Covid-19- A quoi joue la France?

La situation chronologique vécue à travers le prisme d'un voyage à l'étranger.

Novembre 2019- L'hiver est là. Les journées sont courtes et moroses. Et si nous partions au soleil? C'est décidé: en moins de 48 heures notre voyage en Thaïlande est réservé. Ne reste plus qu'à attendre les vacances de février.

 

Janvier 2020- Alerte en Chine- Un nouveau virus semblant particulièrement virulent se développe en Chine. La propagation est exponentielle. La Chine construit des hôpitaux en urgence et bloque son économie. Les images de villes entières en quarantaine font le tour du monde.

Le gouvernement chinois prend des mesures drastiques: interdictions des voyages de groupes et limite les déplacements de ses citoyens.

Le monde fixe alors la République populaire de Chine. Que se passe-t-il vraiment? Des tonnes d'interrogations qui créent des suspicions de toutes sortes.

Début février 2020- Notre voyage se rapproche. Les cas se développent dans les pays d'Asie. Japon, Corée du Sud, Singapour, Thaïlande. Je commence à me renseigner sérieusement. Site du ministère des affaires étrangères, ambassade de France. Seul les voyages à destination des régions en Chine de Wuhan et de Hubei sont alors déconseillés.

La zone C s'apprête à partir en vacances. Des milliers de voyageurs vont transiter dans les gares et les aéroports. Les cas se multiplient dans le monde à vitesse grand V. Je guette la réaction des pays européens. Rien. Pourtant les scientifiques commencent à alerter significativement sur le danger que représente le virus en grande partie du fait de son pouvoir de contamination. De ce fait c'est simple: plus il y a de personnes contaminées, plus il y a de risques de cas graves. Le danger ne réside pas forcément dans les symptômes mais plutôt à une réalité plus factuelle: les services de santé n'ont pas été pensés pour accueillir un accueil massif de patients nécessitant des soins intensifs.

 

Pour l'instant pas question d'annuler notre voyage. En zone A de toute façon,il reste 3 bonnes semaines avant les vacances, largement le temps de voir comment se profile la situation.. Du moins, c'est ce que je pensais.

Les zones déconseillées s élargissent à toute la Chine continentale. Singapour présente des signes inquiétants. Pas rassurant pour ma part, le pays étant frontalier avec la Thaïlande. De plus, contrairement au monde entier, la Thaïlande refuse d'interdire l'entrée des chinois sur son territoire. Le pays annonce très peu de cas et annonce des premières guérisons grâce à des cocktails anti-viraux.

Mon petit doigt me dit qu'il est quand même étonnant que le nombre de cas en Thaïlande soit si bas alors que dans le reste de l'Asie les cas explosent.. Cependant, aucune restriction n'est imposée concernant les voyages en Thaïlande. Les premiers vacanciers européens affluent.

Je commence sérieusement à douter. D'autant qu'à l'annonce de notre voyage, les commentaires commencent à pleuvoir. Entre jugement et étonnement, les remarques commencent à peser dans la balance. Faut-il ou non annuler notre voyage?

Non. Expérience de la grippe A oblige. Je me rappelle l'annonce de fermeture des écoles dès que 5 cas serait avérés. Décision vite remballée lorsque le gouvernement de l'époque s'était aperçue que l'épidémie s'était installée. Tout le monde au boulot! Si aucune restriction de voyages n'était imposée, je savais pertinemment qu'il n'était plus qu'une question de temps avant que le virus ne débarque chez nous.

Mi-février- Annonce du décès d'un des médecins lanceur d'alerte en Chine. La Thaïlande met en place des contrôles de température et des mises en quarantaine si fièvre. Le stress s'installe. Trop de stress. Et si le retour en France nous était refusé? Et si nous importions le virus en France? Mon conjoint souhaite annuler. La décision est prise. Nous ne partirons pas.

3ème semaine de février- Rendez-vous chez mon médecin traitant. Je lui explique la situation. Étonnée, elle me déconseille l'annulation. Les consignes en France sont très sporadiques. En cas de doute sur un patient, elle doit composer le 15... Elle me dit redouter davantage l'épidémie de dengue de l'autre côté du globe.

Je rentre dubitative. Je propose à mon mari de contacter directement le ministère et la compagnie aérienne. Réponse sans appel: aucun avis défavorable. La zone B est entre temps parti en vacances, la zone C revient. Si nous ne partons pas, de toute manière des milliers de personnes, elles l'ont déjà fait. Revirement de situation à 4 jours du départ, la décision est prise de partir ( en ayant au préalable bien relu nos couvertures santé à l'étranger). Nous faisons le plein de masques FFP2 et de gels hydroalcooliques ( tout était encore en stock!).

J-1 avant le départ: Les cas se multiplient en Italie. Le virus est hors de contrôle. 

Fin février: départ pour la Thaïlande. Aéroport en France: pas de masque, aucun contrôle.

Arrivée à Bangkok- 90% des gens sont masqués. Les gels hydroalcooliques sont partout. Contrôles de températures. Ce sera la même chose à Don Muang et à Phuket. 

Lors du séjour, 2 nouveaux cas sont détectés dans le Siam après un retour de 2 élèves thaïlandais du Japon. 2500 personnes sont confinées par mesure de précaution!

Nous passons de vacances au soleil. Le virus se fait oublier sous les 30°C. Aucun touriste chinois ou japonais en vue. Une immense majorité d'européens.

Nous suivons la situation en Europe et dans le monde. Notre compagnie aérienne annule les vols en direction de l'Iran et de l'Italie.

Les cas se multiplient en France. Nous commençons à craindre désormais de ne plus pouvoir rentrer en France faute de vols maintenus!

Il n'en sera finalement rien. Pourtant le ministre de la santé thaïlandais annonce une mise en quarantaine d'office des français arrivant en Thaïlande avant de se raviser quelques heures plus tard.. Le décret n'a pas pu être signé par le roi alors à l'étranger. L'ambassade de France annonce que la situation peut changer à tout moment..

Début mars- Retour en France- Aéroports de Thaïlande - Masques et contrôles. 

Arrivée en France- Plus de masques, aucune solution hydroalcoolique, aucun test de températures, aucune quarantaine qui que vous soyez et d'où que vous veniez.

Le comble absolu: nous qui souhaitions annuler notre voyage pour ne pas être contaminés à l'étranger...avons désormais plus de risques d'être contaminés dans notre propre pays. Que de stress pour au final constater amèrement que finalement nous nous sentions plus en sécurité face au virus à l'autre bout du monde que dans notre propre pays. 

La zone A reprend le chemin de l'école demain. Aucun élève ou professeur ne peut utiliser de masques sans recommandations faute de stocks suffisants. Des pharmacies risquent d'être traînées en justice pour avoir continuer de vendre des masques à la population. 

Advienne que pourra. 

 

 

 

 

 

 

 

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