Le tournant de Médiapart

(Désabonnée depuis le 15 octobre)

Médiapart s’est discrédité par ses choix d’articles sur le mouvement social, par les réponses de ses journalistes aux critiques d’abonnés, et pour finir, par le tournant opéré sans autocritque depuis les manifestations de samedi. Son directeur et fondateur E. Plenel s’est dicrédité en allant faire la promotion de son livre sur l’affaire Bettencourt dans une émission de variétés à la télévison : comme si cette enquête (excellente) qui a amené au journal un grand nombre de nouveaux abonnés suffisait à faire passer les dérives du journal à propos du mouvement social, dérives largement exploitées par les journalistes de la télévision. On lit ici ou là sous la plume des abonnés, au mieux qu’il faut passer à autre chose, au pire des professionsde foi et de dévotion à l’égard du journal et de son fondateur. Pour ma part, je n’ai foi dans aucun journal et je ne crois pas en un seul livre.

Le tournant opéré depuis hier consiste à se placer délibérément dans le surplomb de l’après :

Interview ce matin de plusieurs délégués syndicaux, comme si tous les grévistes et les manifestants étaient syndiqués et attendaient les ordres ; comme si « les gens », jeunes générations comprises n’étaient pas capables de comprendre une situation et de décider ce qu'ils vont faire.

Le titre d’un reportage à la raffinerie de Feyzin « Un parfum de « lutte des classes » ; pas une situation ou une ambiance, un parfum, une réminiscence (puissance signifiante des guillemets, le grand art des journalistes).

Même son de cloche dans le cours d’histoire de Philippe Corcuff sur 1968 en France et en Italie, où on cherche en vain la moindre raison au mouvement de 2010, le commencement d’une analyse sociologique ou politique de la situation actuelle.

Et d'autres.

Il s’agit d’un véritable changement de cap vers la longue durée de l’histoire qui a déjà pris acte de l’échec du mouvement. Mais il s’agit aussi de la croyance, tant de fois désavouée par l’avenir dans le passé, que la presse est capable de prévision et de contrôle sur les évènements collectifs. Chacun peut facilement prévoir ce que feront les politiques, mais prévoir l’évolution d’un mouvement de masses à partir de quelques entretiens relève d’une outrecuidance journalistique qui n’est plus supportable. D'ailleurs, l'un des éléments sociologiques de la situation est que les jeunes générations ne lisent pas ou ne lisent plus la presse, ignorent les "grands journalistes" et le "grands journaux", et sont beaucoup mieux informés par les réseaux d'information et de communication. La preuve " historique" de l'échec de la presse a été administrée en 2005 par les résultats du référendum sur le TCE.

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