Harley, love, life and death

 © Harley Davidson © Harley Davidson

Mon grand-père n’était pas riche. Il n’avait que peu de choses. Ce n’était pas un grand bavard, le bonhomme. En fait, il ne parlait pas pour ne rien dire. La guerre lui avait enseigné l’économie de l’argent comme celle des mots. Il ne s’exprimait qu’avec parcimonie et justesse. C’était à la fois un joyeux drille et un besogneux. Il ne savait pas bien écrire, mais il savait lire. D’ailleurs il aimait bien la lecture. Avant de mourir, il a formulé une dernière volonté. Il a demandé à être enterré avec un truc spécial. Sur ce sujet, jusqu’à la fin de ses jours, il resta muet comme une carpe. Sa famille essaya bien de lui tirer les vers du nez, mais sans succès. Ce n’était pas son chien ni une médaille ni même une bouteille de rouge et encore moins la Suzette, sa femme. Non, il garda le secret jusqu’à sa mort. Le jour de son enterrement, le curé appela mon père et lui chuchota le fameux secret à l’oreille. L’air incrédule, mon père revint s’asseoir à côté de ma mère. Mon grand-père avait demandé à être enterré avec sa Harley. Oui, une Harley-Davidson. Un modèle de 1934 gagné aux cartes. Mais le plus étonnant dans cette histoire, c’est que mon grand-père n’avait pas le permis. Qui plus est, il ne l’avait conduite qu’une seule fois autour de sa ferme. Puis, il l’avait rangée dans son atelier. Et depuis lors, tous les jours, il s’asseyait dessus, pour ensuite passer un chiffon doux sur les contours de sa machine. Avait-il eu une révélation ? Ou peur de prendre la route sans jamais plus se retourner sur son passé ?

Vous imaginez la scène aujourd’hui ?

« Bonjour Monsieur !

- Bonjour ! Qu’est-ce que je peux faire pour vous ?

- Mon père est mort !

- Toutes mes condoléances !

- Ça arrive !

- En effet, c’est assez courant chez les gens qui franchissent le seuil de notre porte.

- Je voudrais l’incinérer.

- Nous avons pour cela plusieurs offres possibles.

- Cependant, j’aimerais ajouter une chose.

- Chez nous, tout est possible Monsieur.

- Ça !

- Ça !

- Oui ça !

- Mais Monsieur, c’est une moto !

- Non !

- Si !

- Non, c’est une Harley !

- Ah ! Dans ce cas… »

Vivons mes amis ! Oui, vivons ! Rions ! Partageons ! Enivrons-nous de l'instant présent. Chérissons nos liens humains et ressentons la vie couler en nous, car le temps passe et à la fin des fins, il ne restera que quelques souvenirs, bons et mauvais, pour nous tenir compagnie.

 

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