Le Clystère et la Lancette. Une fable moderne

Le Clystère et la Lancette. Une fable moderne.

 

Il s’en est fallu de peu : si ce fameux journal anglais qui nous cause bien du trouble, s’était appelé the Clyster, nous aurions bien vu que nous étions entubés.

 Mais non, il se nomme la Lancette, c’est à dire un instrument qui a servi pendant des siècles à pratiquer des saignées. Saignées et lavements, les deux panacées, les deux traitements valables pour toutes les maladies, les plus appliqués au cours des siècles précédents, et encore en 1823 quand the Lancet a été créé. Basés sur la théorie des humeurs, toujours Hippocrate.

Les saignées au cours des siècles, ont répandu des millions de litres de sang réussissant à tuer, nous nous en doutons maintenant même « sans preuves », de nombreux malades, anémiés, privés de leur sang, donc de leurs défenses contre les maladies.

Quant aux millions d’hectolitres d’excréments, évacués grâce aux clystères, les statistiques historiques nous manquent, la vision est cauchemardesque !

 

Maintenant dans notre glorieux vingt et unième siècle, nous avons l’EBM, l’evidence based medecine, quelle purge !

Médecine basée sur les preuves, comme nous traduisons. Les preuves, mais qu’est-ce donc ? Basées sur le juridique, et non les soins, chimère de statistiques computorisées, et de juridique. Les preuves, on nous le serine, c’est essentiel, preuves de haut niveau quand c’est paru dans the Lancet. La boucle est bouclée. Qu’importe qu’un article soit retiré, c’est pareil, c’est rémanent. Tenez par exemple, il y a quelques années un article complètement biaisé sur les rapports entre le vaccin contre la rougeole et l’autisme avait du être retiré, mais l’idée insidieuse, survit pareillement.

Cela permet que personne ne porte plainte, summum de la médecine américaine et de la statistique anglaise et irlandaise, une foutue transcendance.

Résultat, nous qui devrions comprendre, qui pourrions vraiment comprendre, nous ne pigeons plus rien de ce que nous avons appris, de ce que nous savons (et pas seulement de Marseille).

La médecine n’est pas une science, elle utilise les dernières données de la science, le raisonnement clinique ce n’est pas magique, c’est accessible à tous. Je ne peux pas comprendre, je ne suis pas médecin - je ne sais pas, je suis médecin, mais pas virologue - je suis virologue, mais pas épidémiologue ! Aïe !

Mais c’est de notre corps qu’il s’agit, de notre environnement, de notre société. Nous avions juré, avec le Sida, plus jamais cela, on assistait à une réconciliation du discours médical et des connaissances de tous. Démocratie sanitaire, on avait dit !

A quand la levée du double aveugle ?

 

 

 

 

 

 

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