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Billet de blog 23 août 2023

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Si les océans meurent, nous mourrons

« Il vient une heure où protester ne suffit plus ; après la philosophie, il faut l’action. » Victor Hugo

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Illustration 1

De retour, comme beaucoup, de mes congés estivaux, je me demande par quel miracle il y a encore de la vie en Méditerranée et dans les océans (l’ensemble recouvre 71 % de notre planète). Comment diable est-ce possible ? Avec toute la maltraitance et les sévices infligés à cet univers. Comment cette biodiversité marine interconnectée peut-elle survivre et se régénérer face à notre prédation et à notre pollution massive ? En début d’année, dans une conférence sur le « trafic de marchandises mondiales », l’intervenant a indiqué ce lien pour suivre les navires à travers le monde, regardez !

https://www.vesselfinder.com/fr

Dès les premières secondes, j’ai halluciné.

Illustration 2

En 2024, le plus gros paquebot mondial sera lancé sous le nom quelque peu pompeux de l’Icon of the Seas. Néanmoins, avec 365 mètres de long (35 mètres de plus que la tour Eiffel couchée) et 65 mètres de large, 20 étages, 8 quartiers, 250 000 tonnes et 7 600 passagers ainsi que 2 350 membres d’équipage, le titre « d’icône » n’est pas volé. Sans oublier les 175 000 litres de carburant par jour, soit un total de 108 kilos de CO2 par jour et personne, environ 450 kilomètres réalisés avec une voiture à essence de taille moyenne. Et il comptera également six piscines, des loisirs à gogo, des spectacles et autres divertissements, ainsi bien sûr qu’une multitude de restaurants… Il y a ce jour, 38 paquebots géants qui sillonnent les mers et, en 2021, la marine marchande comptait 53 973 bateaux de commerce. Dans la folie des grandeurs, après les mers, les airs, en juin dernier, le journal Le Temps indiquait : « Avec 4,35 milliards de passagers en 2023, l’aviation s’attend à tutoyer le record de 2019 ». 4,35 milliards, oui, 4,35 milliards de passagers… Le tourisme de masse se porte à merveille. Grâce à cette surenchère et au culte de la jouissance blingbling, les gratte-ciels de Dubaï sont devenus le symbole de la destination de rêve et de la liberté absolue grâce à des influenceurs sponsorisés et leurs hordes de followers. Les agences de com et de voyages n’ont plus qu’à cueillir le fruit déjà trop mûr. Adieu, veau, vache, cochon, couvée, COVID… COVID ?! Vous avez dit COVID ?! Où sont nos grandes résolutions. Moins de voyages, moins d’achats, plus de sens, plus de spiritualité, plus de relations humaines simples et authentiques, une consommation durable, locale et de saison, en clair un monde solidaire et bienveillant… Que sont-elles devenues ces promesses et ces envies d’un autre monde ?

Illustration 3

Alors nous travaillons à distance, communiquons à distance, achetons à distance, mangeons à distance, vivons par procuration… Le réel nous échappe parce que nous voulons jouir d’une vie sans entraves, sans responsabilités, sans douleur, juste nous divertir, nous amuser… De notre fait, la réalité s’éloigne de nous. Nous sombrons… Partout, nous avons fait de la planète une zone de divertissements et de loisirs. À ses dépens, notre ennui et nos divagations mentales doivent être comblés. Tout doit être amusement et évasion. Nous jouissons d’un confort et de sociétés opulentes comme jamais il n’en a existé auparavant. Des flots d’argent se déversent partout… et pourtant, nous ne sommes pas satisfaits et encore moins heureux. Nous sommes tendus, anxieux, frustrés, agressifs, envieux, souffrants… mais pour quelles raisons ? Comment ce sentiment d’insatisfaction arrive-t-il à nous tenir, nous ligoter, nous obséder et, parfois, nous submerger ? Comment l’expliquer quand notre champ des possibles demeure entièrement ouvert et que tout nous est accessible ? Comment ? Parce que nous savons au fond de nous-mêmes que nous devons changer. Nous le savons. Nous savons que la machine est cassée et qu’elle ne sera plus jamais comme avant. Que le monde d’avant, celui d’hier, des années huitante, n’est plus. Nous sommes-nous illusionnés ? Avons-nous refusé de voir ? Avons-nous été bercés d’illusions ? Nous a-t-on menti depuis des décennies ? Devenir plus humain, ce n’est ni faire plus ni avoir plus. C’est être bienveillant, empathique, conscient, responsable, engagé. À la lecture du livre de Tom Mustill, Comment parler baleine, l’incroyable avenir de la communication animale, je découvre qu’au XXe siècle, environ 3 millions de baleines auraient été tuées. 3 millions ?!? Je relis 3 millions, oui. Oui, vous avez bien lu également. Je tombe encore des nues. Nous sommes fous. Nous menons notre course folle à la consommation en nous condamnant à la peine de mort. Pourtant, oui, pourtant, ces animaux exceptionnels ont survécu. Grâce à l’implication de milliers de personnes à travers le monde, le massacre s’est arrêté. Voilà la preuve que, face à de nobles causes, l’engagement, et l’engagement seul, permet d’apporter la beauté, la joie, la justice et la réhabilitation de notre habitat. Il en va des baleines comme des arbres et des forêts. Certains diront qu’il y a tant de causes humaines à défendre avant de s’occuper des autres formes de vie. Tant de combats à mener. Certes, j’en conviens. Mais sans les océans et les forêts, plus de vie humaine. Histoire réglée. Nous nous pensons au-dessus de tout, nous luttons contre, alors qu’en fin de compte nous sommes avec…

N.E

Illustration 4
@edgar_pacific_photography © David Edgar

Comment parler baleine | Éditions Albin Michel (albin-michel.fr)

Paul Watson | Éditions Glénat (glenat.com)

« Watson », l’indispensable documentaire sur le fondateur de Sea Shepherd, l’ONG de défense des océans la plus combative au monde (outside.fr)

Watson | WaterBear

www.harpercollins.fr/products/paul-watson-sea-sheperd-le-combat-dune-vie

www.gardiennesdelaplanete-lefilm.com

www.geo.fr/animaux/les-baleines-seraient-bien-plus-efficaces-que-les-arbres-pour-absorber-le-co2-197717

La Stratégie du choc | Actes Sud (actes-sud.fr)

Gouverner par le chaos — nouvelle édition 2023 — Max Milo Éditions

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