Le vin: un tabou français.

Le vin, un alcool comme les autres?

Le vin... Blanc, rouge, rosé. Il fait la fierté et la renommée de la France. La famille et les amis me vantent la saveur d'un tel, le pouvoir sublimatoire d'un autre. Des enfants sont initiés en vertu d'une "éducation au goût" .Je me rappelle même que lors de mes années au lycée et à la fac, mes camarades se bourraient allègrement la gueule sans chercher à le cacher à leurs parents. Un parcours initiatique normal en somme. 

Pour ma part, j'avoue que cette vision française autour du vin et plus largement de l'alcool m'a toujours interloquée.  Surtout lorsqu'on compare son traitement à celui fait au cannabis. 

La consommation d'alcool et en particulier celle du vin bénéficie d'une bienveillance surprenante. On explique que le vin est un vecteur de la culture française et d'un savoir faire, que les jeunes ne s'alcoolisent pas au vin, des études avançant même qu'un verre par jour est bénéfique pour la santé. On jette l’opprobre sur les whiskys et autres vodkas que les jeunes plébiscitent davantage en boîte de nuit. Pourtant les russes ou les irlandais pourraient apporter les mêmes arguments: leurs alcools sont empreints de culture et mériteraient donc la même tolérance. Quant à l'ivresse, si les jeunes se ruent sur les alcools à la mode pour l'atteindre, les plus anciens préféreront volontiers les vins. Une question de génération probablement.

Deux figures politiques s'empoignent actuellement sur le sujet : Didier Guillaume ministre de l'agriculture et Agnès Buzyn, ministre de la santé.

Si l'un défend les productions des vignes et l' important enjeu économique qu'elles représentent, l'autre en tant que ministre de la santé et surtout en tant que médecin, ne peut qu'en exploser les risques.

Didier Guillaume explique le vin n'est pas un alcool comme les autres. © BFMTV
Agnès Buzyn recadre les propos du ministre de l'agriculture. © franceinfo

 

Je pourrais comprendre cette tolérance si elle ne se confrontait pas trop souvent au fort rejet de la légalisation du cannabis.

Les dégâts liés à l'alcool, chacun de nous peut les constater sans chercher bien loin. Il suffit de regarder autour de soi. Ses ravages touchent notre famille, nos amis, parfois nous-mêmes. Les fumeurs de joints, on en connaît également ou on s'en doute fortement. Si on sait que le cannabis crée des dépendances et détruit également des vies, il est à mettre en parallèle avec l'alcool qui fait de même. Modération me direz-vous!

Je vous répondrais que si on fait confiance aux individus pour modérer leur boisson, pourquoi ne fait-on pas de même pour cette drogue? 

Personne ne pense à interdire la consommation d'alcool. Pourquoi le cannabis ne bénéficie-il pas de cette prérogative? Investir dans la prévention et l'éducation à la consommation, selon les principes accordés à l'alcool,  semblerait s'inscrire davantage dans la logique française.

 

 

 

 

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