Le phénomène "permaculture": simple mode?

Les températures printanières annoncent la reprise de la passion française pour le potager. Un terme revient fréquemment: permaculture. Késako? Simple mode de jardinage?

Des milliers de vues, des livres à foison, des stages estampillés permaculture..Il est vrai que c'est incontestablement le terme à la mode. 

Plus qu'un simple terme, un réel engouement particulièrement autour de cette nouvelle manière de jardiner qui se veut plus respectueuse de l'environnement. Pas de pesticides, gestion des ressources naturelles et une promesse de récoltes abondantes et biologiques.

Sur le papier, la permaculture a tout pour plaire.

D'ailleurs, elle m'a plu. Grâce aux nombreuses vidéos et aux ressources disponibles en ligne, j'ai acquis au fil du temps un bagage sur la notion. 

La permaculture était pour moi un nouveau moyen de jardiner, de manière écologique. Pour beaucoup de personnes, c'est même la définition de la permaculture. Il suffit de voir le nombre de jardiniers prêts à investir de manière conséquente dans des formations de ce type.

Produire. Toujours mieux. Toujours plus. Et de surcroît payer pour apprendre à atteindre cet objectif.

Tiens, tiens, ça me rappelle, comment on dit déjà... Ah oui, le Productivisme enfanté par le père Capitalisme..

Pourtant, quand on s'y penche de plus près, on se rend compte que dans sa philosophie, cultiver selon les principes de la permaculture, c'est justement apprendre petit à petit à s'affranchir de ces notions. Comble non? 

Car oui, "permaculturer" ne se limite pas à jardiner mais bel et bien à créer une alternative à notre société de consommation qui court droit dans le mur.

Je n'en n'avais absolument pas conscience lorsque j'ai commencé à cultiver mon potager selon ces principes. Mon but étant simplement de prendre plaisir à réussir à  faire pousser des légumes dans mon jardin. 

Cependant, commencer et réussir un potager bio mènent inévitablement à se questionner sur des questions essentielles: comment économiser l'eau, comment se procurer de la terre et de l'engrais bio sans avoir à l'acheter en jardinerie? 

Autant de questions qui appellent des réponses et qui nous mènent à réfléchir sur des alternatives possibles et durables.

Economiser l'eau? Et si je fabriquais un bassin qui fonctionnerait comme un récupérateur d'eau enrichi en nutriments?

Avoir de l'engrais? Et si j'installais un poulailler pour récupérer la litière qui est l'engrais vert par excellence?

Avoir de la terre? Et si je fabriquais mon compost?

Avoir un poulailler, un bassin, un compost. Des idées farfelues pour moi il y a à peine 2 ans surtout en milieu urbain, et pourtant, comme une évidence, ils ont pris place dans notre lieu de vie.

La permaculture, plus qu'une mode est une philosophie et un art de vivre: privilégier, inventer un système où l'acte d'achat serait l'ultime recours à toutes les alternatives connues. La réutilisation, l'économie, et le partage sont les valeurs suprêmes de ce mouvement volontiers alter-mondialiste. Ce n'est pas par hasard si la permaculture s est installée de manière si prégnante à Cuba par exemple lors de "la période spéciale".

Une philosophie qui mènerait à tendre vers l'autosuffisance alimentaire et énergétique, à privilégier l'échange à l'achat pourrait à grande échelle révolutionner notre société.

La transition écologique pourrait se nourrir de la permaculture pour réussir à harmoniser la fin du monde et la fin des mois. Pourtant, très peu d'échos dans notre grand débat national où, tous les maux de notre société tendent à être résolus en vain par le biais d'un seul vecteur: l'argent.

 

 

 

 

 

 

 

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