MélenchonGate sur Mediapart : quelles conséquences ?

Copie d'un commentaire que je viens de laisser sur le désormais fameux article de Fabrice Arfi et Antoine Perraud concernant Jean-Luc Mélenchon et son billet sur la mort de Nemtsov :

 

Ce qui devient grave, ne nous trompons pas, ce n'est pas le fait de charger Jean-Luc Mélenchon dans un parti pris. Il est tout à fait permis (et c'est mon cas sur bien des sujets) d'être en désaccord avec Jean-Luc Mélenchon. Je ne vois aucun problème à ce que la rubrique parti-pris, dont l'intitulé est extrêmement clair, permette aux journalistes de Mediapart de développer des thèses, le cas échéant à charge contre les idées d'une personnalité politique (quel que soit son bord), du moment, bien sûr, qu'elles sont argumentées. C'est le propre de ce qu'on appelle le journalisme d'opinion, qui demande des opinions argumentées (par exemple dans l'exercice d'un éditorial).

Il peut même y avoir, à la rigueur, des petites charges non argumentées mais plutôt littéraires, un peu du style d'Edouard Drumont (on n'est pas obligé d'être d'extrême-droite, je vous rassure. C'est juste pour donner un élément concret de comparaison. Je pourrais aussi citer Jean-François Kahn, par exemple). C'est ce qu'on appelle le billet.

Mais il y a toujours une limite : c'est celle de la déontologie. Même dans un billet il n'est pas permis de mentir ou de manipuler. Pas permis, naturellement, de manipuler et tronquer/truquer des citations. Pas permis de faire des contresens de mauvaise foi. Pas permis de se montrer non pas partisan, mais militant, avec tout le cortège d'opérations de mauvaise foi que cela implique.

Or, dans ce billet, il a été démontré, de manière factuelle et claire, par nombre de commentateurs, qu'il y a eu tromperie. Qu'il y a eu tronquage de citation. Qu'il y a eu des contresens manifestes. Cela pourrait encore être sauvable pour Mediapart. Après tout, qui ne fait pas d'erreur dans son métier ? Si Fabrice Arfi et Antoine Perraud avaient fait rapidement amende honorable, expliquant qu'ils ont mal compris ce qu'a écrit Mélenchon, qu'ils ont visiblement mal analysé, bon... Il aurait été possible de passer l'éponge. Je répète : une erreur, ça arrive à tout le monde, y compris aux journalistes dans l'exercice de leur métier, bien entendu.

Or, c'est là que le bât devient extrêmement blessant : il n'y a eu aucun mea culpa à ce sujet. Pire, ce qui a été écrit (le tronquage de citation, les contresens) n'est même pas revendiqué ou justifié par leurs auteurs. Le premier, Antoine Perraud, se contente d'insulter purement et simplement les commentateurs. Le second, Fabrice Arfi, choisit la stratégie de la victimisation sur Twitter : directe (il y a eu un tweet plaintif se plaignant des critiques) ou subtile (ne répondre qu'aux stupides insultes de militants Front de gauche). Mais il a pris grand soin, malgré moultes relances par beaucoup de Twittos, de faire semblant de ne pas voir les demandes précises sur le tronquage et les contresens.

Et c'est là, à mes yeux, que ça devient scandaleux : ces réactions des auteurs sont infiniment plus irrespectueuses de la déontologie journalistique et plus graves que l'article lui-même. J'ai même envie de dire qu'elles démontrent, par leur obstination, leur virulence et leur mesquinerie tactique, que cet article n'est pas le fruit d'une erreur mais bel et bien d'une volonté de nuire à travers un pamphlet polémique, pourri, nullisime, diffamatoire et mensonger.

Ce sont ces réactions qui sont, disons-le clairement, en train de détruire Mediapart. Il y aura des conséquences durables. J'avais beaucoup de respect pour Fabrice Arfi et ses enquêtes. Mais comment vais-je encore pouvoir croire, dorénavant, à ses révélations politico-financières s'il est capable de manipuler à ce point des documents publics tels qu'un billet de blog, et surtout de refuser de s'expliquer à ce sujet ? Comment ne pas penser, dès lors, qu'il lit de la même manière biaisée les documents confidentiels qu'il peur recueillir dans le cadre de ses enquêtes sensibles ? Ne se rend-il pas compte que ce pamphlet de bas étage, qui est presque un enfantillage d'ivrogne, est en train de ruiner toute sa crédibilité ?

Monsieur Arfi, il n'est peut-être pas encore trop tard pour réagir, mais il ne vous reste plus beaucoup de temps.

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