Fin du monde versus fin du mois: à qui profitent les aides énergétiques ?

Les principales aides à la rénovation énergétique bénéficient elles aux principaux concernés à savoir les foyers modestes?

Pour ceux qui auraient suivi, je suis l’heureuse propriétaire d’une magnifique maison de maçon en proche périphérie d’une grande métropole française. Ça, c'est en langage édulcoré à la sauce "agent immobilier" .Comprenez plutôt " endettée sur 20 ans pour acquérir une vieille maison énergivore des années 60 en banlieue." 

Nous aurions pu nous éloigner et jouir d’une maison neuve dans une petite commune en première couronne. Sauf que force était de constater que nous n’étions pas les seuls à avoir eu l’idée. Déjà, il y a 5 ans, les prix nous semblaient « bullesques » pour des pavillons aussi éloignés du centre de la métropole et de nos zones de "vie". Certes la maison aurait été neuve mais le coût du carburant, du péage et l’usure des voitures (car il en faut bien deux lorsqu’on est à la campagne) ont fait pencher la balance du côté de la proximité au détriment de la qualité immédiate du bien. 

Et de toute façon, une maison ça se rénove non ?

Bricoleurs, on décide de s’attaquer aux fenêtres et à tous les autres travaux de remises en état , seuls ( la motivation est votre meilleure amie quand vous manquez de moyens).

Cela nous coûte en temps et en argent mais bien moins qu’en ayant recours à des pros. Système D, le meilleur allié pour préserver son pouvoir d'achat.

2018- Le prix du litre du fioul s'envole. Bizarre, il me semblait  pourtant que le prix du baril de pétrole était particulièrement bas.. Nous chiffrons à 2000€ notre budget chauffage pour l’hiver 2018-2019. La chaudière a 20 ans. Notre chauffagiste nous refuse le contrat dépannage. Il n’est pas sûr de pouvoir nous dépanner sans se ruiner.

Point sur la situation : 2000€ minimum de fioul avec en prime le risque que la chaudière nous lâche avec ses euros dans le réservoir.  Les chaudières fioul ne sont presque plus remplacées. En me penchant sur le prix que nous coûterait une conversion, je comprends que si la chaudière lâche en plein hiver, nous serons dans une belle, soyons polis, panade . Comme de nombreux français, le budget chauffage va être serré. Gare aux ouvertures inopinées des fenêtres, je guette la moindre calorie gaspillée. 

On commence donc à se pencher sur des nouveaux moyens de se chauffer. Mr Philippe nous met un coup de pression, d'ici 10 ans de toute façon, le fioul c'est terminé . C'est parti, on se lance dans la rénovation énergétique de notre maison. 

On fait réaliser des devis car les travaux sont lourds. La douche froide. Impossible de les financer seuls. Nous devons recourir un prêt. Mon mari fait la gueule à cette idée et j'avoue que moi aussi. Je prends donc ce sentiment désagréable et je le refoule bien loin dans mon subconscient, entre mon cortex pré-frontal et le lobe droit de mon hypothalamus. 

Le fameux « Eco-Ptz à taux 0% », première aide disponible,  nous fait de l’œil. On se renseigne.

1er couac : les banques ne se bousculent pas pour le proposer. Et quand elles le proposent accrochez-vous. La demande de crédit immo, à côté, c’est une demande de carte fidélité chez Sephora. 

2ème couac : pour y avoir le droit il faut recourir à la rénovation d'au minimum deux pôles de travaux par des professionnels et pas n'importe lesquels.C'est obligatoire. (cf 4ème couac, ça arrive). Qui dit plusieurs travaux dit budget qui monte en flèche.

3ème couac : pour un bouquet de 2 travaux la durée maximale du prêt est de 10 ans. Pour 3 travaux, 15 ans. Les mensualités vont donc peser sur le budget. L’obtention du prêt est conditionnée à un endettement maximal à 33% ( tous prêts confondus) et n’est soumis à aucun plafond de revenus.

Concrètement donc  ,on financera beaucoup plus facilement des travaux de rénovation chez des foyers aisés que ceux des foyers modestes. Transition écologique et solidaire qu’il disait l’autre ? Sauf avoir déjà soldé son crédit immo, cette mesure censée aider les plus modestes à financer la rénovation de leur logement est difficilement accessible pour une majorité d’entre eux. D'autant s'ils cumulent plusieurs prêts.

4ème couac : impossible de recourir à l’artisan de son choix. Il faut que l’artisan soit « labellisé » RGE. Comprenez «  reconnu garant de l’environnement »Ce label est un sésame. Sans lui pas d’éco-ptz, pas de crédit d’impôt et pas de primes énergies. L’idée est bonne semble-t-il. Des artisans formés à la protection de l'environnement. Je demande à quelques artisans que l’on m’a conseillés pourquoi ils n’en sont pas détenteurs. «  Le label est payant madame, et pas qu’une fois ». Comprenez 1100€ HT annuel pour un SEUL artisan hors formation. De quoi faire vaciller les trésoreries des P.M.E.

 Début d’aparté :

 Il ne vous échappera pas que j’ai subtilement mis en lumière le terme « primes énergies ». Ah les primes énergies ! Lumière, lumière ! Avis aux journalistes d’investigation ! Je crois que ça peut valoir le coup de creuser ! Pas très claires les informations sur le net.. Prépare toi ami lecteur à comprendre la mécanique du schmilblick !Sinon tu peux, tel un épisode interactif de Netflix, directement te diriger vers la fin de l'aparté...

Grosso modo, les fournisseurs et distributeurs d’énergie doivent réaliser des économies d’énergie. S’ils ne peuvent pas le faire, ils doivent payer une belle surtaxe. Pour éviter de la payer cette surtaxe, (car forcément ce ne sont pas de supers élèves en termes d’économies d’énergie), ils peuvent racheter des « certificats d’énergie » : un organisme en délivre un à chaque propriétaire qui réalise un chantier de rénovation pour chaque pôle de travaux.  Chaque certificat a le potentiel de faire baisser le montant de la surtaxe. L’idée est donc de se procurer le max de certificats en les payant le moins cher possible.

Dans l'absolu donc, rien n’empêcherait une entreprise de gonfler par exemple artificiellement son devis pour ensuite prétendre reverser la prime annoncée. Bilan : aucune perte et un certificat d’énergie qui fera baisser le montant de la surtaxe. Plus dérangeant :l’organisme qui délivre les fameux certificats le «  PNCEE » est financé par les contribuables. Les certificats d'énergie se négocieraient même sur les marchés... Affaire à suivre?

Fin de l’aparté.

Le réchauffement climatique ne nous laisse pas insensible. La pollution commence à sérieusement impacter notre quotidien. Des bronchites asthmatiformes qui se multiplient chez nos gamins, des toux qui traînent. Les médecins dépités pointent du doigt les dégâts de la pollution de l’air.

La mer gagne du terrain et les plages nous semblent rétrécir au fur et à mesure que les années passent. Les images de l’air irrespirable à Delhi, à Tokyo et en Chine nous interpellent. La famine en Afrique et les incendies ravageurs dans le monde nous affolent.

Notre région est ensoleillée. Notre toiture est exposée plein sud. Les panneaux solaires nous semblent être la meilleure option. Je prends rendez-vous auprès d’une conseillère de l’ADEME (Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie.)

Le photovoltaïque, c’est super, on en rêve, mais c’est hors de prix. Autour de 20 000€. Les aides de l’Etat au regard de l’investissement de l’entretien nécessaire sont ridicules d'autant plus que le crédit d'impôt ne s'applique qu'au matériel et exclut le prix de la main d'oeuvre.  La conseillère nous oriente vers une chaudière au gaz à condensation car la pompe à chaleur c'est niet;  ça nous mènerait à la banqueroute. Je lui indique que rien ne m’assure que le prix du gaz n’explose pas dans les années à venir (souvenir vague d’un reportage d’Arte sur un approvisionnement des pays de l’Est). Pour l’heure elle m’indique que ce n’est pas le cas. L’investissement dans une installation au gaz serait vite rentabilisé par rapport au fioul. Surtout pour un foyer modeste ou très modeste me dit-elle fièrement. Hum hum, je lui rétorque qu’il faut être un couple modeste ayant une sacrée bonne épargne pour pouvoir se lancer. Sourire crispé. Elle me parle de l'éco-ptz... Quant à remplacer du fioul par du gaz, ça doit être moi, mais le bénéfice écologique ne me pas paraît pas si évident que ça.

Voici donc, la voilà! La fameuse confrontation entre « la fin du monde et la fin du mois »  dans sa version rénovation énergétique: souhaitant investir dans une énergie verte mais incapables de la financer. Comme la majorité des français, notre volonté de contribuer à l'écologie est réelle mais se confronte à notre réalité financière. Crédit d’impôt, éco-ptz, primes énergies. Autant de dispositifs qui, s’ils ont le mérite d’exister peinent à s'appliquer aux foyers pour lesquelles ils ont été pensés : difficilement accessibles aux foyers modestes, semblant davantage profiter aux plus aisés. Transition écologique? Peut-être "en marche". Solidaire? A priori, peut mieux faire...

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.