Entre rêve et cauchemar

Cette nuit j’ai fait un rêve. Un cauchemar plutôt ? Non, un rêve. Enfin ! Un rêve, un cauchemar, qu’importe. De toute façon j’ai cessé de rêver depuis longtemps. 
- Ce n’est pas totalement vrai, tu vois, parce qu’il t’arrive quand même de rêver de temps en temps. 
- Oui mais je rêve de moins en moins.
- C’est vrai, avant, enfin il y a très longtemps j’avais de très beaux rêves. 
- Oh ça suffit ! Bref ! Alors ?
- Oui, je dis bien j’ai vu dans mon rêve -parce que l’on ne dit jamais- j’ai vu dans mon cauchemar. Tant pis, je préfère cette formule… j’ai donc vu dans mon cauchemar que Le FLN organisait une course, une course nationale. 
- C’était peut-être les jeux olympiques ? 
- Ce n’était pas tout à fait national parce que des étrangers y participaient. Parmi les personnalités étrangères, il y avait Angela Merkel, Poutine, Daniel Cohn-Bendit et même BHL, l’ennemi de SS. Parmi les algériens quelques figurants pour amuser les tribunes de l’assemblée nationale… Bouteflika était là en chaise roulante. Il était en chaise roulante, agonisant, presque mort. Une momie quoi! 
- Non pas tout à fait une momie, parce qu’il arrive de temps en temps à faire sortir des sons de sa bouche. Une momie ne parle pas.
- Ah bon! Alors, s’il était dans mon rêve, mon cauchemar, en chaise roulante c’était donc... les jeux Handisport. 
- Pas tout à fait, parce que les autres participants n’étaient pas handicapés. C’était le seul handicapé, les autres étaient sains de corps et d’esprit mais ils étaient là pour lui. 
- Et parmi les figurants, il y avait des handicapés ?
- Bien sûr. Maintenant que tu me le dis. Les figurants étaient tous plus ou moins handicapés.
- Il parait que Bouteflika jouait le lièvre pour Sellal ? 
- Je ne sais pas. T’as déjà vu un lièvre en chaise roulante?
- En fin dans mon rêve…
- Tu veux dire cauchemar ?
- Tu m’embêtes. Dans mon rêve, Bouteflika qui a déjà pu arracher 3 mandats pensait pouvoir rajeunir à chaque mandat. Comme s’il pouvait s’abreuver à la fontaine de jouvence chaque fois qu’il gagnait.
- Mais qu’est-ce que tu dis? Il n’a jamais été élu par le peuple. Il a été placé là par la junte militaire et la mafia. Et depuis il ne décolle pas de son « trône » roulant, comme l’ancien pape .
- Quelle junte, de quoi tu me parles ? Arrête de m’embrouiller, arrête de m’interrompre, stp, sinon je perds le fil. Je continue. Donc, Bouteflika pensait réellement retrouver un peu de sa jeunesse à chaque mandat. Mais à chaque mandat ça empirait, il perdait ses moyens, un peu comme Dorian Gray. Alors tu t’imagines l’enjeu actuel : les élections 2014 (ta tan!)
- De toute façon et dans tous les cas il ne peut pas mourir. Bouteflika ne meurt pas. Regarde, tout le monde le pensait mort en 1978, treize ans de traversée du désert, et le revoilà sur pied. C’est comme les acteurs américains ou les vrais-faux fameux terroristes algériens, ils ne meurent jamais ou alors ils ressuscitent. 
- Je te dis que c’est un héros ! En plus d’avoir ramené la paix civile il a enrichi pas mal de personnes, surtout son entourage, et pas que ses amis, ses ennemis aussi, les criminels de guerre, et ce par des moyens pas très « arabes ».
- Sans compter les trois millions de nouveaux signataires dont il a un peu graissé la patte.

-Enfin, s’il gagne il redeviendra jeune et beau. Tu vois, c’est un peu comme les vampires, à chaque goutte sang ils retrouvent une énorme force. Tu t’imagines si le prix du pétrole flambe encore une fois, parce que c’est grâce à lui si le prix du baril a troué le ciel. Il a tout manigancé depuis Dubaï. Tout préparé avant de revenir en Algérie. Eh hop ! Miracle! L’argent s’est mis a couler à flot dans "son" pays.
- Attends ! J’entends des bruits. Un chuchotement. Un enfant qui pleure. "J’ai faim!" Un autre :"J’ai peur !"
-Non petit, ne pleure pas c’est un cauchemar, un rêve ou les deux en même temps. Réveille-toi!

- Ce n’est ni un rêve ni un cauchemar. C’est la réalité. Il a faim, l’autre enfant a peur. C’est du vrai et non de la fiction.
Une fillette se met à rire : "Mais non, regardez ! Observez ! C’est du décor. Si vous enlevez le décor tout redevient « normal ». Moi j’aime rêver, j’adore rêver. C’est très beau le rêve c’est comme l’histoire du petit prince. Il faut y croire sinon tout est noir, tout est vilain. Moi je n’ai pas envie de vivre dans un monde tout noir. On ne se verrait plus dans le noir. Ni dans le blanc d’ailleurs. On n’existe plus. C’est pour ça que j’aime les couleurs, les nuances.
Regarde un peu. Prends tout ton temps. De toute façon le temps c’est quoi? Le temps n’est pas vrai lui non plus. C'est comme un rêve, un cauchemar, on peut le transformer, l’allonger, le rétrécir, le malaxer ou le faire disparaître. Si tu enlèves le décor, Bouteflika disparaît, son« Trône » roulant avec. Il n’y a plus de lièvre, plus de Sellal. Plus de FLN. Plus de DRS. 

- Plus d’Angela Merkel ?

- Un groupe de vieux et de vielles arrive en courant…
- Ah là ça devient intéressant. Les vieux c'est toujours intéressant. Qu'est-ce qu'ils font? Qu’est-ce qu’ils veulent ?
- Ils interpellent la fillette, ils la frappent. Fort, très fort.
"Arrête de rêver, lui disent les vieux. Ici dans ce rêve ou ce cauchemar, il est interdit d’avoir des rêves, que des cauchemars."
La fillette répond. Elle a du cran. Elle ne se laisse pas faire.
-"Mais je suis vraie, regardez-moi ! Je suis vraie, je ne suis pas un rêve, surtout pas un cauchemar. Je suis la réalité. Si je veux, je peux vous faire disparaître, tous comme vous êtes."
- Un enfant pleure, des gens en guenilles attendent dans un coin,... 
- Ils attendent quoi?
- Je ne sais pas moi ce qu’ils attendent.
Derrière la ligne d’arrivée, déjà, des groupes de personnalités s’amassent, s’entassent, se bousculent. Ils sont impatients. Ils attendent ce moment depuis trop longtemps. Ils se réjouissent déjà de la victoire de Bouteflika sur les autres. Bien sûr que Bouteflika va gagner, peut-être pas à 99, 99% comme du temps de feu Boumedienne, mais il va gagner. C’est certain. Il a le pétrole, l’armée, le conseil constitutionnel, les « ghachis » et le Val de Grâce.
- Je pensais que c’était l’armée qui avait Bouteflika et le peuple, lui, avait l’assemblée et le conseil constitutionnel. Bouteflika n’est-il pas seulement le garant de la constitution ? 
- Tu sais c’est Kif-Kif. A force de vouloir chercher des nuances tout devient flou.
- Bon et alors, la suite du rêve? Du cauchemar?
- Quoi? Tu veux savoir si vraiment Bouteflika, en position assise, va mettre la pâtée à Merkel? Et bien, pour connaître la suite, il faudra me réveiller. 
Mais avant tout il faut que je dorme parce que ce cauchemar me fait trop peur et m’empêche de dormir. Même si je sais bien que ce n’est pas réel. Je vais me réveiller. Je vais me réveiller.

 

 

 

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