour en jour ». 

Entièrement en ligne, les services apportés par Greenwood ressemblent à ceux d’une banque en ligne classique, la volonté de réinvestissement en plus. S’ajoute aussi la promesse d’une absence de tout frais caché, un détail qui n’est pas des moindres aux États-Unis, où les minorités paient davantage de frais bancaires : dans une étude intitulée The Racialized Costs of Banking réalisée en 2018 par le think-tank New America, il est avancé que les personnes latinas et noires paient respectivement 262,02 et 190,09 dollars de plus qu’une personne blanche en frais de tenue de compte. Un autre problème majeur auquel Greenwood Bank veut apporter une réponse.

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