Fight club et l’hirondelle

 © Gunduz Agayev © Gunduz Agayev
Concurrence, testostérone, rentabilité, diktat du bien-être, du bonheur, de la compétitivité, de la performance, de la croissance… La violence est partout. Jumelée à la peur, elle forme un cocktail explosif. Peur de la mort, de la planète, des autres, du manque, de la maladie, du jugement extérieur, de l’amour, de l’abandon, de la crise financière, du rejet, de la Vie… La peur engendre la violence, à la fois envers soi et envers les autres. Ce cocktail ronge les individus comme les sociétés, tel un virus qui s’insinue partout. Il est omniprésent dans les médias et sur Internet où l’on interdit plus facilement un sein dénudé qu’une tête coupée. Le flot incessant d’images et de news négatives au quotidien, sous couvert d’information, est une forme de violence extrême également. La colère, la rancœur et la haine sont de terribles poisons. Alors, que l’on ne vienne pas me dire qu’ils ne contaminent pas notre être, nos pensées, nos sens, nos émotions, nos rêves et notre vision de l’existence. La menace vient toujours de l’intérieur. C’est la raison pour laquelle notre attention doit se porter en nous… Justement, revenons à l’instant présent… Car l’amour est une bénédiction, un pont vers l’inconnu, une main invisible tendue, un élan… Les trente premières minutes qui suivent notre réveil sont déterminantes pour l’état d’esprit de notre journée. Elles lui donnent sa texture, son énergie, sa nature et son éclat. Il en va de même de nos pensées avant de nous endormir. Du coucher au lever du soleil, la nourriture que nous ingurgitons, qu’elle soit nutritive, spirituelle, relationnelle, visuelle, sensorielle ou auditive, conditionne nos humeurs, notre cerveau, notre cœur et notre ventre. Notre alimentation au sens global du terme influence l’ensemble de notre monde.

 Alors, vouloir « être » à l’extérieur, c’est accepter de se jouer de soi. Bien souvent, nous ressemblons à ces lemmings qui sautent du haut de la falaise dans le vide. Dénué de conscience, tout mimétisme comportemental se mue immanquablement en une absence de soi dans le temps. Et nul besoin de prouver, de revendiquer, de convaincre, de s’afficher, de feindre ou de prétendre lorsque l’on est bien dans ses baskets… On vit, c’est tout ! C’est alors que j’entends dire par là : « Je suis vidée ! », et par ici : « Je suis à bout ! » ou bien encore « J’en ai plein le dos ». Sans raison apparente, je note des attitudes brutales et des postures d’agression. Sortis de nulle part, j’entends des mots impolis et violents. Le soir souvent, dans la rue, les insultes fusent comme ça… naturellement…

 © Daniel Garcia © Daniel Garcia
Et lorsque j’étais connecté à des réseaux sociaux, j’assistais à des pétages de plombs en direct, à des colères infantiles, à des volées de bois vert pour un oui ou pour un non… D’année en année, les tensions qui animent les êtres sont grandissantes. Passer ses journées à s’occuper de ce que font et pensent les autres vide la coquille (cœur, âme et esprit) de sa substance vitale, spirituelle et énergétique. Pour autant, je ne qualifierais pas cet état de mal-être, mais plutôt de poids à porter ou encore de boulet à tirer.

Sont-ils pour autant malheureux tous ces gens ? Je ne le pense pas. Insatisfaits, aigris, frustrés, envieux, perdus, souffrants, à bout de nerfs… cela me semble plus plausible. La file d’attente chez les psys et les autres médecins de l’âme s’allonge d’heure en heure… elle ne cesse de croître à l’infini…

Le film Fight club est prophétique. Il est d’actualité. Le personnage, prisonnier de ses désirs et de son mode de vie, soumis au nihilisme, est obligé de se foutre sur la gueule le soir après une journée de boulot pour vivre et se sentir exister. Sa violence est salvatrice et se présente comme une forme de rédemption pour combler son vide intérieur. Il cherche à donner un sens à son existence dans une société vide, un peu comme un chercheur d’or fouille le lit d’une rivière asséchée.

Dérégulation absolue de notre civilisation ! Dans un univers en perte de sens et de repères, la violence est un patch de nicotine qui colle à la peau des hommes pour les sauver d’eux-mêmes. Le conflit, toujours le conflit, pour évacuer ses tensions… Et l’amour dans tout ça ?

 © Al Margen © Al Margen
Dans le parking public que je traverse pour rejoindre la gare, à l’entrée, sous le plafond, des hirondelles se sont installées. Au début, je ne voyais rien. Puis, trois petites têtes sont apparues. Elles étaient drôles. Elles attendaient leurs parents pour manger. Matin et soir en sortant et en rentrant, je les ai saluées et observées. Elles ont grandi. Elles ont appris à voler et à se nourrir. J’ai partagé ce spectacle avec mes proches. Ensuite, elles ont passé leur journée à s’amuser, à découvrir et à chasser. Au petit jour, je riais, les observant bien trop grandes pour leur demeure devenue trop exiguë. Un matin, elles sont parties. En déjouant toutes les incertitudes, les intempéries, les pollutions, les pesticides et les dangers, il se peut que l’année prochaine elles reviennent, ou pas. À bien y réfléchir, cela est merveilleux. Ce spectacle qui se déroule sous nos yeux et dont nous sommes les acteurs s’appelle la Vie ! Il est nourriture de l’âme pour qui sait l’observer, même parfois dans ce qu’il a de plus tragique. Néanmoins, on ne peut avoir l’argent, l’argent du beurre et le sourire de la crémière… Si nous voulons la paix et l’harmonie, alors cessons d’inviter dans notre intimité des interférences physiques et virtuelles toxiques et nocives pour notre esprit et pour notre corps.

 © Gerhard Haderer © Gerhard Haderer
Si nous voulons un mental calme et serein, arrêtons de le secouer en permanence pour un tout et pour un rien… Surtout pour un rien… Trouvons une oreille bienveillante et attentive. Les confesseurs, les ami(e)s, les prêtres, les prostitué(e)s, les amant(e)s, la famille, la nature, les animaux de compagnie, la buraliste qui met en place ses journaux, le coiffeur, le balayeur de rue, le chauffeur de bus, un(e) inconnu(e) qui croise notre chemin… peuvent nous réchauffer, nous aider à nous retrouver et à grandir. Un « bonjour ! », un « merci ! », un compliment offert, quelques mots amicaux et attentionnés, un geste courtois ou encore ramasser un brin d’herbe sur le sol, s’offrir un bouquet de fleurs, partager un café avec un inconnu, mettre les pieds dans l’eau, voilà quelques pistes pour nous faire du bien et nous ramener à un équilibre personnel.

Dario Castillejos Dario Castillejos
Revenons à nos racines, à l’authenticité, à la simplicité, à nos valeurs et à nos traditions grâce au lien humain… Rire… S’arrêter… Lire… Faire autrement… Sourire… Faire autre chose… Bavarder… Ne rien faire… Revenons à la foi. Revenons à Dieu, à Gaïa, au divin, à la simplicité, à l’authenticité et à l’enthousiasme. Revenons au miraculeux, au silence, à la contemplation. Revenons à l’amour inconditionnel, à l’énergie divine, à quelque chose qui nous dépasse, nous anime et nous transcende, quel que soit le nom que nous lui donnons. Revenons à la prière, à la méditation, à un dialogue intérieur respectueux et harmonieux pour nourrir notre intériorité.

Cessons la revendication permanente envers et contre tout. Car la rivière ne va jamais contre le courant, mais avec…

 

 © Pawel Kuczynski © Pawel Kuczynski

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