Le domino macabre de la « guerre contre le terrorisme » Partie I : l’Afghanistan

Dans une chronologie meurtrière débutée en 1979 en Afghanistan, les Etats-Unis et ses alliés occidentaux ont laissé un Moyen-Orient et un monde musulman dans sa globalité chaotiques 40 ans plus tard.

Retour étapes par étapes sur les interventions des gendarmes du monde, toutes liées entre elles, qui ont par la suite débouché à la «guerre contre le terrorisme» pour des intérêts purement économiques et stratégiques.


La mise en place du domino : l’Afghanistan

27 décembre 1979, l'Afghanistan, pays communiste depuis 1973 et en proie à de vives tensions entre d'un côté une élite progressiste soutenue par l'URSS et de l'autre, une majeure partie de la population, conservatrice musulmane, qui voit d'un mauvais oeil les changements brutaux apportés par les gouvernements communistes successifs, se voit envahi par l'URSS venu soutenir le gouvernement communiste afghan en proie à une insurrection armée de plusieurs factions.

Ce qui ne devait être qu'une invasion éclair du grand frère russe pour assurer son hégémonie dans la région se transforme en guerre interminable et dans le contexte de la guerre froide, en énième conflit interposé des deux supers-puissances américaines et russes.

Face à la persévérance des moudjahidines qui résistent à l'armée rouge, les Etats-Unis flairent le coup du siècle pour asséner le coup de grâce à l'Union Soviétique et décident d'entrer en scène en soutenant l'insurrection, passant par les services secrets frontaliers du Pakistan (l'ISI) pour ne pas être grillée tout de suite.

La CIA fournit armes, argent et formation aux factions en guérilla contre les soviétiques. La ville de Peshawar, la plus proche de la frontière pakistanaise, est dans les années 80 un melting-pot hallucinant où se croisent Moudjahidines, agents de la CIA, agents du KGB et de futures stars internationales du terrorisme comme Oussama Ben Laden.

Dans ce foutoir géant, 7 factions de Moudjahidines, très loin d'être unies entre elles, combattent l'Union Soviétique, toutes aidées plus ou moins par les Etats-Unis. Les factions les plus connues étant celle du Commandant Massoud, plus modérée et celle de Gulbuddin Hekmatyar, beaucoup plus fondamentaliste. La stratégie américaine a consisté à former et aider principalement les factions les plus fondamentalistes et les plus violentes qui étaient en place pendant ce conflit.

Après 10 ans de guerre, l'URSS retire ses troupes d'Afghanistan en 1989 et finit par chuter deux ans plus tard, en 1991.

Mission accomplie pour les Etats-Unis, qui négocient un traité de paix avec l'URSS pour mettre fin à la guerre, sans aucun représentant afghan.

La guerre froide étant finie, les exportateurs de démocratie quittent l'Afghanistan du jour au lendemain et laissent un pays à l'agonie non sans en avoir profité pour piller ses ressources naturelles. En proie à une nouvelle guerre, cette fois entre factions Moudjahidines rivales, principalement celles du Commandant Massoud et d'Hekmatyar, l’Afghanistan est loin de retrouver la paix. Cette période, souvent appelée "guerre civile afghane" durera jusqu'en 1996.

Il se trouve qu'entre 1989 et 1996 commence à se former un mouvement de religieux fondamentalistes qui a pour but de ramener l'ordre et la sécurité dans leur pays déchiré par la guerre.

En 1994, le Pakistan, soucieux d'avoir encore des intérêts chez son voisin abandonne son soutien à Gulbuddin Hekmatyar et se tourne vers les "talibans" naissants.

Ces religieux que personne n'ose combattre et qui ont à la base, effectivement eu une popularité du fait des crimes commis par les seigneurs de guerre (qu'ils ont réglé en les tuant) prennent Kaboul en un peu plus de deux ans. En 1996 c'est le début du premier gouvernement taliban en Afghanistan.

Mais la désillusion est immense pour les afghans qui pensaient en avoir fini avec la guerre et la souffrance. Si il n'y a effectivement plus de guerre civile, c'est au prix de la liberté. Cinémas fermés, interdiction d'avoir un téléviseur, interdiction de travailler ou d'aller à l'école pour les femmes, port de la burqa obligatoire, obligation de sortir dans la rue avec un mahram (mari ou membre proche de sa famille), lapidations et châtiments corporels en cas de non-respect des règles, exécutions publiques. Les Afghans vivent un véritable cauchemar.

À ce stade, toujours pas de trace des Etats-Unis, qui pourtant s'inquiétaient lors de leur intervention initiale de la montée du communisme en Afghanistan, qui aurait pu, selon eux, être une grave menace pour la paix dans le monde.

Remplacer le communisme par l'islamisme radical et disparaître du conflit était apparemment la meilleure solution.

Pendant la même période, Oussama Ben Laden, déjà suspecté lors du premier attentat au World Trade Center en 1993 et responsable de deux attentats meurtriers aux Ambassades des Etats-Unis en Tanzanie et au Kenya en 1998, est chassé vraisemblablement dès 1996 du Soudan où il vivait et commence à être recherché pour ses activités terroristes. Pour son "passé glorieux" dans la résistance face aux soviétiques, les talibans décident d'en faire leur hôte.

Malgré les mises en garde du Commandant Massoud aux occidentaux le concernant (en avril 2001, le commandant Massoud est reçu au parlement européen à Strasbourg et prévient qu'Oussama Ben Laden va sûrement préparer un gros coup contre les Etats-Unis ou l'Occident), ce qui devait arriver arriva et dans une chronologie extrêmement suspecte, ce dernier meurt 2 jours avant le 11 septembre, le 9 septembre 2001, tué par deux membres d'Al-Qaïda se faisant passer pour des journalistes voulant l'interviewer et l'assassinant dans son fief de la vallée du Panchir.

Vient donc ensuite le 11 septembre, Oussama Ben Laden, top 10 des fugitifs les plus recherchés par le FBI depuis 1999 arrive à commettre l'attentat le plus meurtrier de l'histoire des Etats-Unis.

Georges W. Bush, fraîchement arrivé à la présidence pond un discours digne des croisades en direct à la télévision où le monde devient binaire d'un coup de baguette magique. "Soit vous êtes avec nous soit vous êtes avec les terroristes", "l'axe du mal" sont autant de formules restées dans l'histoire pour leur manque de sagesse politique et leur violence inouïe.

Dans un élan de patriotisme et d'émotion générale, galvanisé par les ailes les plus dures de l'état américain, l'administration Bush lance un ultimatum aux talibans pour qu'ils remettent Oussama Ben Laden. Refus de ces derniers.

L'attaque du gouvernement américain ne tarde pas et les talibans sont vaincus en moins de 2 mois, avec des dommages collatéraux monstres. Dans le langage des gendarmes du monde, "dommages collatéraux" veut dire civils.

Mais toujours pas de trace de Ben Laden. Les Etats-Unis, à la tête d'une coalition internationale mandatée par l'OTAN rassemblant 51 pays restent donc en Afghanistan, qui une fois de plus replonge dans la guerre. Guerre qui s'éternisera même après la capture de Ben Laden par l'administration Obama, en 2011.

Dix ans plus tard, l'Afghanistan a fait un bon de 25 ans en arrière avec l'arrivée au pouvoir des talibans en août 2021. Et comme en 1989, les Etats-Unis et les puissances occidentales s'en vont comme si de rien n'était.

Joe Biden estimant que "tendre la main aux talibans modérés pour parvenir à un état stable vaut le coup d'être essayé" et le ministre de la défense du Royaume-Uni, Ben Wallace se disant "prêt à collaborer avec les talibans à condition qu’ils respectent certaines normes internationales". On ne sait toujours pas à quoi ressemble un "taliban modéré" tout comme on ne sait pas à quoi ressemble un feu qui ne brûle pas et on laissera à Joe Biden le soin de nous l'expliquer dans un futur proche.

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