Tout d’abord, Le Magasin des Merveilles, qui marque le retour de Todd Haynes sur la Croisette, deux ans seulement après y avoir présenté Carol dont l’histoire d’amour entre deux femmes, au cœur de l’Amérique conservatrice des années 50, nous avait déjà fortement émus.

La magie opère à nouveau grâce à ce conte « Dickensien » avec tout ce que cela implique de complexe, de douloureux et de merveilleux.

Complexe, déjà, à travers la narration qui suit alternativement les parcours de deux enfants atteints de surdité. Douloureux, ensuite, par la condition initiale de ces deux personnages principaux. Et enfin, merveilleux par l’innocence et la volonté à toute épreuve que ces deux là vont mettre en œuvre pour surmonter leur cruel handicap.

Ainsi, Rose, sourde depuis son plus jeune âge, se réfugie dans les salles de cinéma des années 20 pour mieux échapper à sa déficience auditive et se prend à rêver et à s’émouvoir devant les performances de son actrice préférée. Une admiration si forte qu’elle la poussera bientôt à se rendre clandestinement dans le New York de 1927 dans l’espoir d’y rencontrer son idole.

Ben, quant à lui, est sourd depuis un accident survenu peu de temps après la perte tragique de sa mère. Alors, quand il découvre un indice qui lui permettra de, peut-être, retrouver son père, qu’il n’a jamais connu, il se lance aussitôt à sa recherche dans le New York des années 70.

Ces deux histoires de vies pas banales, espacées pourtant d’une cinquantaine d’années, se font mystérieusement l’écho l’une de l’autre et ne vont pas tarder à se rejoindre dans un dénouement haut en émotion.

Le réalisateur, Todd Haynes, que nous avons eu la chance de croiser Le réalisateur, Todd Haynes, que nous avons eu la chance de croiser

En plus de la force romanesque du récit, c’est surtout l’exercice stylistique qui s’impose ici. De part le thème de la surdité, Haynes assume totalement l’aspect « film muet » notamment dans le traitement visuel de la période des années 20 qui relate l’aventure de Rose, où l’image baigne dans un noir et blanc scintillant. Un peu moins durant la période des années 70, où les dialogues restent toutefois minimalistes (mais suffisants pour permettre à Ben de nouer une amitié très forte avec Jamie, un jeune garçon qui le prend sous son aile) et où la photographie évoque, à l’instar de Carol, le raffinement et la sophistication hautement colorée des mélodrames de Douglas Sirk.

Une nouvelle réussite, doublée de la révélation de trois jeunes comédiens que l’on espère revoir très prochainement.

Un bel extrait © Movieclips Coming Soon

Changement de décors...

… pour le film qui a ouvert la Compétition Officielle, Faute d’Amour, du cinéaste russe, Andrey Zvyagintsev, lauréat du prix du Scénario en 2014 pour Léviathan.

Ici, pas question de couleurs chaudes mais, au contraire, d’une plongée sombre et glaciale au cœur d’une Russie tourmentée comme jamais.

Genia et Boris, un couple enfermé dans un mariage sans amour depuis des années et traitant leur enfant sans attention, décide de se séparer alors que chacun semble avoir trouvé enfin son âme sœur.

L’avenir pourrait s’écrire sous le sceau du renouveau et du bonheur mais c’est sans compter sur la disparition soudaine de cet enfant qu’ils auront ignoré jusqu’alors. Fugue ? Enlèvement ? Meurtre ? Ne restera bientôt plus que la douleur, les regrets d’un amour à jamais perdu…!

Une œuvre implacable et bouleversante, toute en maîtrise plastique et en émotion contenue… Drame du remord ! 

Bande Annonce © The Upcoming

Il reste encore beaucoup de films à découvrir alors nous ne nous lancerons pas dans des pronostics hâtifs mais on peut d’ores et déjà affirmer que cette sélection semble être prometteuse.

À suivre…

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.