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Billet de blog 4 avr. 2009

"le journalisme en procès" (le Nouvel Obs)

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Six mois de prison requis à Toulouse contre une reporter pour complicité de violences. La liberté de la presse menacée ?

Isabelle Cottenceau n'est pas la vedette de ce procès !» Le vice-procureur de Toulouse Brigitte Lanfranchi n'en démord pas, quitte à frôler l'hystérie. Et pourtant. Comment expliquer qu'elle soit défendue par Me Richard Malka, brillant avocat de presse ? Comment ignorer l'émoi de la profession ? Comment expliquer la réaction des juristes, médusés par une telle poursuite, inédite dans les annales judiciaires ? C'est l'émission «Zone interdite» diffusée sur M6 le 8 octobre 2006 et consacrée à l'adolescence en danger qui a mis le feu aux poudres. Dans l'un des reportages, la journaliste Isabelle Cottenceau évoque la suspension, une pratique cousine du piercing, consistant à se faire suspendre dans le vide par des crochets fixés dans le dos. On y voit Benjamin, 17 ans et déjà 12 piercings, expliquer sa décision de se faire suspendre, et sa mère, tout sourire, lui donner son blanc-seing. Le reportage ne montre pas la suspension à proprement parler mais en dénonce les risques, sans ambiguïté aucune.
Quête de scoopSeulement, accuse le vice-procureur, la journaliste, en quête de scoop, a fait pression pour que ce soit un mineur qui soit suspendu. Pour preuve, les déclarations de Benjamin et de l'organisateur de la suspension, Toro, qui durant l'enquête ont affirmé que la jeune femme les avait «harcelés téléphoniquement» pour caler son reportage. Mais, à y regarder de plus près, leurs déclarations ont aussi varié au cours de l'instruction. Ce qu'a omis de rappeler le ministère public. A l'audience, le 24 mars, Benjamin et Toro ont reconnu que sans la caméra ils auraient tout de même fait cette suspension. A un autre moment peut-être, mais à coup sûr. Quant à l'autorisation de la mère, signée quinze jours avant la performance, elle atteste que le jeune avait mûri sa décision.
D'ici au 12 mai, la cour de Toulouse devra trancher deux questions. Primo : peut-elle condamner Toro pour violences alors qu'aucun texte n'interdit la suspension et que Benjamin, même mineur, était consentant ? Secundo : un journaliste qui filme un délit s'en rend-il complice ? «Dans cette affaire, on se défausse à bon compte sur Isabelle Cottenceau, regrette un magistrat spécialiste des questions de presse. Le ministère public a agi comme si, sans la télé, une telle pratique n'existerait pas.» Selon lui, avec une logique pareille, on pourrait condamner des journalistes pour avoir filmé des émeutes de banlieue, la simple présence des caméras y attisant souvent les tensions.
«Le parquet en arrive au paradoxe de poursuivre la seule personne dénonçant ces pratiques que lui-même a laissé prospérer durant des années», renchérit Me Malka. «Etre journaliste, rappelle-t-il, c'est montrer des images de guerre, infiltrer des trafics.» En poursuivant Isabelle Cottenceau, «on est juste en train de dire aux journalistes qu'il faut qu'ils changent de métier».

Anna Passereau
Le Nouvel Observateur

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