Nicolas Corté
Abonné·e de Mediapart

2 Billets

0 Édition

Billet de blog 7 mars 2015

MélenchonGate sur Mediapart : quelles conséquences ?

Nicolas Corté
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Copie d'un commentaire que je viens de laisser sur le désormais fameux article de Fabrice Arfi et Antoine Perraud concernant Jean-Luc Mélenchon et son billet sur la mort de Nemtsov :

Ce qui devient grave, ne nous trompons pas, ce n'est pas le fait de charger Jean-Luc Mélenchon dans un parti pris. Il est tout à fait permis (et c'est mon cas sur bien des sujets) d'être en désaccord avec Jean-Luc Mélenchon. Je ne vois aucun problème à ce que la rubrique parti-pris, dont l'intitulé est extrêmement clair, permette aux journalistes de Mediapart de développer des thèses, le cas échéant à charge contre les idées d'une personnalité politique (quel que soit son bord), du moment, bien sûr, qu'elles sont argumentées. C'est le propre de ce qu'on appelle le journalisme d'opinion, qui demande des opinions argumentées (par exemple dans l'exercice d'un éditorial).

Il peut même y avoir, à la rigueur, des petites charges non argumentées mais plutôt littéraires, un peu du style d'Edouard Drumont (on n'est pas obligé d'être d'extrême-droite, je vous rassure. C'est juste pour donner un élément concret de comparaison. Je pourrais aussi citer Jean-François Kahn, par exemple). C'est ce qu'on appelle le billet.

Mais il y a toujours une limite : c'est celle de la déontologie. Même dans un billet il n'est pas permis de mentir ou de manipuler. Pas permis, naturellement, de manipuler et tronquer/truquer des citations. Pas permis de faire des contresens de mauvaise foi. Pas permis de se montrer non pas partisan, mais militant, avec tout le cortège d'opérations de mauvaise foi que cela implique.

Or, dans ce billet, il a été démontré, de manière factuelle et claire, par nombre de commentateurs, qu'il y a eu tromperie. Qu'il y a eu tronquage de citation. Qu'il y a eu des contresens manifestes. Cela pourrait encore être sauvable pour Mediapart. Après tout, qui ne fait pas d'erreur dans son métier ? Si Fabrice Arfi et Antoine Perraud avaient fait rapidement amende honorable, expliquant qu'ils ont mal compris ce qu'a écrit Mélenchon, qu'ils ont visiblement mal analysé, bon... Il aurait été possible de passer l'éponge. Je répète : une erreur, ça arrive à tout le monde, y compris aux journalistes dans l'exercice de leur métier, bien entendu.

Or, c'est là que le bât devient extrêmement blessant : il n'y a eu aucun mea culpa à ce sujet. Pire, ce qui a été écrit (le tronquage de citation, les contresens) n'est même pas revendiqué ou justifié par leurs auteurs. Le premier, Antoine Perraud, se contente d'insulter purement et simplement les commentateurs. Le second, Fabrice Arfi, choisit la stratégie de la victimisation sur Twitter : directe (il y a eu un tweet plaintif se plaignant des critiques) ou subtile (ne répondre qu'aux stupides insultes de militants Front de gauche). Mais il a pris grand soin, malgré moultes relances par beaucoup de Twittos, de faire semblant de ne pas voir les demandes précises sur le tronquage et les contresens.

Et c'est là, à mes yeux, que ça devient scandaleux : ces réactions des auteurs sont infiniment plus irrespectueuses de la déontologie journalistique et plus graves que l'article lui-même. J'ai même envie de dire qu'elles démontrent, par leur obstination, leur virulence et leur mesquinerie tactique, que cet article n'est pas le fruit d'une erreur mais bel et bien d'une volonté de nuire à travers un pamphlet polémique, pourri, nullisime, diffamatoire et mensonger.

Ce sont ces réactions qui sont, disons-le clairement, en train de détruire Mediapart. Il y aura des conséquences durables. J'avais beaucoup de respect pour Fabrice Arfi et ses enquêtes. Mais comment vais-je encore pouvoir croire, dorénavant, à ses révélations politico-financières s'il est capable de manipuler à ce point des documents publics tels qu'un billet de blog, et surtout de refuser de s'expliquer à ce sujet ? Comment ne pas penser, dès lors, qu'il lit de la même manière biaisée les documents confidentiels qu'il peur recueillir dans le cadre de ses enquêtes sensibles ? Ne se rend-il pas compte que ce pamphlet de bas étage, qui est presque un enfantillage d'ivrogne, est en train de ruiner toute sa crédibilité ?

Monsieur Arfi, il n'est peut-être pas encore trop tard pour réagir, mais il ne vous reste plus beaucoup de temps.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Santé
En laissant courir Omicron, l’Europe parie sur un virus endémique
Un à un, les pays européens lèvent les restrictions comme les mesures de contrôle du virus. Certains, comme le Danemark ou la France, sont pourtant touchés par une contamination massive. Ils font le choix d’une immunisation collective, avec l’espoir de vivre avec un virus circulant tout au long de l’année à basse intensité.  
par Caroline Coq-Chodorge
Journal
Nouveaux vaccins, traitements… : des pistes pour protéger les plus fragiles
Avec des vaccins peu efficaces pour limiter la transmission d’Omicron, le raz-de-marée des infections se poursuit. Si une quatrième dose est écartée, des vaccins plus adaptés et de nouveaux traitements sont attendus pour aider à protéger les plus vulnérables.
par Rozenn Le Saint
Journal — Énergies
Nord Stream 2 : le gazoduc qui ébranle la diplomatie allemande
Entre intérêts économiques et alliances, Nord Stream 2 se retrouve au cœur des contradictions de la politique allemande. Sous pression, la coalition gouvernementale accepte finalement que le gazoduc construit pour écouler le gaz russe vers l’Allemagne par la mer Baltique soit inclus dans les sanctions en cas d’invasion de l’Ukraine.  
par Martine Orange et Thomas Schnee
Journal
Aux jeunes travailleurs, la patrie peu reconnaissante
Dans la droite ligne de 40 ans de politiques d’insertion des jeunes sur le marché de l’emploi, le gouvernement Macron s’est attelé à réduire « le coût du travail » des jeunes à néant. Selon nos invités, Florence Ihaddadene, maîtresse de conférences en sociologie, et Julien Vermignon, membre du Forum français de la jeunesse, cette politique aide davantage les employeurs que les jeunes travailleurs et travailleuses.
par Khedidja Zerouali

La sélection du Club

Billet de blog
Pour en finir avec la Primaire populaire
[Archive] Allons ! Dans deux semaines aura lieu le vote de la Primaire populaire. On en aura fini d'un mauvais feuilleton qui parasite la campagne « à gauche » depuis plus d'un an. Bilan d'un projet mal mené qui pourrait bien tourner.
par Olivier Tonneau
Billet de blog
La Chimère Populaire
Pourquoi certain·es d'entre nous se sont inscrit·es à la Primaire Populaire et envisagent désormais de ne pas y voter ? Un petit billet en forme de témoignage personnel, mais aussi d'analyse politique sur l'évolution d'un choix électoral - parce que la trajectoire de l'électorat est mouvante, n'en déplaise aux sondages ou aux Cassandre de tous bords.
par Albin Wagener
Billet de blog
Pour la « primaire populaire »
[Archive] Partout, dans mes relations comme sans doute dans les vôtres, les gens se désespèrent de la multiplicité des candidatures de gauche. C’est le découragement, la démobilisation des électeurs potentiels, et la probabilité d’un désintérêt conduisant à l’abstention. Même si les chances de réussite sont faibles, tout, absolument tout, doit être tenté pour éviter une cinglante déroute.
par Jean Baubérot
Billet de blog
La Chimère Populaire (bis)
Un prolongement du billet du chercheur Albin Wagener, sur les erreurs de la Primaire Populaire pour organiser la participation aux élections présidentielles, avec quelques rapides détours sur les formes de participation... Alors que la démocratie repose bien sur des techniques, elle est tout autant une affaire sociale et écologique !
par Côme Marchadier