Enfumage lexical - Terme 5 : la presse gratuite

On entend partout des contre-vérités ou des explications partielles. C'est pourquoi j'ai créé quelques fiches pratiques. Chacune traite d'un seul sujet et l'explique de façon très synthétique et claire.

La presse qui est distribuée gratuitement dans certains commerces ou aux entrées de métro est-elle réellement gratuite ? Pourtant il y a bien des gens qui écrivent dedans, qui fournissent un travail qu'il faut rémunérer. On sait qu'ils ne sont pas payés par leurs lecteurs et qu'ils ne sont pas non plus subventionnés. Mais alors d'où vient l'argent nécessaire pour les payer ? De la publicité payée par les annonceurs bien sûr. Et c'est donc grâce à tous ces gentils annonceurs qu'on peut s'informer gratuitement.

Mais... est-ce que c'est vrai ?

Si les annonceurs payent les journaux pour diffuser leur publicité, il faut bien qu'ils trouvent cet argent quelque part. Et comme toujours, ils le trouvent dans les poches du consommateur. Sur chaque produit que vous achetez, une partie sert à payer la pub.
Si la publicité n'existait pas, les produits seraient moins chers. Et ces coûts sont loin d'être négligeables : entre 600 et 2000 euros lorsque vous achetez une voiture en fonction des marques. C'est énorme !

Donc, votre presse gratuite, vous la payez tous les jours quand vous faites vos courses. Non la presse gratuite ne l'est pas. On vous fait juste croire qu'elle l'est.

Mais bon à la limite pourquoi pas. L'important c'est qu'on puisse avoir de bonnes informations.

Mais... est-ce que c'est vrai ?

Si je suis un annonceur et que donc je fais vivre un journal, qu'est-ce que je vais faire si le journal raconte que je paye mal mes employés, que je les exploite, que je pollue l'air, l'eau et les sols aux 4 coins du monde, ou bien que je place mes bénéfices dans des paradis fiscaux au lieu de participer à l'intérêt général en payant scrupuleusement mes cotisations et impôts ? Ben je vais arrêter de passer ma pub dans ce journal. J'irai payer chez un concurrent et le journal ne paraîtra plus. C'est pour ça que les journaux omettent souvent (pour ne pas dire toujours) des informations essentielles. Ils n'écrivent pas pour les lecteurs mais pour les annonceurs. Ils se doivent de les satisfaire.

En conclusion, la presse gratuite n'est pas gratuite. Tout le monde la paye. Sans le savoir, je finance tous les jours des journaux que je ne lis jamais et pour lesquels je n'ai aucune sympathie. Désolé mais ça me fait mal au c...

Mais en plus de ne pas être gratuite, elle n'informe pas. Enfin on parle de la presse gratuite... mais il en est de même avec la presse payante qui vit en grande partie avec la pub et que, du coup, on paye deux fois. L'ensemble des journaux qui vivent essentiellement de la pub ne sont pas fiables. Ils sont aux ordres des annonceurs, exactement comme ceux de la presse dite gratuite. Et cela vaut aussi pour les informations diffusées sur les diverses chaînes de télé.

Donc s'il vous plait, arrêtez de cautionner toute cette fausse presse. Arrêtez de regarder les journaux télévisés. Arrêtez de prendre les journaux qu'on vous tend gracieusement à l'entrée du métro. Et payez pour une presse sans publicité. C'est la seule qui vous informe vraiment.

Pour ma part je suis client de plusieurs de ces journaux qui sont complémentaires :

  • L'Humanité : pour les informations quotidiennes et les décryptages.
  • Le Canard enchaîné : pour l'envers du décor.
  • Fakir : pour les témoignages depuis le terrain.
  • Le Monde diplomatique : pour la profondeur des dossiers.
  • et... Médiapart : pour l'immédiateté des informations et l'aspect participatif.

 

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