La magie de la Vie : de la simplicité à la liberté

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Comment se dépouiller intérieurement pour mieux arriver à se voir, à s’entendre, à se toucher et à se sentir malgré toutes les interférences, les envies et les tentations qui nous entourent ? Peut-être s’agit-il de revenir à l’essentiel, à ce que nous étions dans l’enfance. Je veux parler des toutes premières années de notre parcours de vie. Car, pour la majorité d’entre nous ici-bas, nous étions « heureux » tout en étant ignorants de la définition de ce terme et de tous les autres d’ailleurs. Nous étions libres et insouciants. Nous étions avides de sensations et curieux de Tout. Nous étions sous le charme d’un brin d’herbe, d’un emballage en carton, d’une feuille de papier, d’une couleur vive, d’un chant d’oiseau, d’une nouvelle odeur et même d’un petit caillou. Nous étions ouverts à Tout.

Puis, nous avons perdu de vue la simplicité de ce chemin que nous avons parcouru pour arriver jusqu’à ce jour. Jusqu’à cette lecture. Nous étions simples. J’entends par là que nous étions ouverts à ce qui venait à nous, reliés aux plus infimes vibrations et sensations de notre Être. Nous étions amoureux de la vie, de l’univers, de l’espace, des autres et de nous-mêmes. Nous nous émerveillions pour un oui et pour un non. Que s’est-il passé ? Nous avons oublié d’où nous venions. Nos egos se sont entichés des biens matériels, de nos profils numériques, de nos rencontres et de nos possessions, ils s’y sont identifiés. Peu à peu, des voix nous ont enseigné à comparer, à juger, à critiquer, à s’accaparer, à insulter, à haïr, à calculer. L’entrée de la télévision et d’une cohorte d’écrans dans notre cerveau a transformé notre nature profonde. La dopamine en flux tendu a modifié notre rapport à notre corps, à notre alimentation et à notre environnement. Dorénavant, nous sommes informés de tout sur tout dans le monde entier. Des flots de mauvaises nouvelles nous submergent. Nous regardons loin, très loin, en oubliant de revenir à la proximité des relations humaines et à notre réelle zone d’influence. Ces faisceaux lumineux d’idéaux portent en eux à la fois tant de promesses, de certitudes, de vérités, de tromperies, de faux-semblants et de laideur. Mieux encore, Internet nous a appris à percevoir le monde et l’Autre à travers des filtres.

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Petit à petit, nous nous sommes séparés de la tendresse, de l’émerveillement, de l’enthousiasme, de l’attention, de la spontanéité et de la joie d’exister qui animaient notre essence divine. Nous sommes devenus fades, fatigués, blasés et vaniteux. Surtout, nous sommes devenus autosuffisants. Et voilà l’heure de franchir le seuil de l’école, de l’université, pour certains de l’usine, pour d’autres des bureaux feutrés ou bien encore directement la file d’attente pour l’emploi… À chacune de nos étapes, nous avons délaissé toujours plus nos racines. À chacune de nos étapes, nous nous sommes davantage éloignés de nous-mêmes. La rancœur a germé dans nos cœurs. La douceur a cédé sa place à l’amertume. Dès lors, notre liberté artificielle repose sur du vent et sur des formes extérieures. Nous avons érigé des cadres normatifs, conformistes, identitaires, sécuritaires et bien-pensants pour nous soustraire à notre quotidien.

De son côté, le philosophe danois, Sören Kierkegaard, pense que les gens exigent la liberté d’expression pour compenser la liberté de pensée qu’ils préfèrent éviter. Alors nous répondons aux demandes et aux sollicitations d’autrui. Nous acceptons de nous offrir en spectacle et ainsi de satisfaire notre besoin d’existence. Sur ce chemin de traverse, insidieusement, la peur nous envahit (peur de ne pas être à la hauteur, peur

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d’échouer, peur d’être seul, peur de ne pas avoir, peur de perdre, peur de manquer, peur de ne plus avoir, peur de nous engager, peur de l’autre, peur d’aimer, peur de toucher, peur d’être touché, peur de communiquer, peur de vieillir, peur de vivre, peur de mourir, peur, peur, peur…). L’intolérance et la souffrance se sont immiscées en nous par le biais de nos tourbillons mentaux et par la rumination de nos pensées. Dans les décombres de notre mental, nous avons enterré vivants nos rêves d’enfant et notre Être authentique. Lentement, un fossé s’est creusé entre ce que nous étions, ce à quoi nous aspirions et ce que nous sommes devenus.

Jusqu’à ce jour, dans l’ombre de nous-mêmes, inconscients, nous avons marché à côté de nos pas. Tout cela nous semble si naturel et si normal. Pourtant, les accidents de parcours, les épreuves, les cas de conscience, les rencontres inopinées nous choquent, nous réveillent, nous heurtent, nous réjouissent, nous illuminent, nous rabaissent plus bas que terre, nous élèvent plus haut que le ciel et nous grandissent. Tel un éclair qui traverse des cieux sombres, quelque chose en nous se fissure. Face à nous, deux chemins s’ouvrent. Le premier, revient à prendre la fuite, choisir le combat et la violence contre soi et contre les autres pour éviter de se regarder en face. Il n’est jamais simple de remplacer sa souffrance sans user d’un

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autre poison à la place… Comme l’écrit l’écrivain américain, James Baldwin, l’amour ne commence ni ne finit comme nous le croyons. L’amour est une bataille, l’amour est une guerre, l’amour grandit. Le second, repose sur le choix d’un apaisement intérieur, d’une compassion et du respect envers les expériences passées, surtout il s’agit d'un retour au moment présent. En acceptant de s’observer, sans jugement ni attente, alors une énergie nouvelle émerge de notre Être. Notre cœur se fait plus léger, notre esprit plus ouvert et accueillant. Le voile de nos illusions se déchire. L’identification à nos faux maîtres de vie, c’est-à-dire à ces entités et à ces individus à qui nous avons cédé notre pouvoir de choisir, de réfléchir, d’agir, d’user de notre bon sens et de notre intuition affichent soudainement un autre visage. Tous ces systèmes de croyances auxquels nous nous étions attachés et liés reprennent leur apparence initiale. Mais rien ne bouge, rien n’évolue. Tout a toujours été présent, là, sous nos yeux. Seule notre conscience présente et éveillée donne un nouvel éclairage sur qui nous sommes vraiment. Stupeur et indignation, qui sont-ils alors tous ces autres ? Au fond de nous, nous le savons éperdument. Ces attaches n’ont que le pouvoir que nous leur avons prêté pour de bonnes ou de moins bonnes raisons. Les mots du poète réenchantent notre univers : « Fie-toi à ton cœur quand les océans s’embrasent, et ne vis que d’amour même si les étoiles vont à reculons. »

 

 

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