Le blogueur vietnamien Le Anh Hung arrêté et interné en institution psychiatrique

En ce mois de janvier 2013, le Vietnam réprime à tout va. Après avoir confirmé en appel, fin décembre 2012, les peines des blogueurs Dieu Cay (12 ans de prison), Ta Phong Tan (10 ans) et Phan Thanh Hai (3 ans, au lieu de 4 en première instance), les autorités ont condamné 14 activistes à plus de 100 ans de prison et détention probatoire (assignation à résidence) pour "avoir tenté de renverser le gouvernement". Et aujourd'hui s'ouvre un nouveau procès pour 22 autres personnes, soit "l'un des plus grand procès de ce genre depuis des années" selon l'agence de presse AP.

En ce mois de janvier 2013, le Vietnam réprime à tout va. Après avoir confirmé en appel, fin décembre 2012, les peines des blogueurs Dieu Cay (12 ans de prison), Ta Phong Tan (10 ans) et Phan Thanh Hai (3 ans, au lieu de 4 en première instance), les autorités ont condamné 14 activistes à plus de 100 ans de prison et détention probatoire (assignation à résidence) pour "avoir tenté de renverser le gouvernement". Et aujourd'hui s'ouvre un nouveau procès pour 22 autres personnes, soit "l'un des plus grand procès de ce genre depuis des années" selon l'agence de presse AP. De longue date, l'ONU a dénoncé le crime de "tentative de renverser le gouvernement" du Code pénal vietnamien (article 79) car il condamne indistinctement ceux qui usent de violence et ceux qui ne font qu'exercer leurs droits fondamentaux. Ainsi, en théorie, celui qui se présentera aux élections contre le Parti Communiste pourrait être poursuivi pour ce "crime". En pratique, tous ceux qui critiquent, défendent les droits fondamentaux des victimes d'injustice, dénoncent la corruption, etc. sont réprimés.

Le Vietnam cherche en effet par tous les moyens à étouffer la liberté d'expression de ses citoyens. Ses lois prévoient des crimes fourre-tout (concernant la "sécurité nationale" notamment), des crimes farfelus (comme l'"abus des libertés démocratiques pour nuire aux intérêts de l'Etat") -- des crimes punis de lourdes peines de prison voire de la peine de mort. Mais elles prévoient également le cas où les faits et gestes des citoyens ne peuvent être poursuivis comme crime mais titillent le gouvernement et le Parti Communiste. L'Ordonnance 44 de 2002 permet pour ces cas d'interner sans procès ces gêneurs, en résidence surveillée, en maison de correction, en centre de réhabilitation, ou en institution psychiatrique !

Exemple édifiant révélé par le communiqué de presse du Comité Vietnam pour la Défense des Droits de l'Homme (http://www.queme.net):

Le blogueur vietnamien Le Anh Hung arrêté et interné en institution psychiatrique

PARIS, 26 janvier 2013 (COMITE VIETNAM) – Le Comité Vietnam pour la Défense des Droits de l’Homme dénoncent vigoureusement le quasi-kidnapping du blogueur vietnamien Le Anh Hung et son internement dans une institution psychiatrique à Hanoi.

A 10h15, le matin du jeudi 24 janvier, six agents secrets de la Sécurité se sont présentés dans l’entreprise à Hung Yen, où il travaille, et ont indiqué à son employeur qu’ils devaient le voir au sujet « de ses papiers de résidence temporaire ». Ils ont alors forcé Le Anh Hung à entrer dans leur voiture et sont partis sans explication. Il a plus tard été localisé au « Centre de Protection Sociale N°2 » à Ung Hoa, Hanoi, qui interne les malades mentaux. Lorsque ses amis ont tenté de lui rendre visite le vendredi 25 janvier, le directeur du centre a bien confirmé qu’il se trouvait là, mais a refusé de les laisser le rencontrer. Il a prétendu que son internement avait été demandé par sa mère et qu’elle avait spécifiquement ordonné de n’autoriser personne d’autre qu’elle-même à le voir. La mère de Le Anh Hung a démenti avoir fait de telles demandes.

Le Anh Hung, né en 1973, est connu pour ses traductions et ses blogs sur les questions politiques, en particulier la dénonciation de la corruption et des abus de pouvoir des plus hauts cadres du Parti Communiste et du gouvernement. Il a porté 70 plaintes contre des personnalités comme le Premier ministre Nguyen Tan Dung et l’ancien Secrétaire général du Parti Communiste Nong Duc Manh, les accusant de corruption, de trafic de drogue, de trafic d’armes, etc.. Dans une plainte en date du 6 juin 2012, il a accusé Nong Duc Manh d’avoir assurer la poste de Vice-Premier Ministre à Hoang Trung Hai, qui est décrit par le blogueur comme « le trafiquant de drogue numéro 1, un chef de la mafia, un meurtrier et un traître ». Le Anh Hung a également participé aux manifestations anti-chinoises à Hanoi. Il était donc déjà l’objet d’interrogatoires répétés, de menaces et de harcèlements par la police.

Le Anh Hung (au centre, avec une chemisette blanche) lors d’une manifestation anti-chinoise à Hanoi (Photo: Facebook Nguyen Lan Thang)

« Mettre en détention ceux qui critiquent et les dissidents dans des hôpitaux psychiatriques est tactique ignoble qui rappelle l’ère de l’Union Soviétique » a dit Vo Van Ai, Président du Comité Vietnam pour la Défense des Droits de l’Homme. « Le Vietnam ne s’arrêtera visiblement devant rien pour étouffer la voix des jeunes générations. La communauté internationale devrait condamner ce kidnapping et cette détention et appeler le Vietnam à le libérer immédiatement ».

Le Anh Hung est probablement détenu sous l’empire de l’Ordonnance 44 sur « le règlement des violations administratives » qui permet la police locale et les cadres des comités populaires locaux d’arrêter et incarcérer les citoyens en « détention administrative » pour une durée de 6 mois à 2 ans sans procès. Selon l’Ordonnance 44 (2002), toute personne qui « a violé les lois sur la sécurité, l’ordre public et la sûreté sociale, mais dont les délits ne sont pas assez sérieux pour justifier des poursuites [judiciaires] » (article 1.3) peut être détenue sans procès en résidence surveillée (« détention probatoire »), en « maison de correction », en institution éducative, en centre de réhabilitation ou en « établissement de santé » (c’est-à-dire les hôpitaux psychiatriques).

Les Nations Unies n’ont cessé d’appeler le Vietnam à abroger l’Ordonnance 44 parce qu’elle est incompatible avec les dispositions du Pacte international relatif aux droits civils et politiques auquel le Vietnam est Partie. Le Vietnam a cependant ignoré les recommandations de l’ONU et continue à appliquer ce texte pour embastiller les militants non violents. La blogueuse Bui Thi Minh Hang a été détenue pendant cinq mois, dans des conditions extrêmement dures, dans un « centre éducatif » dans la province de Thanh Hoa l’an dernier. Le militant pro-démocratie Nguyen Trung Linh est interné dans l’Hôpital Psychiatrique Central à Hanoi.

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