Affaire Alexis Ndouna : du silence au scandale !

Chaud devant ! Et même de tous les côtés. Alors qu’on en est encore à se demander jusqu’où ira l’histoire de la mystérieuse disparition de 353 containers fictifs ayant entraîné le limogeage du Vice-président de la République et du ministre de la Forêt, voilà qu’une autre bombe – sexuelle, celle-là – vient ébranler le sommet de l’Etat Bongo/PDG.

Alexis ndouna aux côtés de Malika Bongo (capture écran Facebook) Alexis ndouna aux côtés de Malika Bongo (capture écran Facebook)

Tout est parti, il y a près de deux semaines, d’une série d’audios, vidéos et images qui ont abondamment circulé sur Internet : des jeunes collégiennes de 11, 12 et 13 ans y dénoncent des camarades à peine plus âgées qui leur proposent de « vendre » leur virginité à des « hommes mûrs » en échange de fortes sommes d’argent et de smartphones dernier cri. Ce sordide « commerce » qui, semble-t-il, a cours depuis plusieurs années au Gabon, a été révélé cette fois par des élèves des collèges Quaben et Ste-Marie de Libreville.
A la périphérie de cette affaire, une autre a subitement éclaté. C’est celle dite « Alexis Ndouna », et qui présente les mêmes caractéristiques. Les 25 et 26 mai derniers, les internautes gabonais ont été alertés par plusieurs messages plus alarmistes les uns que les autres. Florilège : « Alexis Ndouna trempé dans une affaire de mœurs appelée dans leur jargon la livraison…Tout Libreville en parle, leurs cibles les métisses et les filles vierges… . « Nous venons de vivre un événement digne d’un film hollywoodien il y a quelques jours. Alexis Ndouna, impliqué à 100% dans l’affaire du réseau des jeunes filles placées en prostitution dans les lycées a été arrêté par les éléments de la PJ…(…) Après l’opération de la PJ, le procureur de la République a reçu des ordres pour faire capoter l’enquête ».
Connu pour sa propension à s’exprimer sur tout et même sur rien, le très bavard procureur Olivier Nzahou est étonnamment silencieux depuis que ce scandale a éclaté. Mais au-delà du scandale, c’est la nature des accusations portées contre ce sinistre personnage qui donne froid dans le dos. A la corruption et au détournement de mineures, certains n’hésitent pas à ajouter la pédophilie et la contamination au VIH. Normalement, avec de telles allégations, le procureur aurait dû faire preuve d’une exceptionnelle célérité. Surtout que, selon nos informations, il aurait déclaré la semaine dernière à son ministre que « des preuves irréfutables existent ». Mais Olivier Nzahou préfère se terrer. Rien de surprenant, car Alexis Ndouna n’est pas n’importe qui. S’il est acculé, il pourrait faire des révélations embarrassantes pour les dirigeant gabonais actuels, en tête desquels un satyre connu et reconnu du nom de Brice Fargeon alias Laccruche Alihanga. Preuve de la proximité entre les deux hommes, le 24 avril dernier par exemple, le président de Wabouna – une des nombreuses associations financées par le directeur de cabinet d’Ali Bongo – était allé offrir de l’argent (250.000 FCFA) et 1000 calculatrices scientifiques aux élèves du lycée Jean-Baptiste Obiang Etoughe de Sibang, à la périphérie de Libreville. A cette occasion, «le président de Wabouna tout en remerciant le parrain de cette tournée Monsieur Brice Laccruche Alihanga et le Directeur général de l’entreprise Nao Holding Company, Alexis Ndouna a indiqué aux élèves qu’une jeunesse responsable, dynamique, efficace et pragmatique est une assurance pour le développement et la prospérité du pays», peut-on lire sur le compte-rendu fait par un des innombrables sites Internet créés pour assurer la promotion du futur candidat Fargeon alias Laccruche.
C’est d’ailleurs dans l’optique de ces joutes électorales à venir que le fils honteux de Norbert Fargeon a recruté Alexis Ndouna, un Téké de Kabaga, un petit village situé non loin de Bongoville. Entre autres missions confiées à ce dernier, il lui a été demandé, en plus de quelques « livraisons » à caractère lubrique, de débaucher le maximum de PDGistes de sa contrée pour les orienter vers l’Ajev, l’association-parti politique de Fargeon Laccruche. Face à un tel client, le procureur n’a d’autre solution que de fuir courageusement ses responsabilités. Olivier Nzahou doit sa promotion à Fargeon Laccruche qui ne manque pas, au passage, de le couvrir d’argent et de cadeaux (un VX Toyota et un pick-up, entre autres). Il n’a donc pas envie de s’aliéner un tel soutien.
Mais cette affaire pourrait, dans un proche avenir, rebondir ailleurs. Parmi les jeunes victimes, il y a des Franco-Gabonaises. Leurs familles auraient déjà pris contact avec des avocats parisiens et bordelais pour attaquer Ndouna et ses « clients » devant la justice française. Pourquoi des avocats bordelais ? «Tout simplement parce que monsieur Ndouna Alexis possède une entreprise et une adresse dans la région de Bordeaux», nous a répondu une plaignante.

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Qui est Alexis Ndouna ?
Né officiellement le 20 septembre 1972, il intègre l’environnement proche d’Ali et de son épouse, tout à fait accidentellement vers le début des années 2000, par l’entremise de François Omouala. Ce dernier, jusriste de formation, travaillait à l’époque à la BGFI. Lors des législatives de 2001, Ali Bongo est candidat à Bongoville. Pour la circonstance, François Omouala est pressenti pour être le suppléant du fils d’Omar. Ce n’est pas un proche d’Ali, certes, mais la règle veut que le colistier soit originaire d’un village du département de Djouori Agnili dont Bongoville s est la capitale. D’où le choix porté sur Omouala. Mais finalement Ernest Mpouho sera retenu. Ce qui va entraîner une grosse controverse dans ce petit département, puisque Ali Bongo et Ernest Mpouho sont de la même famille. Toutefois, François Omouala, plutôt que de reprendre son boulot à la BGFI va rester dans l’environnement d’Ali dont il sera le directeur de campagne. Pour bien s’acquitter de cette tâche, il va s’entourer d’un certain nombre de jeunes de son village Kabaga, dont Alexis Ndouna.

L'homme des "affaires" L'homme des "affaires"

Dans la foulée, il le fera embaucher à Alliance, l’agence immobilière de Sylvia, l’épouse d’Ali Bongo. Mais Alexis Ndouna qui avait été affecté au service Comptabilité va être rapidement licencié pour diverses indélicatesses. A la fin des législatives, François Omouala est nommé directeur financier de l’Oprag. Ses revenus vont substantiellement augmenter par la même occasion. C’est alors qu’il décide de créer plusieurs petites entreprises dont le suivi sera assuré par Alexis Ndouna. Au bout de quelques années, il réalise que le « petit Alexis » a détourné le fruit de ses investissements. Faute d’avoir pu obtenir des explications claires, François Omouala va déposer une plainte au tribunal. Pour échapper à la justice, Alexis Ndouna quitte le Gabon et se réfugie en France. Nous sommes en 2005. Cette année-là, il y a une élection présidentielle au Gabon. Alexis Ndouna se rapproche opportunément de l’opposant Zacharie Myboto qu’il n’hésitera pas à lâcher par la suite pour aller chercher protection dans le camp d’Omar Bongo. Par ce biais, il est recruté à la CNSS. Mais très vite, son patron Antoine Yalanzèle réalise qu’il a affaire à un dangereux intriguant. Et il s’en sépare. Viré de la CNSS, Alexis Ndouna ne mettra pas longtemps à rebondir. C’est ainsi qu’on le retrouve comme consultant à la Caistab. Dans les faits, il est surtout l’homme-lige de Mathias Otounga Ossibadjouo, le DG. En un temps record, les deux complices vont copieusement piller cette entreprise publique. L’audit réalisé après le départ de Mathias Otounga a laissé apparaitre un gap faramineux de plus de 25 milliards de francs CFA. C’est de là qu’est partie la fortune d’Alexis Ndouna, transformé, comme par enchantement, en homme d’affaires prospère. Et généreux. Car, pour assurer ses arrières, il va utiliser la méthode dite de « l’arrosoir », éprouvée, il y a plusieurs années, par un autre voleur actuellement maire de Mouila, Jean-Norbert Diramba. Avec une partie de l’argent volé, il fera donc preuve d’une extraordinaire prodigalité non seulement à l’égard des populations de sa contrée, mais également en direction de quelques personnalités politiques cupides. C’est une technique qui a fait la preuve de son efficacité, puisque Diramba, après s’être évadé de la prison de Libreville, avait été nommé ministre. Il serait même pressenti pour occuper le poste de Vice-président de la République. Ce qui, en soit, ne serait pas une surprise, l’appétence d’Ali Bongo pour la racaille et les médiocres étant bien connue : son ancien directeur de cabinet Maixent Accrombessi collectionne les mises en examen en France. Quant à Brice Fargeon Laccruche qui lui a succédé, il est, lui aussi, un authentique repris de justice…. L’association de ce dernier avec Alexis Ndouna tombe naturellement sous le sens. « Les grands esprits se rencontrent toujours », dit-on. Il n’y a donc pas à se demander comment la société Bati-Vert d’Alexis Ndouna a fait pour décrocher, sans appel d’offres, SVP, des marchés publics pour plus de 50 milliards de francs CFA. Ni la réfection des écoles, ni la construction des stations-services pour le compte de la GOC, ni celle du marché de Franceville à Potos, objet de ces marchés, n’ont été pleinement réalisées. Mais le paiement, lui, a en revanche été effectué dans sa quasi-totalité. Le pavage estampillé Ajev de quelques bouts de routes à Akanda a certainement adouci le cœur de Fargeon Laccruche.
Mais, à la lumière du scandale en cours, la roue serait en passe de mal tourner pour le prédateur de Kabaga. Comme le dit une sagesse populaire, « tout ce qui vient du néant a vocation à y retourner ». Sorti de nulle part, Alexis Ndouna s’apprête à connaitre le bûcher des vanités généralement réservé aux parvenus sans scrupules qui, comme lui, font illusion pendant un moment avant de disparaitre. A cet égard, l’exemple d’Hérvé Ndong Nguema est encore présent dans bien des mémoires au Gabon. Mais lui au moins, il a eu la chance de mourir sans avoir à rendre des comptes…

 

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