Le hijab, avant tout un marqueur social.

Réflexion personnelle sur l'énième polémique en cours.

Encore une polémique de plus.

Compréhensible.

Tout le monde a raison. Oui, c'est un simple bout de tissu, oui certains s'en servent pour asservir les femmes, oui c'est un choix  pour plusieurs femmes libres.

Mais pourquoi le phénomène s'est il intensifié ces dernières années?

- Merci Internet et le prosélytisme wahhabite.

L' Algérie en pleine guerre civile a lutté contre les intégristes qui voulaient l'imposer aux femmes sans y parvenir. La propagande du web a été bien plus efficace et a dépassé les seules frontières du Maghreb. Niqab, burka, ces tenues vestimentaires étaient absolument marginales tout comme les femmes les arborant.

- Le communautarisme subi.

Trop peu de mixité sociale. Dans les quartiers populaires, les familles elles-mêmes s'en plaignent et déplorent le fait que leurs enfants ne côtoient que des "semblables". Ces familles ont connu la richesse de fréquenter des familles aux cultures et religions différentes et elles reconnaissent la ghettoïsation qui s'est petit à petit mise en place. Lorsque sont réunies dans un espace géographique restreint des personnes issues des mêmes origines sociales et ethniques, les habitudes culturelles s'installent  et se transforment en "codes de vie" immuables. Pour beaucoup de musulmans, manger halal, comme le voile est un choix et non une obligation. Or, dans les cantines, des enfants musulmans font comme s'ils mangeaient halal et refusent la viande pour éviter d'être pointés du doigt par leurs camarades. La fameuse "pression de groupe". Le même phénomène se crée autour du voile.

 

- L'effet "connecting people".

Le voile est un symbole de ralliement à une communauté: cela indique ostentatoirement le fait d'appartenir à un groupe.C'est rassurant de faire parti d'un groupe. Dans un groupe, on se soutient, on s'entraide. Ces femmes, très souvent au foyer, s'identifient d'un simple regard par le voile. Le contact social en est facilité. Dans ce monde de repli sur soi même, ce lien social est précieux. Entre "sœurs", on se sent moins isolée.

 

- L'effet boule de neige.

Si 85 femmes sur 100  musulmanes sont voilées dans un même quartier , il est fort probable que cette proportion augmente avec le temps à cause de point évoqué ci-dessus. Au contraire, inversez la tendance et il est sera fort probable que le port du voile s'amenuise. Installez une femme voilée dans un village rural français et il est fort probable qu'elle décide elle même de ne plus le porter. L'être humain est ainsi fait, il suit des modes. 


Le port du voile,chez les musulmans français ou maghrébins, n'est pas considéré comme une finalité ou même une obligation religieuse. De ce fait, de nombreuses femmes pourraient s'en affranchir.  Une grande majorité d'ailleurs ne le porte pas. D'ailleurs, cette rhétorique et ces polémiques à répétition leur nuisent. Si on associe constamment musulmanes et voiles, on instille dans l'esprit des gens que pour pratiquer l'islam, il faut porter un voile, ce qui est absolument ridicule. Le doute peut s'installer dans l'esprit de celles qui n'avaient jamais pensé à le porter un jour.

Vous m'aurez compris, on pourra tout interdire, rien ne pourra se régler si les problématiques énoncées ci-dessus ne sont pas résolues.

Filtrez les sources du web prêchant un islam politique rigoriste, réinstaurez une réelle mixité sociale, permettez à des femmes de s'extraire de leur environnement direct par le biais de l'emploi ou de milieux associatifs pour qu'elles puissent créer des liens sociaux hors de leur communauté. Il y aura peut être autant de femmes qui choisiront de porter un voile, ce qui est leur droit le plus absolu, mais "l'effet loupe" d'une minorité souvent confinée dans des espaces géographiques délimités sera largement amoindri et contribuera donc à enfin décrisper la société sur le sujet.

 

 

 

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