Nicaragua : Répression gouvernementale ou tentative de coup d'État ?

Article originalement publié par "Global Research :Centre pour la Recherche sur la Globalisation" La CIA tente des coups d'État au Nicaragua avec l'argent des contribuables par l'intermédiaire d'agences américaines et de fondations d'entreprises : L'USAID n’octroie pas des aides - elle organise des coups d'État.

Depuis que les Sandinistes ont remporté les élections de 2006, leurs politiques de lutte contre la pauvreté ont connu un énorme succès.

Le pays est autosuffisant à 90 % en matière d'alimentation. Les institutions financières internationales, dont la Banque mondiale, la Banque internationale de développement et la Banque centraméricaine d'intégration économique, font l'éloge du Nicaragua pour l'excellence et l'efficacité de l'exécution de ses projets. Le Fonds monétaire international a même salué le fait que le Nicaragua possède l'un des meilleurs systèmes de santé d'Amérique latine, avec 20 nouveaux hôpitaux modernes depuis 2007, et l'un des taux de mortalité infantile les plus bas du monde. La pauvreté, l'extrême pauvreté, la mortalité maternelle, infantile et juvénile ont toutes été réduites au moins de moitié. Le Nicaragua est le premier pays au monde pour ce qui est du nombre de femmes en politique et de femmes occupant des postes ministériels, et il est cinquième pour ce qui est de l'équité entre les sexes, derrière les pays nordiques.

De nombreuses avancées sociales pour la majorité de la population en matière d'éducation, de logements et d'infrastructures ont permis au FSLN de remporter d'énormes victoires lors des deux dernières élections (2011 et 2016) et les sondages indiquent que lors des élections présidentielles du 7 novembre, il recueillera au moins 60% des voix avec un taux de participation d'au moins 70%. Environ 95 % de la population adulte possède la carte d'identité nécessaire pour voter. Si le public nord-américain savait ce que cette nation, appauvrie par près de 200 ans de guerre et d'agression états-uniennes, a pu réaliser en quatorze ans, cela l'encouragerait sûrement à exiger une meilleure éducation, de meilleures infrastructures et des soins de santé universels aux États-Unis.

Pour empêcher des actes de souveraineté similaires de la part de petites nations encore considérées comme des colonies par les États-Unis, la CIA a préparé le terrain pour la tentative de coup d'État de 2018 et n'a jamais cessé depuis, d'essayer de renverser le gouvernement sandiniste. La CIA utilise des agents nord-américains, dont beaucoup se font passer pour des journalistes ou des militants, ainsi que ceux qui sont éternellement en poste à l'ambassade des États-Unis ; elle a versé des millions de dollars à des centaines de Nicaraguayens qui agissent en tant qu'agents étrangers, ainsi qu'à leurs ONG , qui conspirent contre le gouvernement sandiniste comme ceux arrêtés récemment pour blanchiment d'argent, fraude et avoir sollicité l'intervention étrangère.

Les États-Unis ont facilité  le développement et la croissance des médias pro-américains anti-sandinistes au Nicaragua.

Une grande partie de l'appareil de propagande a été conçue et financée par les États-Unis après la victoire du FSLN aux élections de 2006, qui mis fin à 17 ans de trois gouvernements dirigés par les États-Unis. Un front subversif de journaux, magazines, chaînes de télévision, stations de radio, sites web, agences de presse et pages de médias sociaux fut mis sur pied. Les journalistes et les médias étaient payés par les États-Unis (des millions par le biais de l'USAID, de la NED, de l'IRI et de fondations américaines) et une grande partie de cet argent était administrée par le cartel médiatique de la famille Chamorro, spécialisé dans les campagnes de faux médias pour tenter de promouvoir la haine anti-sandiniste et la méfiance envers le gouvernement.

Une partie de cette situation est connue depuis un certain temps. Par exemple, en mai 2018, pendant le coup d'État, Tom Ricker, de l'Institut Quijote, releva 55 subventions du NED accordées entre 2014 et 2017 pour un montant de 4,2 millions de dollars US "dans le cadre d'une campagne financée par le gouvernement américain visant à fournir une stratégie coordonnée et une voix médiatique aux groupes d'opposition au Nicaragua". Les subventions de la NED financent les médias (radio, médias sociaux et autres supports d'information du web) et la recherche pour l'opposition. En outre, les stratégies ciblant les jeunes bénéficient d'un financement important, de même que les programmes visant à mobiliser les organisations de femmes et les organisations indigènes. Bien que l'on parle de soutien à la "société civile" et aux groupes "pro-démocratie", l'accent mis sur le financement est spécifiquement destiné à construire une opposition coordonnée au gouvernement."

Les fonds nord-américains pour la propagande du coup d'État de 2018 furent canalisés par la dynastie médiatique de la famille Chamorro.

Le 2 juin, le journaliste William Grigsby, dans son émission d'analyse de l'actualité, Sin Fronteras, a révélé (voir ci-dessous) des documents nord-américains qui montrent que la CIA a ouvertement canalisé 16,7 millions de dollars US pour la tentative de coup d'État, entre février 2017 et juillet 2018, par l'intermédiaire de la Fondation Violeta Barrios de Chamorro (VBCHF) dont la directrice, Cristiana Chamorro, fait partie d'une célèbre famille d'oligarques qui compte huit membres comme précédents présidents du Nicaragua; elle est également la fille de l'ancienne présidente Violeta Barrios de Chamorro. Elle et son oncle sont propriétaires du seul quotidien, La Prensa, financé par les États-Unis depuis les années 80 pour tenir un discours favorable aux Contras (groupe paramilitaire financé par les États-Unis). Son frère Carlos Fernando,  a son propre groupe de médias qui reçoit également des fonds états-uniens. Les fonds nord-américains versés à la VBCHF soutiennent ces entreprises familiales. Son mari, Antonio Lacayo, aujourd'hui décédé, est largement considéré comme ayant exercé un grand pouvoir pendant la présidence de sa mère, de 1990 à 1997, en supervisant la privatisation de quelque 7 milliards de dollars de biens publics, ainsi que la privatisation de l'éducation et des soins de santé. Au début des années 90, il était impossible d'obtenir ne serait-ce qu'une aspirine dans un hôpital public sans payer.

Famille Chamorro - Nicaragua Famille Chamorro - Nicaragua

Famille chamorro, années 1990, Cristiana est la deuxième en partant de la droite, Antonio Lacayo à l'extrême droite, (laprensa.com.ni)

Ces 16,7 millions de dollars ont été versés par des agences et des fondations nord-américaines dans le but précis de financer le terrorisme médiatique (mensonges, fake news et distorsions pour fomenter des assassinats et la haine, déstabiliser et créer le chaos) afin d'inciter et de maintenir la tentative de coup d'État. La Chamorro Foundation a également reçu 679 530 € d'organisations financées par des gouvernements européens au cours de cette période. La tentative de coup d'État a endeuillé plus de 200 familles, a traumatisé des milliers de personnes et a causé de nombreux dégâts et de graves dommages à l'économie, entraînant la perte d'au moins 130 000 emplois.

La directrice de la Fondation, Cristiana Chamorro, a été accusée par le ministère public de blanchiment d'argent et assignée à résidence le 2 juin 2021. Elle a fermé la Fondation en février de cette année en déclarant qu'elle ne voulait pas se conformer à la loi sur les "agents étrangers" adoptée en octobre 2020, qui est similaire à la loi nord-américaine de 1938 sur les agents étrangers, sans être aussi stricte. Selon la loi nicaraguayenne, les organisations recevant des fonds étrangers doivent rendre compte de ces fonds et de leur utilisation - des milliers d'organisations à but non lucratif le font sans problème.

Selon Grigsby et Enrique Quiñones, analyste politique de l'information du Parti libéral, il y avait encore au moins 7 millions de dollars sur le compte de la Fondation lorsqu'elle l'a fermé et cet argent est apparu peu après sur trois de ses comptes bancaires personnels.

Les 16,7 millions de dollars versés par la CIA au cours de cette brève période ne représentent que l'argent destiné aux fausses informations, au financement de toutes sortes de médias, de programmes, de médias sociaux et au financement direct de particuliers.  Autres importantes quantités allant jusqu’à plusieurs millions ont été versés à d'autres organismes à but non lucratif et à des organisations de défense des "droits de l'homme". Il est révélateur que dans un pays de 6,3 millions d'habitants, il existe quatre organisations de défense des droits de l'homme - toutes financées par le gouvernement nord-américain et l'une d'entre elles a même été fondée par le gouvernement nord-américain dans les années 80 pour distraire de et cacher les actions de terrorisme de la Contra.

Sur ces 16,7 millions de dollars, 9 409 853 dollars ont été fournis par l'USAID à des individus, des projets et des médias. La National Endowment for Democracy a donné à la Fondation 564 134 dollars pour un projet de "promotion du journalisme indépendant et de la liberté d'expression" en novembre 2017.

Financements des États Unis Financements des États Unis

Financement américain de la propagande pour la tentative de coup d'Etat

Les Fondations Soros - propriété du magnat new-yorkais George Soros - ont également financé des fake news au Nicaragua par l'intermédiaire de plusieurs de ses organisations, connues pour financer des efforts de déstabilisation dans le monde entier : 6 722 325 dollars ont été versées par deux des fondations Soros : 6 148 325 $ US par la Fondation Soros pour le projet "journalisme indépendant et transparent" donné en mars 2018, un mois avant le début du coup d'État, et 574 000 $, par la Fondation Open Society pour le projet "journalisme indépendant et citoyenneté", en juillet 2018, le mois où le coup d'État a été mis en échec.

Le financement 2017-2018 des médias et des journalistes de l'opposition par l'intermédiaire de la Fondation Chamorro par l'USAID, la NED et les fondations Soros - 16 696 312 millions de dollars US, remis juste avant et pendant la tentative de coup d'État, n’est qu’une petite partie du financement octroyé par des agences comme l'USAID, la NED, l'IRI, Freedom House et des fondations, comme celles de Soros qui ont des liens étroits avec le Council on Foreign Relations.

L'USAID a dépensé 160 millions de dollars US pour des agents et des organisations d'agents dans le but de renverser les sandinistes.

Les États-Unis ont entamé d'importantes tentatives de déstabilisation après la victoire des Sandinistes aux élections de 2006.

Le large spectre sur le financement de la déstabilisation par l'USAID ces dernières années, montre que l’USAID a versé ces dernières années, 160 millions de dollars US à des organisations et des individus de l'opposition entre 2015 et début 2021, information toujours accessible en ligne et précisée par année; cependant, de nombreuses informations sur les organisations bénéficiaires ont été supprimées. La plupart des informations concernant l'argent de la NED et les bénéficiaires ont également été supprimées.

Des documents officiels nord-américains présentés par Grigsby en juillet 2020 apportent des preuves plus détaillées sur les ONG et les individus qui ont bénéficié de 30 millions de dollars américains juste avant le coup d'État de 2018.

Briser l'appareil de propagande des Etats-Unis

Voici ce que dit l'USAID (Agence Etats-Unienne de Développement à l’Internationale) à propos de son rôle au Nicaragua : "L'USAID/OTI a établi un partenariat avec des médias indépendants pour qu'ils puissent fonctionner et produire un contenu numérique plus ciblé pendant la crise politique. Le programme a permis aux médias indépendants de préserver et de promouvoir le discours démocratique, en l'absence de déstabilisation économique supplémentaire ou d'intervention dramatique de l'État."

Dans un article récent, Rita Jill Clark-Gollub écrit :

"Quiconque a observé le Nicaragua sait que ces médias prétendument "indépendants" au Nicaragua ont été la principale source des nouvelles du Nicaragua rapportées ici aux États-Unis. En d'autres termes, dans mon pays, la plupart des gens obtiennent des informations sur le Nicaragua par le biais de la CIA !"

Les nouvelles lois adoptées en 2020 (une loi sur les agents étrangers et une loi contre le terrorisme, les coups d'État et l'incitation à l'intervention étrangère, que les États-Unis dénoncent à grands cris même si elles sont moins punitives que celles des États-Unis et de l'Europe), et les récentes arrestations d'agents agissant pour le compte des Etats-Unis, sont des actions visant à essayer de limiter l'intervention nord-américaine et à prévenir les tentatives de coup d'État. Les États-Unis continueront à faire parvenir de l'argent à leurs agents, mais ce ne sera pas aussi facile qu'avant et cela limitera leur capacité à mener le type d'actions terroristes qu'ils ont exécuté en 2018.

William Grigsby a décrit le 2 juin ce qui se passe actuellement au Nicaragua : "[Nous sommes] en train de briser le cœur de l'appareil de propagande yankee au Nicaragua, qui à ce jour, était leur principal moyen d'intervention pour les élections - influencer l'opinion publique avec des mensonges, instiller la peur, instiller la haine afin d'essayer de vaincre les sandinistes. Toute cette opération qui est menée actuellement depuis le bureau du procureur, comme fer de lance, n'est que cela, détruire l'appareil de propagande de l'impérialisme nord-américain." William Grigsby se demande ce que feront tous les agents-journalistes au Nicaragua sans les salaires qu'ils percevaient. "Seront-ils suffisamment volontaristes pour faire du journalisme indépendant ?"

RAIN : le plan de déstabilisation de la CIA est en marche

Néanmoins, l'Oncle Sam poursuit ses efforts pour déstabiliser le pays. L'ambassadeur nord-américain Sullivan se fait constamment remarquer entrain de rencontrer les agents, et ces faits ont été même dénoncés par le président Daniel Ortega :

"Cela vaut pour l'ambassadeur yankee (américain) et les autres ambassadeurs ; ils aiment se mêler de tout et veulent prendre des décisions à notre place ; l'ambassadeur yankee (Sullivan) fait défiler ses candidats pour les sélectionner, les promouvant comme s'il était nicaraguayen."

En août 2020, William Grigsby reçoit un document de l'USAID qui a fuité de l'ambassade. Ce document détaille en termes nuancés les plans de déstabilisation des États-Unis pour la "transition" au Nicaragua et prévoit même la passation d'un contrat avec une entreprise nord-américaine pour diriger le tout. Ils l'appellent RAIN - Responsive Action in Nicaragua (Action de Réponse au Nicaragua). Le document a depuis été supprimé, mais pas avant d'avoir été archivé. RAIN est un plan flagrant de déstabilisation et de renversement du gouvernement démocratiquement élu du Nicaragua. Il est probable qu'une grande partie de ce que les Etats-Unis ont financé l'année dernière fait partie du plan RAIN.

Le document de l'USAID établit trois scénarios qu'ils appellent "transition démocratique au Nicaragua" :

"RAIN poursuivra ces activités contre le gouvernement élu démocratiquement. "

"RAIN poursuivra ces activités en fonction d'une variété de scénarios relevant généralement de trois catégories :

  1. Des élections libres, justes et transparentes conduisent à une transition ordonnée [le candidat nord-américain gagne]
  2. Une transition politique soudaine se produit à la suite d'une crise [un coup d'Etat conduit à un gouvernement soutenu par les Etats-Unis]
  3. La transition ne se fait pas de manière ordonnée et opportune. Le régime reste résilient face aux pressions nationales et internationales. Il est également possible que le régime reste au pouvoir à la suite de réformes électorales et d'une élection équitable, mais sans changement de l'état de droit ou de la gouvernance démocratique [c'est-à-dire sans changement qui profite aux entreprises nord-américaines]."

Il ressort clairement du document RAIN que le gouvernement nord-américain est conscient que les Sandinistes vont remporter l'élection de 2021 avec une large marge : c'est une autre raison pour laquelle ils ont fourni des millions à des agents, des organisations et des médias de fake news, dans l'espoir qu'ils puissent mettre à mal la victoire sandiniste de 60% prévue dans les sondages, ou pour perturber ou saper les élections tout court.

Les agents agissant, de longue date, pour le compte des Etats-Unis et qui font l'objet d'une enquête pour des crimes très graves ne sont pas des leaders : il n'y a pas eu la moindre petite protestation depuis le début des arrestations le 2 juin, car les personnes arrêtées n'ont pas de "pueblo". Les gens savent que les États-Unis ont financé la très violente tentative de coup d'État de 2018 par leur intermédiaire - et leur demandent des comptes. Les médias étrangers les présentent comme des candidats à la présidence alors qu'ils ne le sont pas. Lorsque certains d'entre eux ont compris qu'ils risquaient d'être arrêtés, ils ont essayé de s'inscrire rapidement au parti CXL (Citoyens pour la liberté) en tant que pré-candidats, pensant que cela pourrait les protéger de l’arrestation. Ils avaient tous la possibilité de former de nouveaux partis politiques, mais ils n'ont même pas essayé parce qu'ils n'ont pas suffisamment de membres pour remplir les conditions minimales. Et plus important encore, 19 partis légitimes participent aux élections du 7 novembre et ne reçoivent pas de financement étranger, y compris le Parti Libéral Constitutionaliste, principal parti de l’opposition.

Et pendant que les États-Unis gaspillent des millions de dollars des contribuables pour déstabiliser le pays, le Nicaragua réalise de manière efficace et efficiente des avancées sociales et économiques saluées par les organisations et les banques internationales, comme les soins de santé universels, l'éducation, les logements abordables, les infrastructures sociales, l'égalité des sexes, la conversion aux énergies vertes, l'atténuation des catastrophes naturelles et du changement climatique, les loisirs gratuits et la création d'emplois grâce à l'économie créative et populaire. Il est peu probable que la majorité de la population la plus sûre d'Amérique centrale, avec le taux de mortalité le plus faible de Covid, qui est en meilleure santé, mieux éduquée et logée, qui dispose d'électricité et d'eau potable, dont la nourriture est cultivée localement et disponible à un prix décent, qui a des parcs, des foires, des piscines et des stades pour profiter de son temps libre, laisse l'Oncle Sam influencer son vote en novembre.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.