Commémoration de l'assassinat d'Ali André Mécili

Ali André Mécili a donné sa vie pour la démocratie. Aujourd'hui nous sommes tous réunis pour lui rendre hommage et honorer sa mémoire. Cet hommage prend une résonance toute particulière en cette période ou l'espoir renaît. Je sais qu'il aurait aimé se mêler à la foule qui demande la chute du régime en place depuis 62.

 

Paris le 7 avril 2019

Azul, salam, bonjour,

Ali Mécili savait que la démocratie est exigeante et qu'elle donne beaucoup en retour. Il était de ceux qui savent qu'elle ne se prend ni ne se garde par la force, que même si elle n'est jamais parfaite, ce n'est pas une raison pour la violer et ensuite lui recoudre son hymen, qu'il faut plutôt l'aimer et lui permettre de s'épanouir en lui offrant la liberté.

Au nom de la démocratie, on a violé des hommes, des femmes, on a emprisonné, torturé, tué, fait disparaître des personnes.

 Ali Mécili était conscient que le chemin de la démocratie est long et semé d'embûches. Il savait aussi que l'égalité en droits pour les femmes en était une composante essentielle, raison pour laquelle il l'avait inscrite dans son programme.

 Il est temps de faire la part des choses entre valeurs, culture et traditions.

Si certaines valeurs sont claires, les traditions et coutumes le sont moins. Elles changent en fonction du lieu, du temps et des influences des groupes.

Si certaines traditions doivent être préservées, il ne faut pas pour autant laisser le champ libre aux ultraconservateurs. Comme pendant l’inquisition en occident, ces dangereux détenteurs de la morale se sont arrogés le droit de décider du bien et du mal et ont ainsi réussi à imposé leur diktat. Ils se sont appuyés sur une vision erronée de l’Histoire, sur des mythes ou des critères dépassés, simplement pour asseoir leur pouvoir empêchant ainsi une analyse concrète de ce qu’il faut garder ou rejeter. Ce débat a été occulté durant les années 80 et étouffé par des luttes idéologiques dix ans plus tard, pour terminer sur le rejet, et pire encore, sur l’élimination physique de l’autre.

C’est parce que des prises de positions politiques ont le pouvoir de changer profondément et positivement notre société que le courage est de mise aujourd’hui, pour éviter le repli sur soi et favoriser l’émergence d’une société plurielle ou la place des femmes est indispensable.

Les discriminations et les injustices, que le peuple algérien dans son ensemble a subit, sont très grandes et nombreuses. Les femmes en particulier ont été doublement discriminées de part leur statut. Elles subissent jusqu’à présent la double peine.

La semaine dernière, alors qu’elles manifestaient pacifiquement, des femmes ont été violentées et leurs pancartes arrachées. Au nom de quoi ?

Rejeter aujourd’hui le combat des femmes qui demandent l’égalité et refusent le statut « d’être humain inférieur » est irresponsable et antidémocratique.

Renoncer à inscrire l'égalité en droits des hommes et des femmes c’est tout simplement reprendre le discours du pouvoir en place qui prétend que les algériennes et les algériens ne sont pas prêts pour la démocratie. En réalité, les femmes ont un rôle central à jouer dans cette lutte que nous menons tous ensemble.

Des prises de position courageuses, tu en as eu, mon ami – permets moi de t’appeler mon ami même si je ne t’ai pas connu, Ali André Mecili. Parce que l’amitié qui nous lie, est nourrie par les valeurs humaines que nous défendons. Tu as été un précurseur. Comme bien d’autres tu as donné ta vie pour l’Amour de l’Algérie. Les enfants de l’Algérie ne t’oublieront pas, ils honorent ta mémoire pour te rendre justice et dénoncent encore et toujours ce vil assassinat par lequel ils ont voulu te faire taire. Ceux-là avaient oublié que les idées, elles, sont vivantes, circulent et se transmettent de génération en génération. Si aujourd’hui un grand vent de liberté souffle sur notre pays c’est grâce à toi et à tous ceux qui se sont dévoués pour la démocratie.

Ce vent de liberté, nous voulons le protéger, le chérir et c’est pour cela, et avec humilité, que je te rends un grand hommage.

  

Nesroulah Yous

 

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