Le domino macabre de la « guerre contre le terrorisme » Partie II : l’Irak

Dans une chronologie meurtrière débutée en 1979 en Afghanistan, les Etats-Unis et ses alliés occidentaux ont laissé un Moyen-Orient et un monde musulman dans sa globalité chaotiques 40 ans plus tard.

Retour étapes par étapes sur les interventions des gendarmes du monde, toutes liées entre elles, qui ont par la suite débouché à la «guerre contre le terrorisme» pour des intérêts purement économiques et stratégiques. Après la première partie sur l’Afghanistan, nous nous attarderons dans cette deuxième partie à l’intervention américaine contre l’Irak de Saddam Hussein. 

Le début du domino : L'Irak de Saddam Hussein

Rappelez-vous, George W. Bush attaque l'Afghanistan en octobre 2001 pour trouver Oussama Ben Laden et défaire le gouvernement taliban. Le premier objectif n'est pas atteint mais le second oui. Malheureusement pour lui, le fameux Oussama, leur héros dans les années 80 car combattant face aux méchants soviétiques, est difficile à trouver.

Le gendarme en chef George W. Bush, dans un excès de zèle historique se dit que c'est le moment idéal de faire d'une pierre deux coups et de finir le travail qu'a commencé son père une décennie plus tôt : renverser Saddam Hussein et s’accaparer le pétrole et les ressources naturelles irakiennes.

Si dans la vie il y a des équations très difficiles, il faut savoir qu’en géopolitique, même lorsqu’un conflit est complexe et que les tenants et les aboutissants ne sont pas très clairs, il y a une règle d’or pourtant très simple même si vous n’êtes pas très calés: quand les Etats-Unis et/ou l’occident entrent en guerre, c’est qu’il y a des ressources naturelles à profusion dans le pays attaqué, en général du pétrole.

Scène hallucinante, une réunion en 2001 où Dick Cheney, vice-président de l’administration Bush, détaille le possible découpage sur une carte de futures concessions pétrolières en Irak devant l’Energy Task Force. Il ne faut pas avoir des sources secret défense pour connaître l’existence de cette carte, elle fut tout simplement révélée au grand public par la justice américaine en 2002. Un an après le 11 septembre et un an avant la guerre d’Irak.

Le destin fera que pendant et après la guerre d’Irak, l’entreprise pétrolière Halliburton justement dirigée par Dick Cheney se verra attribuer des tas de marchés pétroliers en Irak sans aucuns appels d’offres. N’y voyez là que des énormes coïncidences, bande de complotistes!

Venons-en donc au grand méchant loup qui est attaqué cette fois-ci. Saddam Hussein, qui sort d'une guerre de 8 ans avec l'Iran entre 1980 et 1988 et d'une seconde guerre contre les Etats-Unis entre 1990 et 1991 est ce qu'on appelle en Occident un dictateur.

Tellement dictateur, pour le coup, que les terroristes islamistes sous son règne menaient une vie proche de l'enfer.

En effet, Saddam Hussein, membre puis leader du parti Baas, un parti panarabiste implanté en Syrie et en Irak est un fervent laïc. Stupeur donc, quand George W. Bush annonce à la communauté internationale qu'il compte attaquer l'Irak car elle soutient Al-Qaïda et qu'elle possède des armes de destruction massive. Les spécialistes en géopolitique de l'époque, les historiens et les chancelleries du monde entier ne comprennent absolument rien à ce que raconte ce bon vieux George mais il a une astuce pour faire passer cette guerre!

Son astuce se nomme Colin Powell, secrétaire d'Etat sous l'administration Bush. Le 5 février 2003, l’ami Colin est envoyé faire le sale boulot aux yeux du monde entier.

Devant le conseil de sécurité de l'ONU ahuri, un Colin Powell à la limite du flingue sur la tempe et en sueur apporte la preuve que Saddam Hussein possède des armes de destruction massive : une fiole sûrement achetée dans une alimentation générale au coin d'une rue et dans laquelle on ne sait toujours pas ce qu'il a mis si ce n'est de l'eau du robinet.

C'est la consternation, ça ne volait déjà pas haut depuis des années mais aucune grande puissance européenne même alliée de l’Oncle Sam ne veut s'aventurer à les suivre dans cette cabale totalement insensée. Mis à part évidemment le cousin anglais.

L'Allemagne refuse, même la France (oui c'est difficile à croire en 2021, c’était avant l’arrivée de Sarkozy, on y arrive bientôt) refuse. L'OTAN refuse de mandater cette intervention. Il en faut plus que ça pour arrêter le cow-boy Bush, invasion de l'Irak le 20 mars 2003 en dehors de tout cadre légal, sans l’aval du conseil de sécurité de l’ONU. Fait rarissime dans l’histoire, les États-Unis font « une guerre préventive » horrible euphémisme pour ne pas expliquer clairement à leur opinion publique qu’ils attaquent un pays uniquement pour piller ses ressources et destituer un dirigeant gênant depuis trop d’années. Les dommages collatéraux sont encore une fois monstrueux. Les civils dans le langage du commun des mortels, n'oubliez pas de traduire.

Saddam Hussein est capturé le 18 décembre 2003, après huit mois de cavale et 3 ans plus tard, le 30 décembre 2006, finit pendu en direct au terme d’une parodie de procès, le jour de l’Aïd el-Kébir en guise d’ultime provocation, pour une fois pour toutes faire comprendre à tous qui fait la loi dans ce monde.

Et évidemment, bien évidemment, Saddam Hussein n'avait pas d'armes de destruction massive. Mais quand le sale boulot est déjà fait, c’est presque le sourire aux lèvres que les assassins expliquent leur «erreur».

Dans le sillage de la destruction de l'Irak, outre les millions de morts civils, d’innocents torturés et/ou victimes des pires sévices possibles (notamment dans la prison d’Abou Ghraib, devenue tristement célèbre et sur laquelle il faudrait écrire un article entier tellement l’horreur y avait atteint des sommets), de familles déchirées, d'irakiens quittant leur pays, des centaines d'ex-prisonniers soit qui souffraient le martyr sous Saddam Hussein soit emprisonnés puis libérés par les Etats-Unis pendant leur intervention (c'est le cas d'Abou-Bakr Al-Baghdadi, emprisonné puis libéré par les Etats-Unis courant 2004) profitent du chaos pour créer "L'état islamique d'Irak" en octobre 2006. La suite du domino peut s'enclencher.

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