Fiche pratique 6 : la dette publique

On entend partout des contre-vérités ou des explications partielles. C'est pourquoi j'ai créé quelques fiches pratiques. Chacune traite d'un seul sujet et l'explique de façon très synthétique et claire.

Tous nos problèmes viennent de la dette publique. Celle-ci est un fléau et elle est la faute de tous ces services publics, de la politique sociale qui n'est juste que de l'assistanat pour ces salauds de pauvres. Ce "pognon de dingue" gaspillé dans ces choses inutiles autant que futiles fait de notre pays un pays lourdement endetté.

Mais qu'est-ce donc que la dette publique ? En gros, c'est de l'argent que l’État emprunte aux banques privées pour boucler son année. Il serait possible, via une banque publique et via la création monétaire, de gérer de façon responsable les frais et les investissements des services publics et du social. Mais non. L’État est obligé d'emprunter aux banques privées et donc de rembourser des taux d'intérêt (depuis 1973 et l'article 123 du traité de Lisbonne). De plus, seules les banques privées peuvent créer de la monnaie ce qui complique encore les choses. En effet, l'argent est censé être public et pourtant nos gouvernants ont confié cette tâche hautement stratégique au privé. Tu m'étonnes que ça merde !

Mais maintenant que nous avons une dette, il faut la rembourser. Enfin... on l'a remboursé cette dette... depuis longtemps... on l'a même remboursé plusieurs fois... et pourtant elle continue de grossir malgré les politiques mises en place depuis 40 ans (preuve que ces politiques ne sont pas efficaces et donc que nos gouvernants sont soit incompétents, soit malhonnêtes, voire les deux à la fois). Mais alors pourquoi cette dette continue-t-elle de grossir ? Voici un exemple pour comprendre.

 

Le 1er janvier 2015 j'achète une voiture. Mon banquier me prête 10 000 euros au taux de 7,2%. Mais j'ai mal calculé mon budget et mes revenus ne me permettent pas de rembourser ni les intérêts ni le capital pour le moment. A chaque échéance, je suis obligé d'emprunter en plus le montant des intérêts que je dois sur ce que j'ai déjà emprunté.

Janvier 2025, la voiture a 10 ans et pourtant je suis redevable de 20 000 euros.

Janvier 2065, je devrai 320 000 euros.

Janvier 2115, pour le prêt de 10 000 euros que j'ai contracté il y a 100 ans, mes héritiers devront à la banque... 10,2 millions !

 

Et voilà donc l'explication. Si la dette grossit encore et toujours, c'est tout simplement parce qu'elle est faite pour ça. Il n'y a aucun moyen qu'elle ne baisse. La seule façon de s'en sortir, c'est juste d'arrêter de la rembourser car, on l'aura compris, elle n'est pas justifiée. C'est du racket pur et dur. Quant aux créanciers, ils n'auront rien à dire tant ils se seront gavés dessus pendant des années.

Nous n'avons ici parlé que de la dette publique car c'est seulement elle qui est mise en cause. Pourtant, la dette des ménages n'est pas négligeable. Au passage, lorsque vous sortez de chez votre banquier tout fier d'avoir pu contracter un crédit, savez-vous que en fait vous avez contracté une dette ? Mais en ce qui vous concerne, il faut utiliser un mot positif, un mot valorisant. Alors que pour les services publics, c'est vraiment une dette et non un crédit.

Quant à la troisième dette, celle des entreprises privées, savez-vous qu'elle est supérieure à la dette publique ? Mais ça, il ne faut surtout pas en parler.

 

Cet article est largement inspiré du livre de André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder intitulé "La dette publique, une affaire rentable - A qui profite le système ?" aux éditions Yves Michel

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