Fiche pratique 15 : l'art du capitalisme

On entend partout des contre-vérités ou des explications partielles. C'est pourquoi j'ai créé quelques fiches pratiques. Chacune traite d'un seul sujet et l'explique de façon très synthétique et claire.

Une capacité incroyable qu'a le système capitaliste, c'est d'arriver à rendre indispensables et vertueuses des entreprises improductives et/ou inutiles et/ou nuisibles et/ou dangereuses. Il existe un nombre incalculable d'entreprises de ce genre dont profits, mensonges et communication sont les maîtres-mots.

Pour illustrer ce propos, nous allons comme d'habitude prendre un exemple. Cet exemple sera les entreprises de la grande distribution de type Carrefour, Auchan, Leclerc, Casino, Intermarché, etc. Auxquelles on peut ajouter toutes les autres enseignes plus spécialisées comme Ikea, Decathlon, But, Conforama, etc. Pourquoi choisir cet exemple des distributeurs alors qu'il y a encore plus dangereux (Monsanto, Dassault, les banques et les assurances...) ? Simplement parce qu'il touche tout le monde d'encore plus près.

Pour commencer, demandons-nous ce que fait vraiment un distributeur. Ben en fait c'est tout simple : il prend un produit fini, le pose sur un rayon et le revend en prenant sa marge. Plus clairement, le distributeur ne produit pas (donc ne sert à rien) et pourtant il se sert grassement et fait donc augmenter les prix. Ou bien, pire encore, les fait tellement baisser que ceux qui produisent réellement n'arrivent plus à vivre de leur travail.

Alors, indispensables ces distributeurs ? Si au lieu d'avoir ces grandes surfaces dévolues à la puissance financière des actionnaires milliardaires, on avait des grands marchés couverts où chaque producteur pourrait venir vendre sa production, ça changerait tout. Et pour les produits qui ne sont pas "fabriqués" sur place comme l'électroménager par exemple, une surface de vente dédiée à la marque avec des vendeurs experts et payés par la marque serait bien plus efficace quand il s'agit de renseigner le client. Ces marchés couverts seraient la propriété des marchands qui vendent leur production et pas celle d'actionnaires avides de millions.
On pourrait aussi imaginer, à la place de ces grandes structures situées aux abords des villes, tout un tas de petites boutiques à proximité des habitations dans des centres-villes redynamisés. On éviterait ainsi les embouteillages et le CO2 rejeté par les véhicules des clients.

De plus, un des gros problèmes de ces distributeurs, c'est qu'ils sont organisés en chaînes, qui plus est des chaînes internationales. Cela leur permet de négocier des prix de plus en plus bas auprès des producteurs car, vu le nombre de magasins distributeurs et le nombre d'unités commandées, le producteur ne peut pas se permettre d'être absent des rayons. Et c'est là que le piège se referme. Les clients et les producteurs étant ainsi pieds et poings liés à ces chaînes de distributeurs, ces derniers rachètent tout ce qu'ils peuvent comme commerces de proximité et peuvent les faire couler tranquillement.

La seule vocation de ces entreprises, c'est de faire des profits en exploitant le travail des vrais producteurs, quitte à ne pas laisser à ces producteurs de quoi survivre. Et on en revient à la phrase d'introduction de cet article. Ces entreprises sont typiques du système capitaliste. Rien de plus, rien de moins. Le système capitaliste, par son ADN même, réussi ce tour de force en fabriquant des machines de guerre commerciale, des grosses entreprises, multinationales, qui arrivent à se rendre indispensables uniquement grâce à leur puissance financière. Une puissance financière qui n'a plus de limite et devant laquelle les gouvernements se mettent (volontiers) à genoux. Voir de telles entreprises générer des profits supérieurs aux budgets de certains pays prouve bien que ce système ne peut pas fonctionner dans le sens de l'intérêt général. Leur objectif est même tout le contraire.

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