Présidentielle 2023 : Omar Denis Bongo y pense « très sérieusement » et il se prépare

« Avant d’être un Bongo, je suis d’abord Gabonais, et à ce titre, je demeure attentif à ce qui se passe dans mon pays. Je n’ai rien contre Ali Bongo, mais je ne me vois pas apporter ma caution à la manière dont le Gabon est dirigé depuis sept ans. Il s’agit d’un constat, pas d’une critique… ».

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Ces propos d’Omar Denis Junior Bongo (ODJ), tenus en juillet 2016, quelques heures avant que son frère Ali Bongo n’aille déposer son dossier de candidature pour un second mandat, nous ont été rapportés par l’une de leurs sœurs que nous appellerons Martine (*) pour des raisons de sécurité.

« Nous étions le 6 ou le 7 juillet. A la demande de notre aînée Pascaline, tous les membres de la famille présents à Libreville devaient accompagner le président Ali à la commission électorale pour le dépôt de son dossier. Tout le monde, ou presque, avait accepté, sauf Junior ». Effectivement, ce 9 juillet 2016, lorsqu’Ali Bongo sort des locaux de la commission électorale, il est entouré de quasiment tout le clan Bongo, en plus de sa mère Patience Dabany. En revanche, pas de trace d’Omar Denis. Le jeune homme a tenu parole et ne s’est pas présenté aux côtés du président-candidat Ali Bongo. Ce geste de défiance va signer la rupture entre les deux frères.

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Pour autant, peut-on raisonnablement déduire qu’ODJ nourrissait déjà, à cette époque-là, des ambitions présidentielles ?   « Je ne pense pas », a répondu Martine qui, au passage, dit avoir été « impressionnée par le caractère bien trempé et la maturité » de son jeune frère.

A quelques mois de l’élection présidentielle de 2023 à laquelle « il pense très sérieusement », selon un de ses proches, Omar Bongo Junior devra, à mesure que l’on approchera de l’échéance, faire preuve, non seulement de ce fameux « caractère bien trempé » et de « maturité », mais également d’un mental à toute épreuve assorti d’une exceptionnelle capacité à se transcender. Car, il faut qu’il se le dise, rien ne lui sera épargné, et les coups les plus durs viendront de sa propre famille. A commencer par Ali Bongo qui, en dépit de ses graves ennuis de santé et de son bilan calamiteux, tient absolument à conserver le pouvoir. Un pouvoir qui, selon Denis Carcassonne, « est  pris en otage par le tropisme affairiste du président Ali Bongo, de son épouse, de son fils et de leurs amis étrangers ». Sans langue de bois, cet ancien correspondant au Gabon de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) française dézingue le régime gabonais : « Gangrené par une corruption endémique et dirigé en sous-main par l'épouse d’Ali Bongo, ce pouvoir à l'abri  duquel les trafics de drogues, d'or et de devises prospèrent est en pleine décomposition depuis quelques années  ». Autres facteurs, d’après M. Carcassonne, du délitement du système mis en place par Ali Bongo en 2009,  « les clivages politiques et factionnels qui traversent le parti au pouvoir, mais aussi et surtout les relations ambiguës et les vives tensions au sein du couple présidentiel. Madame Sylvia Bongo, on le sait, veut absolument placer son fils aîné à la tête du Gabon ». Entre Ali Bongo et le fiston Noureddin, ce sera donc à qui réussira à « tuer » l’autre… Il ne restera plus alors à Omar Denis Bongo qu’à croiser le fer avec le vainqueur de ce passionnant duel entre père et fils.

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Dans cette perspective, ODJ a déjà, selon nos informations, commencé à tisser sa toile et à s’organiser. Il a, par exemple, lancé sa page Facebook officielle la semaine dernière. Sur le plan politique, il multiplie depuis plusieurs mois les rencontres avec des chefs d’Etat africains. Alassane Ouattara, Teodoro Obiang Nguema, Alpha Condé ou encore Macky Sall font partie des présidents avec lesquels Bongo Junior est plus ou moins régulièrement en contact. Il en de même du Togolais Faure Gnassingbé chez qui il s’est récemment rendu à deux reprises.

Dans un paysage politique traumatisé par les tueries postélectorales de septembre/octobre 2016, l’opposition semble complètement résignée. De plus, Jean Ping, le vrai vainqueur de la dernière présidentielle, est assigné de fait à résidence. Tout semble indiquer que la prochaine élection se jouera, sauf surprise, au sein de la famille Bongo…

Ingénieur informaticien vivant en région parisienne depuis une trentaine d’années, le Franco-Gabonais Saturnin Mvé Ondo nous a fait part de son analyse : « C’est douloureux à dire, mais je me dois, à la vérité, de reconnaitre qu’il est quasiment impossible de chasser les Bongo du pouvoir par la voie des urnes. On l’a encore vu en 2016. Malgré la victoire écrasante de Jean Ping, Ali Bongo s’est maintenu à la tête du pays en faisant tuer des centaines de nos compatriotes. Il a même eu recours à un hélicoptère de combat contre des civils sans armes. Alors, à moins d’un improbable coup de force militaire, il faut se rendre à l’évidence, et envisager de composer avec le seul Bongo ‘‘normal’’ qui, en plus, n’est pas impliqué dans les horreurs commises ces dernières années par certains membres de sa famille. » Voilà qui est dit !

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Noureddin contre Ali, ou Ali contre Omar Denis Junior, quel que soit le casting final, une chose est sûre : pour 2023, la « guerre civile » chez les Bongo promet d’être sanglante. Mais au-delà des ambitions des uns et des autres, être candidat n’est pas une fin en soi. Il faut être préparé. Ce qui n’était visiblement pas le cas pour l’actuel président Ali Bongo qui s’est contenté de s’enrichir et d’enrichir ses amis, sans offrir la moindre solution aux problèmes des Gabonais. En plus, le candidat doit, pour espérer être un bon président s’il est élu, avoir une vision, un projet, une équipe. Il ne suffit donc pas d’y « penser très sérieusement ».

 

 

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