Urgence, police radicalisée.

Quand la police se radicalise, elle est loin de se tourner vers le Coran. Evocation d'un ennemi intérieur qui profite de la complaisance du pouvoir.

L'attentat au couteau d'octobre 2019 à la préfecture de police de Paris dévoilait certains aspects insidieux de la radicalisation islamique, inattendus pour certains, évidents pour d'autres. Je dirais que c'est une question de point de vue. La folie avant la radicalisation religieuse ? Ou l'inverse ?

Ce massacre dévoilait aussi les faiblesses de l'institution, tant son auteur s'était vu autoriser l'accès à des données confidentielles et primordiales. Enfin, sa médiatisation a exposé au grand public les termes jusqu'ici jargonneux de « signaux faibles » (ou forts) de radicalisation.

De radicalisation, point. Comme s'il était évident que tout mouvement de radicalisation chez l'individu se tournait systématiquement vers un Islam fourvoyé n'aboutissant qu'au « mass murder » suicidaire.

Du racisme larvé d'un Manuel Valls, à celui, exalté d'un Zemmour ou d'une LePen, l'idée même de radicalisation, parce que désespérément islamiste, se voyait vouée à nourrir les idéologies nauséabondes et les haines jusqu'alors diffuses.

Nous vivons dans un monde de vagues médiatiques, balayant une actualité par une autre, au gré du sensationnel, des sondages et de la malinfo* proposée et consommée en continu.

Ainsi le mouvement des Gilets Jaunes, vite rejoint par les luttes contre la réforme des retraites ont balayé le danger islamiste pour enfin se noyer dans l'épidémie de Covid19.

Mais arrêtons nous sur ce qui apparaît comme un leit-motiv de ces trois derniers phénomènes : la violence policière.

Pas « les », « la » violence policière, car quoi qu'on en pense, si la police est lourdement armée c'est parce qu'elle a seule le droit d'utiliser la force le cas échéant.

Il est à regretter que cet usage de la force soit devenu violence pure lors des différentes manifestations. Il est à regretter aussi, qu'ajoutée aux alertes des associations de quartiers et de défense des droits de l'Homme, la violence envers les manifestants se concentre dans ses cibles en une violence que je qualifierais d'extrême droite.

Car qui prend les coups ? Qui meurt à l'arrière des camions de police ? Qui se fait éborgner ?

Des noirs, des métisses, des « bicots », des "migrants", des SDF et des gauchistes. Trop souvent, des femmes.

Il faudrait être aveugle ou corrompu pour ne pas le voir.

Les récents travaux de journalistes et de sociologues ne le montrent que trop évidemment.*

Les chiffres montrent que les forces de l'ordre votent majoritairement pour cette extrême-droite que la République qu'il les emploie nous enjoint de combattre. Injonction paradoxale flagrante et pour le citoyen, extrêmement inquiétante.

Pour autant, ces violences ont ceci de spectaculaire que les médias s'en sont emparés. Soit pour l'audimat, soit pour franchement les dénoncer et les condamner, selon.

Mais quasiment jamais pour les exposer en tant que radicalisation. Noam Anouar tente de le faire, difficilement et courageusement.

Mais voilà, nous ne sommes pas là face à des signaux faibles, ni face à un détraqué ou un loup solitaire. Nous sommes face à une institution créée sous Vichy, forte d'une tradition et de doyens, en première ligne du tissu social.

Il ne faut pas s'arrêter là.

Mon expérience des milieux militants de gauche, des luttes écologistes pacifistes et du combat anti-fasciste m'amène à dire que cette police n'est pas que vérolée par un bruit de fond nostalgique mâtiné de poujadisme. Les récentes exactions policières filmées et recensées, à mon avis, relève de groupes idéologiques, avec des rituels, des codes vestimentaires et tout ce qui peut amener à penser qu'elle voit depuis quelques années émerger en son sein une radicalisation fomentée et organisée, proche d'idéologies néo-nazies. Des crânes rasés aux sodomies à coups de matraques, des insultes proférées aux méthodes de passage à tabac, on peut légitimement soupçonner des groupuscules fascistes et racistes de se servir des moyens et des conditions de travail des policiers pour s'introduire au creux de la République.

A l'heure où le pouvoir en place se complaît à laisser carte blanche à la police pour affirmer sa légitimité et faire passer ce qui ne passe pas, nous sommes en droit de dénoncer cette dérive indigne de la France Libre.

La police tente de retrouver ses origines horribles, et c'est de notre devoir qu'elle n'y revienne pas.

Cette radicalisation là me fait peur. Je n'ai pas de mal à dire qu'elle m'effraie plus que les barbus ou le coronavirus.

Il serait donc urgent d'interpréter ces « signaux faibles et forts » et d'enquêter dans ces clubs de tir ou de sports de combats, ces cafés identitaires, ces syndicats et ces associations qui promeuvent et recèlent des individus radicalisés et dangereux, et trop souvent policiers.

 

*Denis Muzet "La Mal-info"

** David Dufresne, Gaspard Glanz et consorts

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