Gabon : Le vrai-faux retour d’Ali Bongo, une mascarade grotesque

Si tout va bien, la saga des "retours d'Ali Bongo l'immortel" s'enrichira, demain samedi, d'un nouvel épisode. Décryptage.

« Son excellence M. le président de la République, chef de l'État, Ali Bongo Ondimba quittera le Maroc ce samedi 23 mars. Son excellence M. le président de la République, chef de l'État, se réjouit de retourner parmi ses compatriotes. Il tient à remercier très chaleureusement son frère, sa majesté le roi du Maroc Mohamed VI pour la qualité de son accueil et l'inestimable soutien apporté tout au long de son séjour dans le royaume chérifien. » C'est par ce communiqué laconique lu par Ike Aila, le porte-parole de la présidence gabonaise, que l'annonce du retour d'Ali Bongo a été faite. Une telle vacuité n'étonne plus personne au Gabon. Toutefois, ce retour  que de nombreux Gabonais qualifient de « non événement » n'est pas totalement dénué d'intérêt.
Et ce, pour essentiellement deux raisons. Le vrai-faux retour du faux Ali Bongo Ondimba a été décidé dans la précipitation par les tenants du pouvoir pour, d'une part, conjurer le péril né de l'appel lancé par un groupe de 10 Gabonais qui veulent que soit immédiatement prononcée la vacance de pouvoir consécutivement à l'absence prolongée du chef de l'État. Cette exigence qui trouve de plus en plus d'écho auprès de l'opinion publique est assortie d'une date butoir, le dimanche 31 mars.
Ce n'est donc pas un hasard si le pouvoir  a  décidé, quasiment dans la panique, de sortir le faux Ali Bongo du placard, une semaine avant l’échéance fixée par « Les Dix ». Il s'agira de faire comprendre aux populations que la vacance de pouvoir réclamée par l'opposition et la société civile n'a plus lieu d'être, puisque "le président normalement repris son poste". Ah bon !
D'autre part, et c'est la deuxième raison de cette « résurrection », il est question pour le régime de faire endosser à Ali Bongo Ondimba la paternité de la future modification de la constitution que s'apprête à opérer Marie-Madeleine Mborantsuo, la toute-puissance présidente de la cour constitutionnelle. Cette énième balafre infligée à la loi fondamentale vise à faire assurer l'intérim de la présidence, non pas par le président  du sénat comme le prévoit la constitution, mais par son homologue de l'assemblée  nationale, un homme-lige de Marie-Madeleine Mborantsuo du nom de Faustin Boukoubi. Une fois la forfaiture actée, « Ali Bongo » repartira au Maroc pour des « contrôles de routine ». Sauf que, cette fois, il ne reviendra plus jamais et la vacance de pouvoir sera prononcée afin de permettre à Mme Mborantsuo d'accéder « démocratiquement » au trône à l'issue de la prochaine élection présidentielle, prévue pour 2023. Sur le papier, tout cela semble parfaitement planifié.

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Mais rien ne dit que ce ne sera pas la provocation de trop. Blaise Compaoré en sait quelque chose...

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