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Le gouvernement a adopté, comme à son habitude, sa méthode classique consistant à nier la réalité des protestations et à les attribuer à l’influence de pays étrangers tels que les États-Unis, Israël et l’Europe. Toutefois, cette stratégie semble désormais dépassée et ne convainc plus les Iraniens.
Alors que les manifestations se poursuivent et s’étendent à travers l’Iran, les pressions sécuritaires exercées sur les familles et les établissements scolaires se sont nettement intensifiées. Une chaîne Telegram affiliée au ministère iranien de l’Éducation a récemment diffusé un message d’avertissement au ton menaçant, mettant explicitement en garde les familles contre la participation de leurs enfants aux mouvements de protestation.
Dans ce message, rédigé dans un langage sécuritaire, les autorités affirment que des « éléments contre-révolutionnaires » seraient actifs parmi les élèves. Le texte va plus loin en évoquant l’existence supposée de « cellules formées et affiliées au Mossad, chargées de provoquer des morts ». Les parents sont appelés à surveiller strictement les relations de leurs enfants ainsi que leurs déplacements et sorties à des « horaires spécifiques ».
Selon une source bien informée, ces menaces ne sont pas restées cantonnées à l’espace numérique. Cette source indique qu’un enseignant de lycée à Karaj a considéré ce message comme relevant de son « devoir administratif » et a transmis un texte similaire à ses élèves, les incitant explicitement à ne pas participer aux manifestations.
Par ailleurs, une autre source informée en Iran rapporte que le directeur d’un établissement scolaire à Téhéran a directement menacé des élèves, les avertissant de ne pas quitter leur domicile ni de prendre part aux rassemblements de protestation.
Ces mesures interviennent alors que, plus de dix jours après le début des manifestations, le mouvement ne montre aucun signe de reflux. Au contraire, les protestations se poursuivent et s’étendent quotidiennement à un nombre croissant de villes, dépassant les grands centres urbains pour toucher des localités de taille moyenne et petite. Dans plusieurs régions du pays, les slogans scandés expriment clairement une revendication centrale : la chute de la République islamique, marquant un dépassement des revendications sectorielles au profit d’exigences politiques fondamentales.
Dans ce contexte, le Conseil de coordination des syndicats professionnels des enseignants d’Iran a publié un rapport intitulé « Des enfants derrière les barreaux de la répression : état des lieux des arrestations d’élèves lors des récentes manifestations ». Selon ce conseil, les informations présentées reposent sur un travail de surveillance, de recoupement et de classification des contenus diffusés sur les réseaux sociaux jusqu’au moment de la rédaction du rapport. Les noms et les chiffres cités ont été établis à partir de sources accessibles et non officielles.
Le conseil souligne toutefois que, en raison des coupures ou fortes perturbations d’Internet dans certaines régions, des pressions exercées sur les familles pour les réduire au silence, des menaces visant à empêcher toute communication, ainsi que du manque de transparence des institutions officielles, le nombre réel d’élèves arrêtés est très probablement bien supérieur aux chiffres recensés.
À ce jour, 113 élèves ont été identifiés comme arrêtés dans diverses provinces, bien que le nombre réel soit très supérieur. Les provinces avec le plus grand nombre d’arrestations sont, par ordre décroissant : Kohgiluyeh et Boyer-Ahmad, Ilam, Khorasan, Khuzestan, Kermanshah, Lorestan et Téhéran. Par tranche d’âge, la majorité des élèves arrêtés sont des enfants de 16 et 17 ans.
Le Conseil de coordination des syndicats professionnels des enseignants d’Iran a exprimé sa profonde inquiétude face à la poursuite des arrestations d’élèves. Il appelle à la libération immédiate et inconditionnelle de tous les enfants et adolescents détenus, à la fin des poursuites judiciaires et sécuritaires visant les élèves et leurs familles, ainsi qu’à une obligation de transparence et de responsabilité des institutions concernées face à ces violations manifestes des droits de l’enfant.
Ces menaces et mesures d’intimidation interviennent dans le sillage d’un appel conjoint lancé par sept partis kurdes ainsi que par Reza Pahlavi, fils de Mohammad Reza Shah, le dernier Shah d’Iran, appelant à la poursuite des manifestations et à une mobilisation populaire accrue un appel qui semble avoir suscité une réaction directe des institutions sécuritaires et éducatives du régime.