L’ombre de mon ombre

 

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À l’aurore, je contourne l'écume de mon chemin pour siéger sur ce gravier. Tel un fantôme dans les cheveux du vent, je domine le sommeil des étoiles. Je contemple l’espace. La vieille ville, quelques fenêtres éclairées, d’autres sombres et ouvertes offrent comme une invitation à la conquête nuptiale. Le lac, les montagnes, le ciel, les courants et les nuages. Parfois, un bateau et deux oiseaux s’inscrivent dans mon sillage. J’aime à croire que je suis vivant. Le souvenir de la première gorgée d’une citronnade gelée sous un parasol brûlant me ramène à mon premier souffle de vie. Il est l’or Monseignor ! Les carillons et les anges s’éclipsent de ma réalité. La goutte de rosée chasse le clair de lune. Retour à la case départ où le jeu du hasard s’annonce sans voix. Des ombres dissimulent les courbes du chômage. Dans une orchestration fracassante, le wagon-restaurant déchire le silence des gens heureux.

Les vagues connaissent la Voie.

À ma gauche, un passant à travers le faisceau de la lune s’enfuit vers un rêve indolent. À ma droite, une femme serre contre son sein un souvenir en partance. Une larme éclaire le fil de ses regrets. Peut-être une histoire d’amour trop aigre et pas assez douce ?

Quelle différence entre le cafetier qui me raconte une blague, le balayeur qui me chante les louanges du ballon rond, la cravate qui jongle avec ses mots lisses, les divas dénudées qui s’affichent dans mon journal rapiécé et le cadre dirigeant qui décortique son dentier au seuil de sa rentabilité : la profondeur d’âme. Certains font le monde, d’autres sont le monde.

Les vagues connaissent la Voie.

L’indécision de la plante grimpante fait la cour à la page blanche. Mon vélo a accouché de mes pieds. L’air caresse mon visage. Sur la berge, des passants s’agitent dans un sens, puis dans l’autre. Mes paupières végétatives flottent sur les cils d’un soleil souillé par des lampadaires lointains. Derrière moi, sur une traîne nuageuse mon oreiller gît dans une coulée de lave métaphysique. Je sens les plis de ma couette sourire face à l’horizon en creux.

Les vagues connaissent la Voie.

 

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